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De la musique avant toute chose. Ce précepte tiré de l'Art poétique de Verlaine, Mozart l'a mis en oeuvre dans sa vie plus que tout autre. Plus de six-cents oeuvres recensées en quelques trente ans de carrière. Sans compter les représentations des opéras, les concerts (nombreux et pas toujours rémunérés) et l'enseignement de la musique à quelques élèves pour combler les fins de mois parfois difficiles.
Afin de rendre un hommage appuyé à cette musique incomparable, l'éditeur Brilliant a sorti cette année un coffret de 170 CD, proposant l'intégrale de Mozart dans l'état actuel de nos connaissances (la réapparition d'un inédit ou une partition perdue n'étant jamais exclue) et ceci à un prix plus que démocratique : 99,9 euros.
Des esprits chagrins on critiqué cette édition, la méprisant dans des articles rageurs. Est-ce à dire que la qualité des enregistrements était sujette à caution ? Pas du tout. Ces CD ont été enregistrés dans les meilleures conditions. Sont-ce les interprètes qui ne seraient pas à la hauteur ? Non pas : on y compte des noms aussi célèbres que Sigiswald Kuiken et sa Petite Bande, Sylvain Cambrelaing et l'orchestre de la Monnaie, Barbara Hendryks et j'en passe. M.Van Winkel, le directeur artistique des éditions Brilliant a voulu rendre accessible au plus grand nombre ces sommets de la musique occidentales que constitue l'oeuvre mozartienne.
Et c'est là que le bâts blesse. Car pour une élite autoproclamée, il ne convient pas de mettre Mozart entre toutes les mains. Pour la plèbe, il existe le rock et la chansonnette, sans même parler du rap ou du hip-hop. C'est assez bon pour les banlieues, sans doute.
N'en déplaise à ces pisse-vinaigre, le public a répondu massivement à l'appel et depuis bientôt un an, ce coffret caracole au sommet des ventes de disques. Une des dernières oeuvres de Mozart, la Flûte enchantée, a été créée avec la troupe de Schikaneder, une troupe populaire : Mozart, contrairement aux snobinards parisiens, ne méprisait pas le public.
Ce deuxième tome s'ouvre sur la rupture entre les Mozart et le prince archevêque de Salzbourg, Hyeronimus Colloredo. Léopold réintègre son poste de maître de chapelle tandis que Wolfgang et sa mère tentent leur chance en Allemagne d'abord et en France ensuite.
Mozart est un jeune homme de 21-22 ans. Une jeune homme frêle, chétif, petit pour son âge, toujours imberbe. Ses démarches pour se faire engager dans une cour allemande n'aboutissent toujours pas. Mais il fait des rencontres capitales. Notamment la famille Weber; avec laquelle il envisage d'émigrer en Italie au grand dam de Léopold. Celui-ci multiplie les conseils, les avertissements, les admonestations. On sent, derrière ces préoccupations incessantes, la tendresse paternelle, le souci que les dons exceptionnels de son fils soient enfin justement reconnus et que son fils ne mette pas en péril, par une conduite irréfléchie, la carrière unique qu'il lui souhaite.
Wolfgang, dans cette correspondance apparaît tellement humain. Avide de reconnaissance, soucieux de composer encore et toujours, de trouver un public à sa mesure. Le jeune homme quelque peu immature joue avec sa jeune cousine, la Bäsle, s'éprend de la charmante Aloïsia Weber, s'enthousiasme pour Wendling avant de s'en éloigner car il le trouve trop libertin.
Ceux qui s'interrogent sur la religiosité de Mozart trouveront des réponses dans ces lettres où il s'en remet sans cesse à la divine providence. Y compris dans celle où il apprend à son père la mort de sa mère. Lettre étrange dans laquelle l'évènement n'occupe que quelques lignes, avant les considérations de Wolfgang sur la musique et les musiciens à Paris. Mozart prend la mort de sa mère avec ce qui semble un détachement, une sérénité difficilement compréhensibles, alors que tant de lettres évoquent la tendresse entre le père et le fils, notamment celles qui rappellent l'enfance et les jeux anodins sur des comptines en langue macaronique...
La dernière lettre de l'ouvrage est celle où Léopold apprend le décès de son épouse. Ecrite en trois étapes, elle dégage un réel sentiment de malaise. Léopold y souhaite d'abord une bonne fête à celle qu'il croit toujours en vie, l'entretenant des nouvelles de la guerre qui menace dans les Etats allemands et autrichiens. Il apprend ensuite sa maladie et, avec sa fille Nannerl, pleure à chaudes larmes. Il connaît enfin la mort de celle avec qui il a été marié pendant près de trente ans.
Sa première réaction est de s'inquiéter pour son fils : "Grand Dieu ! Tu as alors besoin d'amis, d'amis honnêtes !" Ensuite, il lui parle de la réception de sa symphonie à Paris. Pour revenir sur la mort de sa femme. Et enfin, sur l'avenir de Wolfgang, alpha et oméga de l'existence de cet homme.
Vers l'article Vive l'année Mozart (4) : cliquez ici.
Ca y est. Tony Blair a gagné et le parti néo-travailliste est enfin au pouvoir après le long épisode thatchérien clôturé par l'insipide John Major.
Vingt ans après, que son devenus les personnages de Bienvenue au Club ? On se souvient de Benjamin, futur écrivain à succès éperdument amoureux de Cicely, de son jeune frère Paul, le sale gamin trop intelligent pour son âge, de Lois, leur soeur, qu'un attentat de l'IRA a envoyé en hôpital psychiâtrique pour un séjour aussi interminable que mutique. De Doug, Philip, Steve. Tout ce petit monde, la fin du volume précédent le laissait à l'orée de l'université. Dans livre-ci, ils ont mûri, abordé la quarantaine avec plus ou moins de bonheur. Et ils se croisent au gré de leurs trajectoires personnelles et professionnelles.
Benjamin, finalement, n'a rien publié et passe ses journées dans un bureau de comptabilité. Son frère Paul, plus conforme à ses promesses adolescentes, est un politicien retors bien décidé à se faire une place au soleil du New Labour. Il est aidé en cela par Malvina, une jeune étudiante en communication qui le seconde dans ses relations avec les médias. Claire est revenue d'Italie où elle a laissé une relation décevante avec un entrepreneur italien. Son ex-mari, Philip élève Patrick leur fils.
Au-delà des destinées individuelles des personnages, qui, chez Coe, atteignent une véritable existence, c'est le portrait d'une Angleterre qui a subi bon nombre de mutations que nous brosse ce roman avec ce mélange d'humour et de réalisme qui constitue le style personnel de son auteur. Une Angleterre où les inégalités se creusent et qui fait partie d'un monde de plus en plus incertain...
Jonathan Coe, Le Cercle fermé, Paris, Gallimard, 2006,
Grichenberg est à Paris. Pourquoi ? Pour tourner un film d'après Shakespeare, le Marchand de Venise. En Yiddish. Et il cherche un Shylock.
Une fièvre soudaine agite les quelques acteurs juifs inscrits à l'agence de Benny Schwartz. Chacun d'eux est évidemment le Shylock dont le réalisateur américain a besoin. Et ils se mettent en branle. Ils envahissent, discrètement, la synagogue où celui-ci fait sa prière. Ils répondent à une invitation à l'hôtel Crillon où un casting doit distinguer le meilleur Marchand de Venise.
C'est Moïshé Kurtz, alias Maurice Courtin qui, semble-t-il, a le plus de chances de l'emporter. Mais le destin joue parfois de ces tours. Tous les ex-futurs Shylock seront mis à contribution dans une pièce qu'ils n'avaient pas prévue. Mais, chut, je n'en dévoile pas davantage.
La mémoire sombre de la Shoah plane constamment sur cette histoire et les personnages font preuve d'une humanité vraiment touchante. La rouerie cotoie la naïveté dans les mêmes hommes et tout ce petit monde désuet se débat pour aider l'un des siens en difficulté. Une belle leçon de solidarité en même temps que d'humour devant l'adversité.
Daniel Goldenberg, Le grand rôle, Pocket 10927.
On peut difficilement soupçonner H.C. Robbins Landon d'être opportuniste et de profiter de l'année Mozart pour publier de purs produits marketing. Le livre dont je vais vous parler aujourd'hui (Mozart, The Golden Years) a été édité en 1989, in tempore non suspecto.
H.C. Robbins Landon est musicologue et historien de la musique, probablement l'un des plus grands du vingtième siècle et ses publications sur Mozart, Haydn ou Vivaldi font autorité.
Dans cet ouvrage précis, traduit en français chez Fayard en 1996, sous le titre "Mozart en son âge d'or", il examine les dix années de vie viennoise de W.A. Mozart. La gloire et l'amour quasi-insensé que lui voueront les Viennois avant le déclin et l'indifférence quasi-universelle lors de sa mort prématurée en 1791.
Mais cet ouvrage fait beaucoup plus que cela, et ceci explique sans doute les multiples rééditions dont il a fait l'objet : il dépeint tout l'univers mozartien. Ses amis et ses ennemis (parmi lesquels l'incontournable Salieri et sa coterie d'Italiens perpétuellement jaloux des succès du jeune Allemand), ses commanditaires (la noblesse, bien sûr, mais aussi la famille impériale), sa vie de famille (son mariage avec Constance Weber au grand dam de son père et les multiples naissances suivies de décès presqu'immédiat de quatre de ses six enfants), le monde de la musique à Vienne, les évènements politiques et sociaux qui bouleverseront non seulement la société, mais également Mozart et sa (sur)vie.
Mais surtout, il nous parle, avec quelle science et quelle passion ! de la musique de Wolfgang. Le jeune homme qui arrive à Vienne en 1781 comprend vite la mentalité viennoise et le genre de musique qu'apprécient les amateurs de la capitale autrichienne. C'est peut-être un des aspects les moins soulignés de l'oeuvre mozartienne : il écrit pour un public, pour un musicien, pour un auditeur précis et fait du "sur mesure" à un point rarement approché par d'autres compositeurs. Il réécrit sans cesse ses musiques pour de nouveaux concerts ou selon les musiciens dont il dispose.
Il s'imprègne aussi de ce qu'il entend. Mozart est un artiste né, comme une éponge il se remplit, se gorge de ce qu'il entend ou déchiffre (ses contemporains dont Haydn dont il étudie les quatuors avant de lui en dédier six, tous de purs chefs d'oeuvres; mais aussi les anciens comme Bach ou Handel, dont il réorchestre le Messie pour l'adapter aux goûts de l'époque).
Lui-même est un virtuose accompli, les contemporains s'étonneront tous de la sureté de son jeu et, en particulier, de la force de sa main gauche. Il compose six sonates pour piano qui lui apportent un succès immédiat. Puis vient le temps des deux Constances, celle qu'il épouse (après avoir été l'amoureux éconduit de sa soeur aînée) et celle de l'Enlèvement au Sérail qui connaît également un succès rapide.
Succèderont des pièces pour pianos, des sérénades, de la musique religieuse. En 1784, il participe à de nombreux concerts, compose des concertos pour pianos, ainsi que le merveilleux quintet pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson K. 452. La même année, il devient Franc-Maçon, ce qui correspond bien à sa personnalité et influera durablement sur sa musique, puisque son dernier opéra, La Flûte enchantée, peut être considérée comme une oeuvre maçonnique. L'année suivante, débute l'amitié indéfectible qui liera Mozart et Haydn. C'est également une année prolifique en chefs d'oeuvres : les six quatuors dédiés à Haydn, des concertos pour piano, des la musique de circonstance, telles les oeuvres maçonniques à l'occasion de la mort de deux "frères" de la loge à laquelle appartenait Mozart.
Mais ce qui va "lancer" Mozart à Vienne, ce sont ses opéras. En particulier, ceux qu'il écrira en collaboration avec Da Ponte. Ce dernier est un personnage éblouissant, quelque peu escroc, librettiste de génie qui travaillera pour la plupart des compositeurs viennois de l'époque et finira sa vie aux Etats-Unis où il créera le premier opéra. Ses mémoires, toutefois, sont à prendre avec d'infinies précautions, Da Ponte ayant une facheuse propension à s'attibuer des mérites excessifs. Mais cette collaboration avec Mozart donnera trois chefs d'oeuvre : Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Cosi fan tutte.
Malgré ce trio fabuleux, Mozart n'aura jamais l'emploi à la cour dont il a rêvé toute sa vie. L'empereur Joseph II qui ne comprendra jamais vraiment sa musique l'engagera comme compositeur avec des émoluments de loin inférieurs au Kapellmeister Salieri. A la mort de Joseph II Mozart craint même de perdre ce maigre salaire, mais le nouveau souverain, Léopold II le lui confirme.
Et l'étoile de Mozart pâlira à Vienne jusqu'à sa mort en 1791, dans un oubli quasi-complet. Mais ça, c'est un autre livre dont je me propose de vous parler un autre jour...
Pour aller vers l'article Vive l'année Mozart (5) : cliquez ici.
Pour aller vers l'article Vive l'année Mozart (3) : cliquez ici.
Je n'avais jamais rien lu de Jean-Marie Gustave Le Clézio. Peut-être l'association des trois prénoms me paraissait-elle suspecte ?
J'ai pris Ourania en main lors de récentes courses dans un supermarché et j'ai commencé à lire la première page. Je n'ai pas pu m'arrêter... Cette prose fluide, limpide, courait sur la page avec le naturel et la grâce d'un quintet mozartien (eh oui, c'est l'année Mozart...).
Mais l'histoire. Ou plutôt, les histoires. Car dans ce livre s'entretissent des séquences narratives différentes comme différentes lignes mélodiques dans un canon. Il y a tout d'abord le parcours du narrateur, Daniel Sillitoe, un Français qui ne sait rien de son père et voyage au Mexique afin d'y mener à bien une étude géographique. Et qui emporte dans ses souvenirs d'enfants le rêve d'une cité idéale pareille à celle de Thomas Moore. Il y a la relation avec Dahlia pourtant toujours amoureuse de son révolutionnaire de mari et qui voudrait tant revoir son fils. Il y a la rencontre avec Raphaël, un jeune métis qui vit dans un village communautaire (serait-ce la cité idéale rêvée par Daniel ?). Il y a la communauté de scientifiques autour de Don Thomas qui représente une autre cité basée sur le savoir partagé. Il y a aussi Lili, petite prostituée vivant avec une vieille maquerelle. Et les parachutistes, ces parias qui vivent de et auprès de la décharge publique. Et il y a aussi les grands propriétaires terriens, planteurs de fraisiers et d'avocats, exploiteurs des hommes, des femmes et des enfants de la région et dont le monde sans pitié est dépeint sans complaisance. Et, peut-être surtout, il y a la terre, la terre mexicaine décrite avec amour, tendresse et profondeur, au point qu'elle en devient un personnage à part entière...
Toutes ces histoires s'entrecroisent, s'entretissent pour former la trame et la chaîne d'un livre éblouissant, une tapisserie mexicaine à accrocher dans votre bibliothèque sans tarder...
Je connaissais la veine noire et satirique de Jean-Paul Dubois, après avoir lu les déboires d'un écrivain névrosé dans "Kennedy et moi" (devenu un superbe film de Sam Karman avec Jean-Pierre Bacri et Nicole Garcia) ou les tribulations d'un veuf qui disjoncte dans "Une année sous silence".
Il me restait à découvrir sa veine humoristique. C'est chose faite avec "Vous plaisantez, Monsieur Tanner".
L'argument est simple : un documentariste à la vie jusque-là paisible et tranquille hérite d'une vieille bâtisse dans la région bordelaise. Il décide de la rénover et pour faire face aux frais qu'elle entraîne, il vend sa propre maison.
C'est le début du cauchemar. A partir de ce moment, vont se succéder dans ce qui n'est plus une maison mais un chantier, les spécimens les plus flamboyants d'une humanité dévoyée : couvreurs au noir qui ne couvrent rien mais détruisent plus sûrement qu'une nuée de termites. Un plombier dépressif, un jointeur déjanté, un fumiste qui porte bien son nom... Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir la suite...