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Utopie
Samedi (16/08/03)
suite
" C'est pas la bonne clé ! " 

" Qu'est-ce que tu racontes, bien sûr que c'est la bonne clé ! "

" Alors pourquoi la porte s'ouvre pas ? "

" Ah ouais, c'est peut-être pas la bonne clé ! "

" Tu vois ! "

10 Février. 23h45. La discrétion n'était pas le fort de Sam et Josh. L'immeuble s'en sortait bien si les occupants n'étaient pas réveillés par le chahut qu'ils faisaient. Mais d'ordinaire, ils étaient plus discrets. Lorsqu'ils étaient sobres. Car Josh et Sam sortaient d'un bar, et pour dire vrai ils avaient sans doute forcé sur la bière, et Dieu sait quelles autres boissons ils avaient pu consommer. Sam ne parvenait pas à ouvrir la porte de son appartement. L'alcool le faisait trembler. Et Josh, dont le système était plus délicat que le sien, était déjà à moitié soûl. Sam conservait encore un semblant de lucidité. Quand le plus jeune des deux parvint à faire tourner la clé dans la serrure, il s'exclama fièrement.

" Je te l'avais bien dit que c'était la bonne clé ! "

Ils se heurtèrent dans l'entrée de l'appartement qui était un peu étroite.

" Tu sais quoi ? " demanda Sam à son compagnon de galère.

" Me parles plus de cette histoire de clés ! "

" C'est mon anniversaire, ce soir, et pas un seul de mes amis ne m'a fêté mon anniversaire ! " Pas un seul ! et je te parle même pas de ma petite amie qui n'as pas appeler, alors que je lui avais réservé ma soirée ! "

Il alluma l'entrée pour qu'enfin ils y voient plus clair, et il se rendit dans le salon pour allumer une autre lampe.

" Surprise ! "

Des couleurs, des cris, des gens...Et un mal de crâne épouvantable. Sam réalisa alors que ses amis n'avaient pas oublier son anniversaire, ils avaient juste fait semblant. Lorsqu'il avait appuyer sur l'interrupteur, ils s'étaient tous écriés avec entrain et bonne humeur les deux petits mots magiques. Ses collègues et amis, ses plus proches amis, et...Mallory.

" Joyeux Anniversaire ! " Cela fusait de partout. Il dut remercier tout le monde. On lui demanda un discours, son patron, Toby Ziegler le sortit de ce pétrin.

" Sam peut bien rire de Josh, il a une constitution tout aussi fragile ! Et je n'ai pas vraiment envie de l'entendre dire n'importe quoi, alors pour le respect de notre langue, laissons le ne rien dire ! "

" Toby, j'ai encore assez d'esprit pour vous tenir un beau discours. Mais comme vous seriez vite lassé, je vais vous dire merci à tous d'être là ! "

On lui tendit une coupe de champagne, et une part de gâteau, mais il n'avait pas encore eu le temps d'aller saluer la jeune femme qu'il soupçonnait d'être à l'origine de cette petite soirée. Mallory était dans un coin, à observer tranquillement la scène. Elle avait une coupe à laquelle elle n'avait encore pas touchée.

" Bonsoir. Mademoiselle, vous ne seriez pas cette personne qui a tout mis en œuvre pour que je me ridiculise devant tous mes amis ? "

" Non, vous devez vous tromper de personne, moi je suis la personne qui vous a organisé une petite fête surprise pour votre anniversaire. Soit dit en passant, j'aimerai bien savoir avec combien de filles tu sors en même temps ! "

Il parut réfléchir longuement à cette dernière question.

" Euh...je dois te dire que j'ai arrêté de compter lorsque j'ai atteint sept. "

Elle lui donna un coup sur l'épaule, mais elle lui tendit aussitôt son verre pour trinquer à sa santé.

" Joyeux Anniversaire ! Que tes vœux se réalisent ! "

Il cogna son verre contre le sien en lui disant merci.

" Je suppose qu'on n'a pas le droit de s'embrasser devant ton père ? "

" Exactement ! "

Ils observèrent ensemble le déroulement de la soirée. Il y avait ceux qui s'amusaient. Il y avaient ceux qui buvaient. Et une dernière catégorie réservée seulement à l'un d'entre eux. Ceux qui cuvaient. Josh s'était installé dans un coin du salon, et ne s'était pas préoccupé des gens autour de lui, il s'était endormi. Mallory le regarda comme elle regardait ses élèves. Attendrie.

" Le pauvre...j'aurai du le mettre au courant qu'on donnait une petite fête en ton honneur. "

" Pourquoi tu ne l'as pas fait ? "

" Parce que je ne voulais pas que toi tu sois au courant ! " dit-elle de manière évidente.

On offrit à Sam ses cadeaux. Un mélange de gadgets, de choses inutiles, d'objets sans valeurs. Cela passait par le bouchon de baignoire en forme de grenouille, ou bien un faux dentier qui marquait le fait que Sam prenait un an de plus vers la sénilité, ou bien encore une encyclopédie sur les différentes mouches pour pêcher. Ce qui avait sans doute de l'intérêt pour un pêcheur, mais Sam n'était pas réellement adepte de ce loisir. Le cadeau le plus audacieux vint de Cassandra, et il ne s'en étonna guère, il se sentit simplement gêné, mais c'était le but rechercher. Elle avait eu la délicate idée de lui acheter une boite de préservatifs. Elle lui fit un clin d'œil en lui tendant le paquet, et il eut un coup de sang en pensant à Leo. Mais heureusement, son patron ne se doutait de rien. Il ne releva même pas, il était juste amusé, comme tous, de l'originalité et la provocation du cadeau. Il le soupçonna même de croire qu'il pouvait y avoir quelque chose en lui et Cassandra. La vérité lui donnerait peut-être une attaque. Quoi que ces derniers temps, il semblait accepter le fait qu'il se rapproche de sa fille.

" Allez, bonsoir, et merci d'être venu ! "

Il remercia ainsi tous ses invités, et les reconduisit à la porte lorsqu'ils choisirent tous le moment de rentrer. Il confia à Donna, la secrétaire de Josh, mais néanmoins amie, le soin de reconduire son supérieur chez lui, et de s'assurer qu'il serait au bureau le lendemain matin.
Mallory lui prêtait déjà main forte pour tout ranger et nettoyer. Il insista pour qu'elle rentre chez elle, mais elle tint à aider, c'était un peu sa faute si son appartement ressemblait plus à une poubelle géante qu'à autre chose. A deux, ils vinrent rapidement à bout de la tâche, et Mallory rassembla ses affaires pour rentrer chez elle. Elle se rendit compte qu'ils étaient tous les deux tous seuls et qu'ils pouvaient enfin s'embrasser sans se soucier du regard des autres. Elle passa donc ses bras autour de son cou, et il caressa le dos de la jeune femme de ses mains. Il embrassa son cou, puis ils s'embrassèrent passionnément. Il commença à défaire les boutons du gilet de Mal mais elle l'arrêta.

" Qu'est-ce que tu fais ? " demanda-t-elle en souriant.

" Je vais être franc avec toi, j'avais l'intention d'enlever chacun de ces boutons, de manière à pouvoir enlever ton gilet, et puis enlever le reste de tes vêtements... "

" Tu allais faire ça ? "

" Je pensais que tu étais mon cadeau d'anniversaire ! " admit-il.

" Ton cadeau ? Non, ton cadeau est dans ta chambre, bien emballé, et tu l'ouvriras quand tu iras te coucher. Mais sans moi ! "

" Je t'en prie passe la nuit ici, tu as bu, et tu habites loin... "

" J'ai bu deux coupes, et j'habite à moins de cinq kilomètres. Je vais pouvoir traverser la ville sans trop de craintes, tu sais ! Et puis, tu sais quoi ? Tu as trop bu ce soir ! "

" Je suis encore lucide, tu sais ? "

" Oui, je vois ça. Mais on ne t'a jamais dit que les sens étaient visiblement réduits lorsqu'on abusait de l'alcool ? Je ne voudrais pas que cela t'empêche de profiter pleinement de ce que j'aurai à t'offrir. "

" Va t'en ! " dit-il défait. " Tu as gagné, mais si tu ne sors pas d'ici tout de suite, je ne réponds plus de rien. "

Elle mit son manteau et prit son sac et l'embrassa une dernière fois.

" Joyeux Anniversaire Sam ! "

Il fit un geste vague de la main, mais il lui sourit tout de même avant qu'elle ne sorte. Il n'aurait pas voulu qu'ils se quittent en mauvais termes. Elle avait raison, il avait bu plus que de raison, et si ses sens fonctionnaient encore, c'était un miracle. Il eut même du mal à se rendre dans sa propre chambre. Elle avait raison, à croire que cette femme avait toujours raison, et avait toujours réponse à tout. Ca lui plaisait.

 

Loïs était assise dans un bureau qui révélait tout de suite la branche de celui à qui il appartenait. Le droit. La justice. Des exemplaires du code civil, du code pénal, des bouquins de droit, figuraient dans de grandes étagères, derrière le bureau. La secrétaire de l'homme qu'elle venait voir l'avait installer ici, lui proposant quelque chose à boire, en attendant l'arrivée de Mason Frace. Cet homme était un conseiller juridique. Loïs le connaissait de nom, et Sam avait confirmé sa réputation. Il arriva avec un quart d'heure de retard, ce sur quoi la jeune femme ne s'attarda pas. Il avait la quarantaine, une chevelure poivre et sel, et le teint hâlé. Il aurait sans doute pu revenir de vacances, les îles de préférence. Loïs lui expliqua son problème sans plus attendre, et il resta silencieux à la fin du récit. La perplexité et le doute se lisait sur son visage.

" Votre dossier me semble complexe. " Il relisait ses notes à mesure qu'il parlait. " Mademoiselle Duncan, je vais être très franc avec vous, je ne pourrai rien faire moi même. Je peux seulement vous conseiller de vous adresser à un avocat, mais hélas...je n'en connais que peu qui accepterait de s'attaquer à une pareille affaire. "

" Mais vous en connaissez ? " dit-elle d'un ton ferme, catégorique quand à son désir de faire avancer les choses.

" Je dois vous prévenir que ce ne sera pas facile, et en tout honnêteté, je ne pense pas que vous obtiendrez gain de cause. "

" Donnez moi le nom de l'avocat ! "

" Maître Ryan Marcus. Je ne vois que lui. Il est spécialisé dans cette branche, mais encore une fois, je vous mets en garde. Vous me paraissez déterminée et sûre de vous. Notre pays est constitué de lois, vous ne l'ignorez pas. Avec le meilleur avocat du monde, vous ne pourriez contourné la loi ! "

Elle remercia aimablement le conseiller, mais au fond d'elle, Loïs souhaitait en finir avec cet entretien qui ne lui avait rien apporté sinon la certitude de vouloir aller jusqu'au bout, et un nom, qui serait sa seule chance de tenter son entreprise fastidieuse.

 

Leo s'était demandé quel était l'endroit le plus approprié pour parler à sa fille. Il avait d'abord pensé à la maison de Jenny, mais elle y serait avec Virginia. Ce n'était pas la meilleure solution. Il aurait pu l'inviter au restaurant. Mais un lieu public n'était pas le meilleur endroit non plus. S'il se rendait chez elle, il y aurait de fortes chances pour qu'il ne sache quoi faire au cas où cela tournerait mal. Il lui restait la possibilité de la faire venir dans son bureau. " Mallory, passe dans l'après-midi, je dois te parler... " Et c'était ce qu'il lui avait dit. Elle lui avait répondu qu'elle devait se rendre à la papeterie à la sortie de l'école, mais qu'elle le rejoignait tout de suite après. Il l'attendit, assis sur son sofa. Il précisa à Margaret qu'il ne voulait voir personne, aucune urgence, aucune visite, il voulait être absolument seul avec sa fille. Il tenta de se plonger dans la lecture de ses dossiers, mais dans sa tête, il formulait déjà ses propres phrases, il se préparait mentalement à cette discussion qui allait forcément mal finir, il le savait. Mais pendant presque trente ans, ce secret l'avait rongé, et maintenant adulte, et dans ces circonstances particulières, Mallory devait connaître une vérité qu'il aurait préféré enfouir dans sa mémoire. Elle arriva à seize heures, Margaret la laissa entrée, selon les ordres de Leo. Elle entra, joyeuse et pleine d'entrain, elle embrassa son père, elle se débarrassa de son manteau et de son écharpe, qu'elle posa sur une chaise, après quoi elle s'assit près de son père.

" Quoi de neuf ? "

" La bonne vieille routine. J'avais envie de partir un week-end à la montagne. Tu as vu ce temps splendide ? "

" Euh oui. "

" Qu'est-ce qu'il y a Papa ? " s'inquiéta Mallory.

" Mon chaton, je voulais que tu viennes ici, parce que j'ai quelque chose à te dire, c'est à propos de moi, et aussi de ta sœur, Virginia. "

" Ma cousine ! " le reprit Mallory, tout en restant concentrée sur les paroles de Leo.

" Justement. Ce que j'avais à te dire à propos de Nia, c'est qu'elle n'est pas ta cousine. Elle est en fait ta petite sœur. "

Mallory resta stoïque à cette annonce. Elle ne comprenait pas vraiment de quoi son père lui parlait. Elle lui demanda donc de s'expliquer.

" Chérie, il y a très longtemps, ta mère et moi n'étions pas marié, ta Tante Annie et moi même étions amoureux. Le temps a passé, et puis c'est ta mère que j'ai épousé, parce que le destin est imprévisible. "

" Je l'ignorais. "

" Ta tante rêvait d'une grande famille, mais très vite, ses espoirs se sont anéantis quand elle a appris que son mari, ton oncle, ne pouvait pas avoir d'enfants. "

" Je ne comprends pas, vous avez eu un autre enfant, et vous l'avez donné à Annie en le faisant passer pour le sien ? "

" Elle m'a demandé de...enfin tu vois...Enfin un soir, nous avions beaucoup bu et disons qu'on a fait une bêtise. Mais Annie est tombée enceinte. "

Mal regardait son père avec effroi.

" Tu as trompé Maman avec sa sœur ? "

" Annie voulait cet enfant, il n'était pas question de s'en séparer. Alors on a décidé d'un commun accord que ton oncle l'élèverait comme sa fille, et c'est ce qu'il a fait. "

Elle contrôlait difficilement sa colère mais elle avait trop de questions à poser pour la laisser exploser maintenant.

" Maman est au courant de tout cela ? "

" Oui, et ta mère a été compréhensive. Elle était même ravie que sa sœur puisse enfin avoir l'enfant qu'elle désirait tant. "

" Ravie ? " dit Mallory en ricanant. " Ravie ! Son mari la trompe avec sa sœur, lui fait un enfant dans le dos, et elle est ravie ! Pourquoi je n'ai aucun mal à retrouver le portrait de ma mère la dedans ? "

" Mal... "

" Pourquoi tu me dis ça maintenant ? Pourquoi ne pas avoir tu le secret, l'emporter dans votre tombe ? "

" Parce que tu es assez âgée à présent pour savoir la vérité, que tu es ma fille et que je ne veux pas te mentir, je ne veux rien te cacher. "

Les larmes de Mallory lui montait aux yeux, même si elle faisait tout pour éviter cela. Mais c'était peine perdue.

" Virginia est au courant ? "

" Elle est au courant, ta mère lui a dit, et elle... "

" Elle devait être heureuse de savoir que son père est vivant et qu'il travaille à la Maison Blanche, elle qui m'a toujours jalousé parce que j'avais un père ! "

Son ton montait et ses sanglots aussi.

" Je te l'ai dit aussi car Nia va rester habiter à Washington. Elle a trouvé un boulot stable, et c'est pour cela qu'on lui a dit, parce qu'on ne voulait pas qu'elle se sente rejetée. "

" Qu'elle se sente rejetée ? Oh non, il n'y a pas de danger, avec Maman qui est plus attentionnée avec elle qu'elle ne l'a été avec moi, et avec un père aussi parfait que toi ! "

" Ma belle, calme toi ! "

" Ma belle, ma chérie, mon chaton, ma petite fille, ma SEULE petite fille ! " Elle souffla. " Mais à qui tu as voulu faire croire ça pendant toutes ces années ? Comment tu as pu faire comme si j'étais ta seule fille, alors que tu en avais une cachée à Boston ? "

" Voyons, Mal, si je veux assumer mon rôle de père auprès d'elle, c'est qu'elle n'a plus personne, et que précisément, elle a besoin de quelqu'un. Ta mère et moi aimerions l'aider à reconstruire sa vie ! "

Elle essuyait ses larmes qui teintaient ses joues de noirs, elle n'avait pas prévu qu'elle aurait besoin de mascara waterproof pour aller voir son père.

" Tu sais à quoi je repense ? A tous les instants où tu me disais que j'était ta merveille, la plus belle chose que tu avais faite, ta petite fille...Alors que... "

" Tout ce que je t'ai dit est vrai : Tu es ma petite fille, c'est toi que j'ai élevé, c'est toi que j'ai chéri, et que j'ai aimé. Et le fait que tu aies une sœur ne signifie pas que tu n'es plus tout cela. Tu es vraiment la merveille de ma vie, et tu es ma petite fille. C'est toi que j'ai vu grandir, c'est toi qui m'a vu boire, tu es ma fille ! "

" Mais je ne suis pas la seule ! J'étais fière d'être ta fille, parce que j'avais vraiment le sentiment d'être unique, et d'avoir de la valeur, mais je me berçais d'illusions ! Je n'ai rien d'unique, je suis une parmi tant d'autres ! "

" Mallory ! " dit Leo d'une voix douce pour la calmer. Cela ne marcha pas. Elle reprit ses affaires et quitta le bureau en pleurs. Margaret pointa aussitôt sa tête dans l'embrasure de la porte.

" Tout va bien, Leo ? "

" Comme j'aimerais que ce soit le cas. Margaret, appelez Jenny, et passez la moi. "

 

Le cours de géographie avait pour sujet les climats. C'était intéressant car cela relevait toute la diversité des Etats-Unis, non seulement sur un point culturel, ou encore politique, même la nature avait fait de l'Amérique un continent varié et offrait ainsi de multiples possibilités, notamment pour l'ouverture sur le monde, mais ceci n'était peut-être pas nécessairement quelque chose à dire à des élèves de CM1. Il eut juste le temps de terminer quelques explications sur le climat de la côté ouest, un climat subtropical, chaud et aride, à influence méditerranéenne. Et la sonnerie annonçant la fin de la journée retentit.

" Au revoir à tous, on se voit demain, et n'oubliez pas de réviser vos tables de multiplications, interro ! "

La salle de classe se vida plus rapidement qu'elle ne s'était remplie, mais c'était naturel. Seul le jeune Mark Lance était resté pour demander un renseignement à son instituteur. Leur petite discussion prit fin lorsque le proviseur entra dans la salle.

" Au revoir Monsieur Haendel ! "

" Au revoir Mark ! " Il leva les yeux vers Norman Rendell. " Monsieur le Proviseur ? "

" Vous n'êtes pas sans savoir que je dirige cette école, et que je vois et sais beaucoup de choses. Notamment, je sais déceler rapidement les petites histoires qui se créent, et je sais que des petites parties de jambes en l'air ont lieu dans certaines des salles de classe. "

" Je peux vous rassurer, Monsieur, en vous affirmant que ma salle de classe n'a jamais abrité autre chose que les cours que j'enseigne à mes élèves. "

" Ca je le sais. Vous devez aussi savoir que si je trouvais quelqu'un de cet établissement en train de s'adonner à des petits jeux érotiques avec un collègue, je me verrai obliger de le renvoyer... "

" Ca me parait évident. "

" Je veux faire une enquête. Et je veux que vous me teniez au courant de tout ce que vous saurez que j'ignorerai. "

" Vous me demandez de jouer aux espions ? "

" Je vous demande de faire respecter la pudeur dans un établissement qui accueille des enfants. Est-ce trop demander ? "

" Monsieur, je comprends et suis en accord avec votre point de vue, néanmoins, je n'ai pas l'intention de faire de délation. Je ne dénoncerai aucun de mes collègues si je savais ce qu'ils faisaient de leurs soirées. "

La voix de Norman était calme et posée, mais recelait de la menace.

" Vous savez, ce serait très simple pour moi de vous virer, Haendel. Surtout étant donné ce que je sais sur vous, vos deux petites copines et le type de la Maison Blanche. Croyez-moi, de nous deux, vous n'êtes pas celui qui est en mesure de refuser de m'aider. Mais puisque vous refusez la délation, je vais vous confier une autre tache. Débrouillez vous comme vous voulez, je veux que Mallory O'Brien accepte de sortir avec moi. "

" Je ne pense pas que Mallory se laisserait convaincre d'une telle chose. "

" Alors faites preuve d'imagination ! " lui ordonna Norman.

" Vous ne pouvez pas me forcer à quoi que ce soit ! "

" Erreur. Je sais que vous tenez beaucoup à Loïs Duncan, même si je ne comprends pas très bien pourquoi cette mégère vous attire tant ! Si vous refusez de m'aider, je la vire. "

" Vous n'avez pas de motif pour la virer ! "

" Oh, elle ne vous rien dit ? "

Yrsan ne voulait plus écouter les fantaisies de ce type cinglé, il préféra ranger ses affaires et quitter la salle.

" Vous êtes fou à lier. "

" En 1998, une élève de Loïs est décédée, et c'était Loïs la responsable. Il me suffit d'une plainte d'un parent, et plus aucune école ne voudra d'elle aux Etats-Unis. Vous ai-je dit que je m'entendais particulièrement bien avec Bill Thurman, le père de Lydia Thurman, une petite blonde, en CE1-A ? Ca vous dit quelque chose ? "

Yrsan agrippa Norman par le col de sa chemise et le colla violemment contre le mur.

" Menacer moi encore une fois, ou touchez à un cheveux de Loïs ou qui que ce soit d'autre dans cette école, et c'est vous que je fais épingler ! "

" Malheureusement " dit-il en tentant de ne pas penser à la douleur qu'Yrsan lui infligeait, " je crains que vous n'ayez pas les moyens de me faire taire, alors que moi si ! "

Yrsan le relâcha et sortit sans plus prêter attention aux paroles grotesques d'un homme pareil. Pourtant, ces fameuses paroles lui revinrent en mémoire longtemps après leur discussion mouvementée.

 

Maître Ryan Marcus, les lettres d'or brillaient sur la plaque suspendue sur la porte du cabinet. Loïs entra et se rendit au bureau qui était accolé au mur du hall d'entrée du cabinet.

" J'ai rendez-vous avec Me Ryan. Je suis Loïs Duncan. "

" Oui, Mademoiselle...Je vais vous demander de bien vouloir patienter dans notre salle d'attente. "

Elle remarqua en entrant dans cette salle qu'il n'y avait pas un chat. Etait-ce bon ou mauvais signe ? Elle n'avait pas eu le temps de demandé à Sam s'il connaissait Marcus. C'était peut-être un avocat minable en fin de compte. Elle eut le temps d'observer chaque recoin de la pièce, où régnait une atmosphère douce et agréable. Il y avait des articles de presse placardés au mur, et une photo sur laquelle deux hommes se serraient la main. Elle lu la légende apposée en dessous de la photo. Il s'agissait de Ryan Marcus et de son mentor, un ténor du barreau de New York. Ryan Marcus était jeune et avait un regard qui exprimait une sorte de mélancolie. La secrétaire qui l'avait accueillie ouvrit la pore de la salle d'attente et eut une expression confuse.

" Je suis désolée Mademoiselle Duncan, mais Me Marcus doit s'absenter, il vous demande de reprendre rendez vous un peu plus tard avec lui ! "

" C'est une plaisanterie ? Attendez, où est-il allé, il faut absolument que je le vois ! "

La secrétaire refusa de donner d'autres informations à Loïs et celle ci refusa ainsi de reprendre rendez-vous. Elle prit l'ascenseur pour quitter l'immeuble et regagner sa voiture, et elle aperçut une silhouette un peu plus loin qui marchait d'un pas rapide sur le parking. Elle observa d'avantage la personne et elle discerna les traits du visage. Elle n'eut aucune hésitation, elle reconnut aussitôt le jeune homme mélancolique de la photo. Elle lui courut après et le vit, à deux mètres, au plus, monter dans sa voiture. Si près du but, elle se refusa à abandonner. Elle ouvrit la portière de la voiture, côté passager et s'engouffra dans le véhicule. Le conducteur fut aussitôt alarmé et lui demanda de descendre... 

" Me Marcus, je suis désolée, je suis Loïs Duncan, nous avions rendez vous, et vous venez d'annuler. "

" Il y a une raison à cela Mademoiselle, je ne l'aurai pas fait sinon. "

" Quelle que soit cette raison, je vous demande de m'écouter ! "

" Je ne veux pas paraître impoli, mais vous êtes dans ma voiture, et je dois me rendre au Palais de Justice immédiatement. "

" Alors emmenez moi avec vous, et je vais vous exposer mon problème sur la route. "

" Vous avez cinq minutes, et après, vous descendez de mon véhicule ! "

Elle lui expliqua alors son histoire de par le passé, l'enfant qu'elle avait eu, et le fait que ses parents lui avait enlevé, le confiant à un famille d'adoption. Elle lui raconta sa visite de Noël, et sa rencontre tant espéré avec une partie d'elle même. Et puis elle lui confia son désir de le voir d'avantage, de récupéré la garde même, ou bien d'obtenir un droit de visite, enfin, quelque chose qui lui permette de se rapprocher de son fils. L'avocat sembla réfléchir, puis il s'interrompit dans ses pensées.

" Vous savez que les avocats, tout comme les juges, ou tout autre serviteur de la magistrature, ou de la justice de ce pays, ne pourraient contourner les lois et la constitution. Ce que vous me demandez est quelque chose de complexe. Comprenez bien que vous avez signé une décharge, léguant si on peut le dire comme ça, votre enfant à une famille d'adoption. Et maintenant, le temps a passé, et il est trop tard pour revenir sur ce papier. Loïs, vous avez l'air déterminée à revoir cet enfant, et je ne vais pas abandonner cette affaire, je me battrai pour vous, mais vous ne devez pas vous construire des espérances trop grandes. Le mieux que je puisse vous obtenir ne sera pas la garde définitive de l'enfant. "

" Merci Maître, je vous suis infiniment reconnaissante de m'avoir écoutée ! " Elle lui serra fermement la main et retrouva son sourire.

" Maintenant, je vais vraiment être en retard au Palais de Justice, voyez avec ma secrétaire pour un rendez vous ! "

Elle descendit aussitôt et remonta dans le cabinet, où elle retrouva la secrétaire et où elle prit rendez vous. En ressortant, la première chose qu'elle fit fut d'appeler Yrsan. Celui ci était en voiture et ne semblait guère enchanté par les nouvelles que lui apportait la jeune femme.

" Et qu'est-ce qu'il a dit au juste ? "

" Qu'il allait tout faire pour défendre mon dossier, et il m'a bien fait comprendre qu'il n'aimait pas perdre. Yrsan, je suis vraiment heureuse ! "

" Loïs, je suis très contente aussi, mais tu ne crois pas que tu t'emballes un peu trop. Tu devrais peut-être...je sais pas...freiner ton optimisme. "

" Je ferai ça plus tard, pour l'instant je vais aller en ville, j'ai quelques courses à faire mais je voulais te le dire avant ! "

Elle raccrocha après l'avoir saluer.
Yrsan était lui aussi dans sa voiture, et le fait qu'elle soit si euphorique à l'idée de confier cette affaire à un avocat ne l'enchantait guère. Et puis, la crédibilité de cet avocat avait-elle été vérifiée ? Il ne savait pas comment se renseigner à ce sujet, mais il eut soudain une idée. Il reprit son téléphone et composa le numéro des renseignements.

" Je voudrais le numéro de la Maison Blanche. "

" Quel numéro demandez vous ? "

" La Maison Blanche. "

" Oui, dans quelle ville ? "

" Washington. "

" Quelle ville dans l'état de Washington ? "

Yrsan éloigna le téléphone de son oreille et vérifia s'il avait bien composé le numéro des renseignements. L'opératrice qui lui avait répondu était soit débutante, soit stupide, mais l'un n'excluait pas l'autre.

" Je voudrais être mis en relation avec la Maison Blanche, à Washington, District de Columbia, le siège du pouvoir fédéral. "

" Ne quittez pas ! "

Il attendit et pria pour tomber sur la Maison Blanche et non pas un petit café de la ville de Seattle dans l'état de Washington, à l'autre bout du pays.

" Standard de la Maison Blanche, vers qui puis je transférer votre appel ? "

Il souffla de soulagement.

" Bonjour, je souhaiterais parler à Sam Seaborn, à la communication. "

Il passa par le chemin habituel : le standard, les bureaux de la communications, éventuellement une assistante de Sam, et enfin, normalement Sam. Mais la secrétaire lui annonça qu'il était en rendez vous.

" Je peux prendre un message, Monsieur... ? "

" Quand Sam sera-t-il de retour ? "

" Je dirai qu'il en a encore pour une demie heure. Peut-il vous rappeler ? "

" Oui. Oui, dites lui que Yrsan Haendel a appelé. Et c'est au sujet de Me Ryan Marcus. "

" C'est noté. Il a votre numéro ? "

Yrsan n'en était pas certain, il le laissa, au cas où, à la secrétaire, qui raccrocha la première. Mais son téléphone sonna peu après. Apparemment la réunion s'était terminée plus tôt que prévu.

" Je suis vraiment désolé de t'ennuyer, Sam... "

" Non, y a aucun problème, c'est quoi l'histoire avec Ryan Marcus ? "

" Tu le connais ? "

" De nom, oui. Il a une bonne réputation. Il est spécialisé dans la législation pour l'enfance. Pourquoi cette question ? "

" Oh, une amie à moi voulait faire appel à un avocat, et je me demandais si... "

" Dis à ton amie qu'elle peut lui faire toute confiance. Ce type a du perdre un procès en trois ans. C'est un record. Il est épatant. "

" Même pour un cas vraiment impossible ? "

" C'est pas Dieu, il ne fait pas de miracle. "

" Ok. Merci Sam. "

" A ton service ! "

" Sam, j'aurai un autre service à te demander. "

" Je t'écoute. "

" Avec ton boulot, tu dois avoir affaire à pas mal d'informations que je n'ai pas... "

" On dévie sur un terrain glissant, Yrsan, je... "

" Attends, je voudrais savoir si au cours de l'année 1998 il s'est passé quelque chose de spécial à Clearlake. Mais quelque chose qui n'aurait pas été dit dans les journaux. "

" Je vais voir ce que je peux trouver, mais... "

" Je sais. Jette juste un coup d'œil, savoir s'il n'y a rien eu de louche, et si c'est pas le cas, et bien...avise ! "

" Très bien. "

" Je te remercie Sam ! "

Il raccrocha. Sa prochaine mission était claire, il devait trouver le cabinet de ce fameux avocat. Il appela de nouveaux les renseignements. C'était une voix d'homme cette fois, il échappait donc à la petite débutante. Il le mit en contact avec le cabinet, et la secrétaire de Ryan Marcus l'informa que l'avocat n'était pas à son cabinet pour le moment. Il chercha à savoir où il pouvait le trouver, il était urgent qu'il lui parle. Elle lui indiqua la Palais de Justice et la salle dans laquelle l'audience avait lieu. Puis il raccrocha.

" Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec leurs affaires urgentes aujourd'hui ? "

Yrsan se rendit donc à l'autre bout de la ville, au Palais de Justice pour s'entretenir avec Marcus. Il eut du mal à trouver la salle, et eut du mal à trouver l'avocat en question, mais à la fin de l'audience, on lui montra de qui il s'agissait. Il se rendit donc naturellement vers lui et sans se présenter entama la conversation.

" Vous avez vu aujourd'hui une femme du nom de Loïs Duncan. "

D'ordinaire, Ryan Marcus ne se rappelait guère des noms, mais cette fois ci, il n'eut aucun mal à se souvenir de la brune au tempérament de feu qui s'était infiltrée dans sa voiture.

" Exact. "

" Pensez vous que vous arriverez à lui faire obtenir gain de cause ? "

" Je ne suis pas habilité à traiter du cas de mes clients avec vous, Monsieur...j'ai oublié votre nom... "

" Je comprends, oui. Ecoutez...je l'ai eu au téléphone et selon ses dires, vous étiez très optimiste. Bien sûr je ne suis pas avocat, et je ne connais pas les lois par cœur, mais son cas me semble plutôt délicat, et Loïs est une personne très fragile. Perdre ce procès serait pour elle une catastrophe si vous lui assurez le contraire. "

" Venez en fait aux faits rapidement, j'ai des clients à voir ! "

" Le fait est que si vous avez la conviction que cette bataille sera trop dure, ne lui donnez pas de faux espoirs. Soyez franc, et dites moi si vous pensez qu'il y a une possibilité pour... "

" Il y a toujours une possibilité. "

" Vous le pensez sérieusement ? "

" Sérieusement, je ne pense pas qu'elle ait une chance de retrouver son fils, et si on s'en sort bien, on évitera un procès venant de la famille d'adoption. Mais vous qui semblez vous intéresser à elle, vous devriez vous rendre compte qu'elle a besoin de se battre pour ce en quoi elle croit. Elle refusera de baisser les bras jusqu'à ce qu'on ait épuisé toute notre artillerie. "

" Ce procès constitue peut-être un challenge pour vous, mais si vous le perdez, ce dont vous semblez à peu près convaincu, vous condamnez une femme à... "

Sa voix s'éteignit, il se refusait de penser à ce qui arriverait dans ce cas là.

" C'est elle... "

" Oui, elle est venue vous voir, et elle a fait appel à vous. Maintenant, c'est moi qui vient vous voir, et je vous implore de ne pas accepter ce dossier. Faites lui comprendre que vous n'être pas à la hauteur, dites lui n'importe quoi, mais ne la laissez pas s'accrocher à ce rêve ! "

Yrsan reprit son souffle dont il commençait à manquer. L'avocat le regardait dans les yeux, et un sourire sympathique se dessinait sur ses lèvres. Il lui semblait que son plaidoyer avait convaincu l'avocat.

 

" Dis moi, tu es sûre que te réfugier dans l'alcool, ça va t'aider ? "

" Ce soir je ne veux pas réfléchir. Je veux boire jusqu'à ce que je ne sache plus où j'habite ! Non, attends, encore mieux ! Je veux boire jusqu'à ce que j'oublie totalement ma famille, et tous les gens hypocrites et sournois qui la compose ! "

" Et tu ne crois pas qu'une thérapie par le dialogue avec une amie serait plus efficace qu'une série de verres ? " proposa Cassie, debout derrière le bar.

" Tiens, en parlant de verre, tu devrais m'en resservir un autre, je crois que le mien est vide ! Si tu veux vraiment agir comme une amie, je voudrais que tu me rendes soûle ! Ivre ! Et je veux être malade comme un chien ! "

" Je vais voir ce que je peux faire ! " lui répondit Cassie qui ne l'entendait pas ainsi. Elle lui resservit un Martini. Mais elle s'inquiétait surtout car Mallory n'avait pas l'habitude de boire. Elle ignorait en fait les effets que l'alcool aurait sur elle. De plus, elle était une fille d'alcoolique. Mais elle consentit à la servir de nouveau, car elle gardait un œil sur elle. Elle l'observa ainsi vider d'un trait chacune de ses consommations. Elle voyait déjà apparaître les effets car Mallory avait le regard trouble et non plus ferme. Cassandra était ennuyée de devoir s'absenter. Elle craignait qu'à tout moment, la grande désespérée ne s'échappe, et dans son état, il valait mieux qu'elle boive plutôt que de faire une bêtise plus grosse. Martin était lui aussi au bar, elle s'approcha de lui et lui recommanda de ne pas la quitter des yeux, le temps qu'elle revienne.

" Chagrin d'amour ? " se renseigna-t-il.

Cassie ne répondit pas, elle fut perdue dans ses pensée.

" Quoi ? Non, mais je vais appeler son petit ami pour qu'il la ramène chez elle, elle n'est pas en état de conduite, et je n'ai pas vraiment le temps de m'en occuper, il y a trop de monde ce soir ! Je te fais confiance, si jamais elle quitte le bar, tu la suis. D'ailleurs, je vais aller lui retirer ses clés de voiture, je serai plus tranquille ! "

Martin garda donc un œil sur la jeune femme et lui resservit un verre, à sa demande. Elle changea de boisson et opta pour quelque chose de plus fort. Du scotch. C'était la première fois de sa vie qu'elle en buvait, elle fut dégoûtée. Sa gorge la brûlait, le goût n'avait rien d'extraordinaire, mais elle en redemanda.

" Vous devriez y aller doucement là dessus ! "

" Vous devriez y aller un peu plus ardemment avec cette bouteille, vous remplissez à peine le fond de mon verre ! "

Il n'y avait pas à dire, elle était complètement saoule, et celui qui aurait dit le contraire aurait été aveugle. En plus du regard trouble, ses mains tremblait, sa voix était incertaine, et elle bégayait par moment. Cassie lui demanda ses clés de voiture.

" Quoi, tu crois que je serai capable de prendre ma voiture dans cet état ? J'suis pas folle ! "

" Mal, donne moi ces clés, dans cet état, je crois que tu serais capable de faire pas mal de bêtise. Tu n'as jamais bu autant d'alcool en si peu de temps, et pour être franche, tu empestes ! "

" C'est la première fois de ma vie que je ne me pose pas de questions existentielles comme : 'est-ce que mon père va penser à ne pas terminer trop tard pour me passer un coup de fil avant que je m'endorme ?' J'ai l'impression que j'ai loupé une partie de ma vie, et tu sais pourquoi ? "

" Tu vas me le dire ! "

" Parce que j'ai jamais touché à l'alcool ! "

" Je ne crois pas que tu aies gâché une partie de ta vie. Considère plutôt que tu as réussi là où les autres ont échoué, et tu as réussi à vaincre la génétique ! Estime toi heureuse ! "

" Ah !" dit elle en mettant ses mains sur ses oreilles, comme pour couvrir un bruit sourd. " Pas de génétique, ni d'héritage, ni d'arbre généalogique, ni de procréation, ni de parents, ni de famille, ni de confiance, ni d'amour ! "

Cassandra lui servit un autre verre. De la liqueur de litchi qu'elle coupa avec de l'eau. Et elle se rendit dans son bureau où elle passa un coup de téléphone.

" Standard de la Maison Blanche, quel poste désirez vous ? "

" Bonsoir, je voudrais le bureau de Sam Seaborn, dans l'Aile Ouest, à la Communication. "

" Un instant. "

L'opératrice la mit en relation avec le service de communication, et ce fut sans doute l'assistante de Sam qui répondit. Elle lui passa rapidement l'intéressé.

" C'est Cassandra. "

" Salut Cass, quoi de neuf ? "

" Dis moi, est-ce que tu en as pour longtemps, j'aimerai assez que tu passe ce soir. "

" Un problème ? " demanda-t-il, alors qu'il trouvait l'intonation de la voix de Cassie suspecte.

" Oui. Un problème nommé Mallory. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec son père, mais elle a décidé de noyer ça dans l'alcool. Elle est au bar, mais je garantis pas qu'elle saura tenir sur son tabouret encore longtemps ! "

" Elle est vraiment ivre ? " demanda Sam qui n'arrivait pas à imaginer Mallory sous l'effet de l'alcool.

" Ton ami Josh était sobre à côté ! "

" Bon, c'est une catastrophe, je finis ce que je suis en train de faire, et considère que je serai là dans...j'espère trois quart d'heures, ça ira ? "

" Je vais tenter de diminuer le rythme, car elle s'est attaquée à mon scotch ! "

Elle entendit un profond soupir au bout de la ligne, et un bref au revoir, avant qu'il ne raccroche. Elle y retourna et remarqua que l'état de sa cliente ne s'était pas vraiment améliorer. Elle abordait à présent son voisin de comptoir, et Cassandra n'était pas convaincue que ce soit une bonne idée. Elle aurait voulu que Mal ne puisse approcher personne, dans un tel état, dieu seul savait ce qu'elle pourrait faire, mais le bar était le seul endroit où Cassandra pouvait avoir accès rapidement, et qu'elle pouvait ne pas quitter des yeux. Ce qui n'en allait pas de même pour les recoins de la salle.

" Cass ! Je sais pas ce que tu viens de me donner, mais il faudrait franchement que tu fasses plus attention quand tu achète tes bouteilles ! Il était éventé ton truc ! "

Cassandra sourit en pensant à l'eau qu'elle avait versé en toute discrétion dans le Soho. Sam arriva quarante minutes après le coup de fil, et elle fut étonnée car il n'était pas lui même certain de pouvoir finir en quarante cinq minutes. Il se rua au bar, et elle lui indique le bout de celui ci. Il distingua alors la tête rousse, mais il vit aussi que contrairement à d'habitude, elle avait le dos courbé, et non droit, le signe d'une parfaite éducation. Il la rejoignit et tenta d'engager la conversation.

" Oh Sam ! Qu'est-ce que tu fais là ? Moi qui croyais que tu devais travailler pour mon père toute la nuit ! Tu sais quoi ? Mon père est une vraie peau de vache avec toi ! C'est vrai quand il t'a dit que si tu voulais sortir avec son unique fille, il te faudrait être prêt à affronter ses efforts pour nous séparer, il bluffait ! " Elle éclata de rire, un rire nerveux et bruyant, très loin du rire de Mallory O'Brien. " Il bluffait ! Je suis pas son unique fille ! "

" Je te ramène chez toi ! "

" Nan, c'est gentil Sam, mais je vais me débrouiller, si j'arrive à retrouver mes clés ! "

" Il est pas question que tu prennes le volant, je te ramène, et on ne discute pas ! "

Mallory le pria de lui accorder un dernier verre. Juste un pour la route. Mais il refusa net. Il l'aida à se lever, mais elle ne mesura pas la hauteur de son siège et glissa, tombant lourdement sur le sol.

" Regarde toi, tu ne tiens même pas debout ! "

Il l'aida à se relever et la souleva. Elle ne pourrait pas faire un pas sans se tordre la cheville, glisser, ou se faire ridiculiser, il préféra la porter, malgré ses réticences et jérémiades.

" Pose moi par terre ! " ordonna-t-elle !

C'était la première fois où il prenait vraiment les rennes avec elle, et il remarqua lamentablement qu'il avait fallu pour qu'il y parvienne qu'elle soit complètement ivre.
Ils arrivèrent devant la porte de son appartement, et il fouilla dans ses poches et dans son sac à main pour trouver les clés. Elle gigotait et riait sans raisons. Elle profita de leur corps à corps rapproché pour l'embrasser sensuellement dans le cou, lorsque ses fous rires ne l'en empêchait pas. Il ouvrit la porte et la souleva encore sur quelques mètres, il la déposa sur son lit, et toute délicatesse avait disparu, il n'avait pas l'intention de prendre de pincettes. Mallory s'étira sur son lit et roula sur elle même, puis se redressa précipitamment.

" Sam ? " l'appela-t-elle alors qu'il sortait de la chambre.

" Qu'y a-t-il ? "

Elle lui demanda de s'approcher d'elle. Ce qu'il fit sans se méfier. Elle attrapa sa cravate et le tira vers elle. Il perdit son équilibre et se retrouva dans une situation compromettante. Elle l'embrassait et déboutonnait lentement les boutons de sa chemise, mais il se libéra de son étreinte et se redressa.

" Mal, arrête ! C'est pas le moment ! "

" Tu ne disais pas ça il y a deux jours ! " dit-elle pour le convaincre de se laisser faire.

" Il y a deux jours...Tu sais ce qu'une personne sage m'a dit ? "

" Non ! " dit-elle d'une mine exaspérée, pas réellement désireuse d'entendre son histoire.

" Que l'alcool réduisait la perception des sens. Tu sais...le goût, le toucher, l'odorat, la vue et l'ouïe. "

" Cette personne était stupide ! " s'écria-t-elle en riant de plus belle.

" Et bien que la chose dont j'ai le plus envie en ce moment est de faire l'amour avec toi, ça n'arrivera pas. Pas ce soir ! "

Elle martela son oreiller de coup.

" Où est-ce que tu vas ? "

" Te faire du café. Il faut que tu dessaoule ! "

" Tu te rends compte que ça va m'obliger à affronter mes problèmes "

" Oui, c'est le but de la manœuvre ! " lui répondit-il d'un ton sévère et froid.

Elle le suivit dans la cuisine, et resta derrière lui, hors de son champ de vision. Il préparait le café, et ne lésinait pas sur la dose, plus il serait fort, plus il serait efficace. Il se tourna rapidement pour voir ce qu'elle faisait, et fut horrifié. Il se jeta sur elle, mais le quart de seconde qu'il lui fallut pour le faire fut un quart de seconde horrible. Elle tenait un long couteau bien aiguisé, et s'il ne l'avait pas vu à temps, elle se serait tailladé les veines. Elle hurla, l'implora pour qu'il la lâche. Mais il l'entraîna brutalement dans la salle de bain, serrant violemment son poignet. Il ouvrit le robinet d'eau froide, et attrapa sa nuque, toujours sans délicatesse. Il lui plongea la tête dans le lavabo, malgré ses hurlements et ses supplications. Il la tint fermement par le cou et la fit se regarder dans la glace. Son visage était blanc, un blanc presque cadavérique, mais ses yeux étaient injectés de sang, et son maquillage se répandait sous ses yeux et sur ses joues.

" Regarde toi ! " lui ordonna-t-il. " Regarde ! Tu vois cette femme, là ? "

" Tu me fais mal ! "

" Non, c'est toi qui te fais mal à toi même ! A quoi ça t'avance de boire comme tu l'as fait ? Réponds moi ! "

" Lâche moi ! Tu ne peux pas comprendre ! "

" Pourquoi ne pas m'expliquer ? "

Son ton s'adoucit. Mais elle s'effondra, complètement paralysée par ses sanglots. Sam s'assit près d'elle, sur le carrelage froid de la salle de bain. Elle posa tout naturellement sa tête sur les jambes ne Sam, prenant ainsi la position d'un fœtus. Et elle laissa aller ses pleurs, alors que Sam tentait de la rassurer en caressant tendrement ses cheveux, son bras, lui soufflant de se calmer, que ça allait passer. Elle s'endormit ainsi contre Sam, et lorsqu'il s'assura qu'elle dormait profondément, il entreprit de la conduire jusqu'à son lit. Il lui ôta ses chaussures et sa veste et la glissa sous les draps.
Elle se réveilla à dix heures le lendemain matin avec un affreux mal de crâne et de la brume obscurcissant ses souvenirs. Elle regarda l'heure qu'affichait son réveil, et remarqua qu'elle ne s'était pas déshabillée pour dormir. Elle se leva et enleva ses vêtements qu'elle troqua contre un large t-shirt qui lui servait parfois de chemise de nuit. Elle admira ironiquement son reflet dans le miroir de la salle de bain, et se rinça le visage. Elle ouvrit la boite à pharmacie et en sortit des cachets d'aspirine. Elle se dirigea dans la cuisine et sursauta de peur en sortant de sa chambre. Sam était assis dans un fauteuil avec son ordinateur portable sur les genoux.

" Oh...je croyais que c'était un cauchemar ! " dit Mallory avec une grimace.

" Bien dormi ? "

" J'ai l'impression que quelqu'un m'a tabassé le crâne toute la nuit...Dis moi est-ce que toi et moi... "

" Non. Même si toi, tu n'aurais pas dit non ! "

Elle pouffa de rire.

" Dans tes rêves ! "

" Avant que je retourne travailler, et que je te laisse reprendre tes esprits : deux ou trois choses. La première c'est que tu n'as plus accès à ton tiroir à couteaux jusqu'à nouvel ordre. "

" Mon Dieu, mais qu'est-ce qui m'a pris... "

" Et ensuite...tu ne veux pas me dire ce qui s'est passé ? "

" Je veux bien mais après je serai obliger de me débarrasser de toi. " Elle abandonna le sens de l'humour qui n'était pas de rigueur. " J'ai eu une dispute avec mon père. Apparemment, Virginia serait ma sœur. C'est à dire la fille de mon père... "

 

Ecrit par spleen, a 18:29 dans la rubrique "lecture".
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suite

" Allô ? Papa ? "

" Mal, il est arrivé un accident ! "

Le sourire de Mallory s'effaça aussitôt, et Sam prit un air inquiet.

" Que se passe-t-il, c'est Maman ? "

" Non, Chérie, c'est Annie. "

Il ne dit rien de plus, toutes sortes de pensées occupèrent alors l'esprit de Mallory qui ne pouvait rien dire.

" Que lui est-il arrivé ? "

" Chérie, je suis sur la route pour l'hôpital...tu devrais nous y rejoindre... "

" J'arrive tout de suite. "

Toutes sortes de questions jaillirent des yeux de Sam, elle ne savait comment y répondre. 

" Je dois y aller...C'est...ma tante... "

Elle tentait de maîtriser ses tremblements, mais elle avait l'impression qu'elle allait s'écrouler incessamment sous peu. Elle avait l'impression d'avoir des jambes en coton.

" Je vais venir avec toi... "

" Sam, ce n'est pas vraiment le moment de nous afficher... " Elle était autant blessée que lui de dire ce qu'elle venait de dire. " C'est pas ce que je voulais dire... "

" Je sais...tu n'es pas en état de conduire, je te dépose, et je m'en vais. "

Elle s'avoua intérieurement qu'elle était soulagée qu'il lui propose cela. Elle craignait de ne pouvoir se retenir assez longtemps, et d'arriver entière à l'hôpital.

" Si ça ne te dérange pas... "

" Laisse moi prendre mon manteau. Je te dépose, et je disparais. "

Durant le trajet, Sam n'osa pas prononcer quoi que ce soit. Il était en fait persuader qu'il valait mieux qu'il garde le silence. Il savait qu'il ferait une gaffe en parlant. Aussi ne décrocha-t-il pas un mot. Et elle lui en fut encore une fois reconnaissante. Elle le remercia rapidement en arrivant devant l'hôpital et il la rassura. Elle n'avait pas besoin de le remercier, elle devait filer, et retrouver sa famille. Ce qu'elle fit. Elle parcourut les couloirs de l'hôpital, qui lui parut alors immense, et se rendit au service des urgences. Elle ne savait pas où trouver les siens. Ils n'étaient peut-être pas encore arriver. Ou bien... Elle aperçut son père qui se tenait debout, et sa mère était assise...Non, elle était assise et effondrée sur elle même, et Leo tentait de la calmer. Elle était en larmes, et Virginia aussi. Virginia était elle aussi effondrée, elle s'était laissée glisser le long du mur, et des sanglots la secouait violemment. Elle parcourut les quelques mètres qui les séparaient en courant, et appela son père. Leo se retourna aussitôt et vint à sa rencontre.

" Que s'est-il passé ? " Elle gardait les yeux rivés sur sa mère et sa cousine, et elle aperçut un peu plus loin son oncle, qui lui aussi pleurait. " Oh mon Dieu... " dit-elle à voix basse.

" Mal, ta tante Annie a fait un arrêt, on a tout de suite appelé une ambulance... "

" Les médecins sont auprès d'elle, n'est-ce pas ? Ils font leur possible ? Papa, dis moi qu'elle est entre de bonnes mains ? Hein Papa ? " Elle tentait désespérément de se faire rassurer.

" Elle est décédée dans l'ambulance. " dit-il d'un ton morne.

" Non ! " hurla-t-elle.

Elle se jeta dans les bras de Leo qui lui souffla de se calmer. Elle se mit à pleurer, elle inonda l'épaule de son père, et elle ne pouvait se défaire de lui. Elle regardait les membres de sa famille, accablés par le chagrin. Elle décida finalement d'aller voir sa mère. Elle prit sur elle pour sécher ses pleurs et se montrer rassurante. Elle s'approcha et caressa les cheveux de Jenny.

" Maman... "

Jenny ne leva pas les yeux mais prit la main de Mallory dans la sienne. Mal s'assit immédiatement près d'elle. Mallory ne savait pas quoi dire qui pourrait soulager la peine de sa mère, elle savait que rien ne pourrait soulager sa douleur. Elle la laissa alors pleurer, pensant que seulement ainsi la douleur s'effacerait, et le souvenir de la perte de sa sœur qu'elle chérissait deviendrait moins dur.

" On n'a pas eu le temps de se dire au revoir... " sanglota-t-elle.

" Je t'en prie Maman, calme toi... " murmura Mallory qui retenait elle aussi ses pleurs.

Elle regarda Leo qui s'était agenouillé près de Virginia pour prendre soin d'elle. Et elle regarda du côté de son oncle Arthur, que Tess tentait de soutenir. Il paraissait tout aussi battu. Elle se demanda alors où étaient les enfants. Et où était Margaret qui avait du se sentir affreusement mal, et aussi l'amie du club de gym de sa mère ? Elle laissa ses interrogations de côté, elle se rapprocha d'avantages de Jenny qui ne contrôlait pas ses larmes. Elle posa sa tête sur les genoux de sa fille, comme si les rôles étaient inversés. Comme si elle était la petite fille qui venait de faire un cauchemar, ou qui venait de tomber en faisant du vélo. Ou encore sa petite fille lorsqu'elle avait vécu son premier chagrin d'amour. Et Mal la protégeait, comme Jenny l'avait toujours fait. Elle lui caressa les cheveux, calmement, et ses gestes doux voulaient soulager le chagrin de sa mère. Noël était une fête que Jenny n'appréciait pas. Désormais, elle haïrait cette fête, qui serait un jour de désespoir, le jour où elle avait perdu sa sœur adorée, sa grande sœur qu'elle avait toujours admiré et pris pour modèle.

 

Cassandra s'était absentée en même temps que Mallory. En réalité, Mallory avait prétexté que Cass devait se rendre au Diamond Dogs pou se rendre à la Maison Blanche. Elle avait dit à ses parents, pour ne pas éveiller de soupçons, qu'elle conduisait Cassie à la boîte car elle avait un peu trop bu. Mais elles avaient pris leurs voitures respectives, et s'étaient rendues à deux endroits bien différents. Cassandra était inquiète pour son club, elle ne s'était jamais absentée aussi longtemps depuis son ouverture, et malgré la confiance qu'elle portait à son barman préféré, elle n'aimait pas être loin de son bar et de ses lumières tamisées. Tout se passait bien, malgré ses angoisses. Martin se débrouillait très bien. Il n'y avait aucune raison de s'en faire. Elle resta une heure. Elle servit quelques clients. Elle salua le groupe qu'elle avait engagé pour jouer, un soir de Noël, et elle leur offrit une coupe de champagne qu'elle partagea avec eux. Elle se rendit compte que la salle se vidait doucement. Elle demanda ainsi à Martin si cela ne le dérangeait pas de faire la fermeture, à quoi il répondit que ce n'était pas un problème, et qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. Elle s'apprêtait à repartir à sa soirée, mais elle eut une autre idée. Elle se rendit dans son bureau, où elle était plus au calme pour passer un coup de fil.

" Allô ? "

" Bonsoir, c'est moi. "

" Bonsoir... "

Yrsan était au bout du fil. Cassie souriait tout en lui demandant ce qu'il faisait.

" Je suis devant la télé. Il passe un vieux film avec John Wayne. Et toi, ta soirée ? "

" Je suis au club, pour l'instant. Je m'apprêtais à repartir, mais je me suis dit, comme tu es tout seul, pour Noël...je pourrais passer. Qu'est-ce que tu en dis ? "

" J'en dis que j'ai hâte que tu sois là. Je t'attends. "

" J'arrive ! " souffla-t-elle.

Elle raccrocha en se mordillant les lèvres, son regard pétillait et son sourire s'élargissait. Mais elle voulait avant tout prévenir Mallory de ne pas s'inquiéter. Elle allait lui dire qu'elle était un peu fatiguée, et qu'elle faisait la fermeture avant de rentrer. Elle appela tout d'abord chez les McGarry, mais personne n'y répondit. Elle trouva cela curieux, mais essaya sur le portable. Deux sonneries passèrent.

" Allô ? " répondit une petite voix.

" Mal, chérie, je me demandais si... " Elle s'interrompit. " Mal, qu'est-ce qui se passe, tu as une voix bizarre. "

" C'est Annie. Elle a fait un arrêt, mais on n'a pas pu la réanimer. "

Cassie accusa le coup et demanda aussitôt :

" Comment tu te sens ? "

" Ca va. Je ne dirais pas la même chose de ma mère, ou encore de mon oncle et encore moins de Virginia. Mais moi ça va. Cass...ça t'ennuierait de ne pas revenir...on va rentrer, mais tu sais... "

" Bien sûr, ne t'en fais pas...j'appelais pour te dire que je devais fermer...Tu n'as besoin de rien ? "

Mallory tenta de la rassurer en lui disant qu'elle allait bien, et que tout ce dont elle avait besoin, c'était de repos et de calme. Cassandra n'insista donc pas.

" Appelle moi si tu veux quoi que ce soit... "

Cassie raccrocha et se demanda aussitôt si elle faisait bien d'aller se réfugier secrètement dans les bras d'Yrsan, après la tragédie que venait de vivre Mallory. Mais elle savait aussi que Mal n'accepterait pas de pitié. Elle voulait s'occuper de sa mère qui était anéantie, et elle avait son père. Rejoindre ou non Yrsan ne changerait rien.

 

Les obsèques d'Annie Peterson O'Brien se déroulèrent le 28 Décembre. Le temps se prêtait à l'événement. Il faisait froid et sec. Pas un flocon de neige. La neige ne tombait-elle donc que lors des moments heureux, ou pour émerveiller les enfants ? Elle avait quelque chose de rassurant la neige, et elle était absente de ce jour sombre. Les proches de la défunte étaient réunis autour de la tombe, dans un cimetière de Washington. Tel avait été le désir d'Annie. Reposer à Washington, une ville fascinante selon elle. Mallory ne comprenait pas très bien pourquoi. Cette ville n'avait rien de plus fascinant qu'une autre, et comparée à New-York, ou San Francisco, que pouvait-elle avoir de fascinant ? Mal n'avait pas eu le courage de se rendre seule à ces funérailles. Elle avait prié Sam de l'accompagner. Elle se moquait éperdument à présent que ses parents les voient ensemble, d'ailleurs, ils n'y prêteraient pas attention. Pas dans leur état.

Sam s'était rendu dans le bureau de son patron et lui avait demandé s'il pouvait s'absenter le matin du 28. Bien sûr Leo lui avait demandé pourquoi. Il lui avait dit honnêtement que Mallory ne voulait pas y aller seule, et qu'elle ne se sentait pas la force de rester seule au milieu de sa propre famille. Il fut surpris que Leo n'y oppose aucune résistance. Mais il avait sans doute autre chose à penser.

La couleur noir dominait, comme à tout enterrement. Mallory portait un tailleur noir cintré, et un manteau qui lui tombait au dessus du genoux, qu'elle avait négligé de fermer. Elle se tenait debout, contre Sam, qui lui prit la main, alors que le prête bénissait le corps et le cercueil...Enfin, il ne savait pas exactement ce qu'il bénissait. Il n'écoutait pas les paroles du prêtre. Il se concentrait sur celle qui était à ses côtés. Elle avait le teint inhabituellement pâle, les joues creusés, et les yeux cernés. Ce qui n'avait rien d'étonnant, vu les circonstances. Jenny et Leo, Arthur et Tess, et Mallory et lui étaient au premier rang. Virginia était elle aussi devant, mais elle se tenait en retrait. Mallory la regarda discrètement, et lut la peine dans ses yeux. Elle se mettait à sa place, et s'imaginait perdre sa mère. Elle n'aurait peut-être plus de raison d'être. Jenny McGarry était ce qu'elle était. C'était sa mère. Et connaissant Annie, son caractère attachant, elle comprenait que des gens qui n'étaient pas des proches pleurent sa disparition. Cassie était venue aussi. Sam la remarqua, qui restait discrète et en retrait. Elle aussi était vêtue de noir, et Sam fut frappé par la gravité de son visage. Il ne l'avait jamais vu ainsi. Il découvrait presque une autre femme en la voyant. La bénédiction prit bientôt fin. Et chacun passa devant le cercueil, déposant une rose, une dernière pensée, et un dernier signe de croix. Mallory sentit, en passant devant la tombe que la main de Sam serrait d'avantage son épaule, et elle sentit alors le réconfort qu'il souhaitait lui offrir.
Bien que n'ayant pas la tête à ça, Jenny avait fait faire un repas et avait invité tous les gens présents à la cérémonie à venir déjeuner chez elle. Mal pria Sam de ne pas l'abandonner, et il la rassura d'un regard.

" Je resterai aussi longtemps que tu le désireras. "

Mallory voulait également voir Cassie, mais elle s'était retirée avant qu'elle n'ait pu lui parler. Chez Jenny, elle était écœurée de voir les gens se jeter sur la nourriture, et manger sans penser qu'une heure auparavant, ils enterraient quelqu'un de cher. Elle s'était assise sur un chaise de la salle à manger, et Sam était resté près d'elle. Elle regardait avec dégoût les gens faire comme si il ne s'était rien passé. Mais le visage de sa mère lui rappelait sans cesse qu'il n'en était pas ainsi.

" Ce n'est pas tant le fait que ma tante soit décédée... " avoua-t-elle à Sam. " J'ai l'impression de devenir folle. Je ne blâme pas la réaction de Maman, mais elle pleure toute la journée, elle reste cloîtrée dans sa chambre, et quand elle en sort, elle se met à parler à Annie, comme si elle n'était pas partie. "

" Il faut lui laisser un peu de temps. "

" Je sais, mais j'ai du mal à supporter ses réactions. Elle m'effraie, j'ai l'impression d'être dans une maison de dingue, et j'ai l'impression que je vais finir par le devenir moi aussi. "

" Ca n'arrivera pas ! " dit-il pour la rassurer. Il s'accroupit pour pouvoir la regarder dans les yeux. " Je te promets que ça n'arrivera pas. Ta mère a besoin de se faire à l'idée que sa sœur est partie. Elle va mettre du temps, et ce sera difficile à accepter. Mais elle y survivra. C'est malheureux, mais elle est en vie, et elle a une magnifique fille qui est là pour elle... "

Mallory esquissa un sourire.

" Tu choisis si bien ton moment pour me faire la cour ! "

Ils rirent tous les deux.

" Il faudrait que je retourne au bureau, à moins que tu... "

" Non, vas-y ! Je vais m'en sortir. "

" Tu es sûre ? " Elle acquiesça. Il l'embrassa sur le front et enfila son manteau. " Je vais aller présenter une dernière fois mes condoléances à ta... "

" Sam, c'est pas la peine, elle ne se rend même pas compte qu'on est là. Retourne au bureau, ça va aller ! "

" D'accord. Je t'appelle ce soir ! "

Elle lui fit un petit signe de la main, et laissa son regard se perdre dans le néant.

 

Mal passait chaque jour chez sa mère, et elle y restait la journée entière. Jenny et Virginia ne se remettaient pas de la mort d'Annie, ce que Mallory comprenait. Les deux femmes passaient leurs journées cloîtrées. Elles s'installaient dans le salon et se fabriquaient des cages où elles s'enfermaient. Elles ne parlaient pas, ne bougeaient pas. Mallory faisait preuve de patience, et restait attentive, s'occupant de sa mère et de sa cousine comme elle le pouvait. Elle ne faisait rien d'autre que veiller sur elle. Le soir, c'était Leo qui prenait la relève. Et jusqu'à ce que Leo arrive, Ruth était là. Mais Mal attendait la plupart du temps son père, qui la réconfortait comme il le pouvait. Il savait que même si elle ne disait rien, elle souffrait à l'intérieur. Leo s'était installé là bas, le temps que tout rentre dans l'ordre, et il passait ses nuits au chevet de son ex-femme et de sa nièce.
Mallory était chez elle, il était quinze heures. C'était la première fois depuis le drame, qu'elle ne s'était pas rendue chez sa mère. Mais elle avait dormi tard, rattrapant le sommeil qui lui manquait, et elle n'avait pas le courage de sortir. Elle ne s'en sentait pas la force, et se demandait même si elle ne couvait pas quelque chose. Elle se fit chauffer du thé et s'installa confortablement dans son canapé. Elle plia ses jambes vers elle, et posa son menton sur ses genoux. Elle fixa ensuite la fine fumée qui s'échappait de sa tasse brûlante. Cette vapeur d'eau agissait comme de l'hypnose sur elle. Elle sentait son corps se relaxer et ses muscles se relâcher, pour la première fois, elle ne pensait à rien d'autre que l'eau fumante. Jusqu'à ce que quelqu'un frappe à sa porte. Elle se leva sans enthousiasme et ouvrit la porte pour y voir Loïs. Elle fut surprise et heureuse de la voir. Loïs ouvrit aussitôt ses bras et enlaça Mallory.

" Comment tu te sens, ça va ? "

" Oui, ça va ! " dit-elle sans y croire. " Entre ! "

Loïs suivit son amie dans le salon, où elle lui proposa de s'asseoir. Elle retira son manteau et le posa sur un accoudoir de fauteuil. Mallory lui proposa également du thé, ou du café. Elle prit volontiers du thé. Elles s'assirent l'une face à l'autre. Loïs avait un regard compatissant et Mallory ne voulait pas vraiment de la pitié des gens. Elle préférait s'en passer. 

" Je ne t'ai même pas appeler...tu as passé de bonnes fêtes ? " demanda Mallory pour détourner la conversation.

Loïs ne répondit pas. Elle regarda Mallory et se demanda si elle devait lui parler de son réveillon de Noël. Elle mourrait d'envie de lui en parler, car Mallory était la première amie qu'elle avait depuis longtemps, une de ses seules vraies amies. Mais elle était si triste et accablée qu'elle ne pouvait infliger à Mallory ses histoires.

" J'ai passé Noël en famille. C'était bien. "

Elle ne s'étala pas d'avantage sur le sujet.

" Suis-je bête ! " s'écria Mallory. " J'allais oublier ton présent ! "

Elle se leva pour aller chercher un paquet cadeau. Loïs fit de même. Elle sortit elle aussi un cadeau de son sac qu'elle tendit à Mallory. Elles échangèrent donc les jolis parquets enrubannés, avec de larges sourires.
Loïs ne fut guère étonnée qu'il s'agisse d'un livre, la forme du paquet ne laissait que peu de possibilités. Mais elle fut émerveillée de voir que c'était un livre très anciens. La couverture était en cuir et imprimée d'or. C'était magnifique, et elle savait que Mal lui aurait fait un cadeau de ce genre. Elle était ravie. Elle espérait que son amie serait tout aussi ravie de son présent. Mallory ouvrit avec empressement la boite et en sortit avec délicatesse ce qu'elle contenait. Elle regarda avec admiration le coffret, qu'elle imaginait déjà dans sa chambre.

" C'est une boite à musique ! " lui indiqua Loïs.

Elle souleva le couvercle et tendit l'oreille vers la mélodie qui lui rappela aussitôt son enfance, et les contes de fées qu'elle lisait, ou qu'elle écoutait lire de son père lorsqu'il ne rentrait pas trop tard.

" C'est un magnifique cadeau ! "

" Vraiment ? " demanda Loïs, encore incertaine de son choix.

Pour réponse, Mallory enlaça son amie et la remercia chaleureusement. Loïs remercia elle aussi Mal, et lui assura qu'elle avait fait le bon choix.

" J'aurai voulu que ce Noël soit un peu moins sombre pour toi... "

Mallory lui sourit pou la rassurer.

" Je vais bien. Je vais mieux que ma mère ou que ma cousine. Et je t'avouerai que je suis heureuse que tu sois là, j'allai aller les voir, mais dès que j'y suis, j'ai l'impression que je vais péter les plombs...Elles me rendent folles. "

" C'est Sam qui m'a appris la nouvelle. On s'est croisé au Diamond Dogs. Il venait déposer des papiers à Cassie... " Elle hésita. " Et comment ça va, avec Sam ? "

La réponse fut un bref haussement d'épaules.

" On s'entend bien. On aime bien être ensemble. "

" Depuis combien de temps sortez vous ensemble ? "

" On ne sort pas ensemble ! " répondit Mallory sur la défensive. " Tu te trompes, on ne sort pas ensemble, c'est juste que de temps en temps, on aime bien aller prendre un café...ou aller au ciné...ou parler politique... "

" Ou vous faire des bisous ? "

Mallory secoua la tête, presque horrifiée.

" Non, tu te fais des idées, ce n'est pas le cas ! "

" Si tu le dis... " Elle n'insista pas. Elle prit sa tasse et but son thé, en remarquant que les joues de Mallory s'empourpraient.

 

La nuit était tombée sur Washington, mais les bureaux de la Maison Blanche étaient encore éclairés, les employés y travaillaient encore d'arrache-pied. Il vint à Sam l'idée de se rendre dans le bureau de son patron, histoire de vérifier que tout, à part le boulot, allait bien. Il se rendit dans le bureau de sa secrétaire, mais elle était déjà partie, ou du moins, elle s'était absentée de son poste. Il frappa alors quelques coups.

" Entrez ! "

Il ouvrit la porte et se glissa à l'intérieur du bureau. Leo était derrière son bureau, en plein travail, comme il s'y attendait.

" Comment ça va ? "

" Aussi bien que possible ! " répondit-il sans lever les yeux.

" Est-ce que...tu veux que je m'occupe d'un ou deux dossiers, pour que tu puisses rentrer plus tôt ? "

" Non, Sam, tu m'as déjà bien aidé le soir de Noël, c'est à moi de le faire. Et puis je ne suis pas si pressé de rentrer...C'est une véritable catastrophe qui est arrivée. "

" Jenny est toujours dans le même état ? "

" Et ma nièce aussi. La gamine a 28 ans. "

Sam lui offrit un regard emplit de sympathie, et se dirigea vers la porte pour se retirer, mais Leo l'interpella.

" Je voulais aussi te remercier d'avoir été là pour Mallory. Je ne pensais pas que je te dirai ces mots là en face un jour, mais je sais qu'elle avait besoin de toi l'autre jour. Merci Sam. "

" Y a vraiment pas de quoi Leo ! "

Il sortit et referma la porte derrière lui. Leo observa les photos qu'il y avait sur son bureau. Il n'y en avait que pour sa fille. Il avait enlever celle où figurait Jenny, c'était devenu dérisoire. Seule sa fille lui permettait de s'évader de temps à autres. Il pouvait passer des heures à regarder ces photos, et elles lui permettraient de trouver le courage lorsqu'il en manquait.

 

Il était deux personnes que le drame avait épargné. Ils se sentaient concerné, mais seulement par la peine de leur amie. Yrsan et Cassandra se retrouvaient en cachette depuis un mois et demi, presque. Ils avaient passé la nuit chez Cassie ce soir là. Mais bien que non concernés, ils ne parvenaient pas à trouver le sommeil. Comme s'ils pensaient à la même personne, qui devait vivre un cauchemar. Cassie ne se trouvait pas assez présente pour sa meilleure amie, et Yrsan ne savait pas comment se comporter avec Mal. Ils ne se connaissaient pas depuis suffisamment longtemps pour qu'il se permette de tenter de lui apporter du réconfort. Ils étaient allongés et serrés l'un près de l'autre. La pièce était sombre et silencieuse. Ils ne parlaient guère. Dans la pénombre, Yrsan tentait toutefois d'observer la pièce. Il était un peu fasciné par cet endroit, il pensait y découvrir des indices sur la personnalité de Cassie, des choses qu'il ignorait d'elle, car elle cachait quelque chose de profond en elle. Elle n'était pas seulement cette femme fatale qui faisait chavirer les hommes. Elle avait d'ailleurs su le faire chavirer, lui, celui que tant de femmes voulaient avoir, mais qui ne parvenaient pas à leurs fins.

" Qu'est-ce que tu cherches ? Depuis que tu es arrivé tu scrutes partout ! Tu ne trouveras pas mon mari, il est dans notre résidence secondaire en Caroline du Sud. "

Yrsan ne put s'empêcher de rire.

" Je trouve que cette pièce te ressemble. "

A vrai dire, ce qu'il voulait affirmer par là, était que comme elle, la pièce n'avait pas besoin d'apparat pour être belle et agréable. Les murs étaient blancs. Il y avait juste un tableau accroché. C'était une maison. Une maison ensoleillée. Il y avait une commode et une armoire, en pin. Le lit était en pin, et des fleurs venaient colorer la couette, les draps et les oreillers. Il y avait une table de nuit de chaque côté du lit. Les rideaux de la fenêtre rappelaient les motifs des draps. Elle était simple mais charmante, cette pièce. Il y régnait une douce chaleur, qui n'avait rien d'étouffant. Et puis, d'avantage que la chambre, il avait près de lui une créature superbe. Il traçait les courbes du corps de Cassie d'un geste doux, qui la faisait sourire. Et qui par moment la chatouillait.

" Je n'ai jamais rien vu de plus beau dans ma vie ! " lui avoua-t-il. " Cassie, tu es belle, vraiment très belle. Et tu n'imagines pas à quel point je suis attiré par toi. "

Elle ne répondit pas, car à son grand étonnement, elle se sentit troublée d'une telle déclaration.

" Moi aussi je vais t'avouer quelque chose. Tu sais... " Elle cherchait ses mots. " J'ai la réputation d'être...d'être ce qu'on appelle une fille facile. " Elle s'appuya sur son coude. " Crois moi ou pas. Je ne suis jamais restée autant de temps avec un homme. " Ce fut son tour de rester sans voix. " Enfin, je veux dire...avec un seul homme... "

Il l'embrassa et l'attira vers lui. Le baiser fut long et passionné.

" J'en ai assez de parler ! " dit-il. " J'ai d'autres projets pour cette nuit ! "

 

Mallory était dans sa cuisine, et avait le téléphone calé sur une épaule. Elle préparait à manger, et sa mère était à l'autre bout du fil.

" Est-ce que tu voudrais venir dîner à la maison demain soir ? "

" Bien sûr Maman ! " répondit-elle tel un automate, sans vraiment avoir envie de se rendre là bas pour dîner.

" Il y aura ton père aussi. "

" Très bien. Je serai là à sept heures. Besoin de rien ? "

" Non, à demain soir ma Chérie ! "

Elle raccrocha et continua de fouetter la préparation pour son omelette. Elle expira lentement. Elle avait accepté d'aller manger là bas, mais elle n'en avait pas du tout envie. C'était un calvaire de se rendre là bas, c'était ce qu'elle évitait à tous prix. Mais elle ne pouvait pas refuser cela à sa mère, elle savait qu'elle avait besoin d'elle, et elle aurait l'impression d'agir en égoïste et de laisser tomber sa famille. Elle n'aimait pas Virginia, et elle détestait lorsque sa mère tentait de jouer les grandes dames devant elle, mais il s'agissait de sa mère, et de sa cousine. La famille était sacrée, c'était ce qui lui avait enseigné son père, et après lui, le Président des Etats-Unis. Lâchez lui les baskets...c'est votre père ! Les paroles de Jed Bartlet lui revenait en mémoire. Il ne s'agissait plus de son père et de ses montagnes de boulot. (il ne s'agissait plus de parler d'une montagne de boulot, mais bel et bien d'une chaîne montagneuses). Il s'agissait cette fois de sa mère. La dernière fois où elle l'avait vu cloîtrée ainsi sur elle même, refusant de parler, s'enfermant dans son silence, c'était lorsque Leo rentrait complètement ivre, et qu'il était alors inutile de parler avec lui. Son père avait été un alcoolique et un drogué. Et malgré cela, sa mère était restée à ses côtés, par amour et par dévotion. Comment se faisait-il que le plus dur passé, elle prenait la décision de rompre ? Mallory ne comprenait pas comment on pouvait aider un homme alcoolique à sortir de son engrenage infernal, subissant les coups moraux, encaissant tout ce que le mariage avait de pire à offrir, et baisser les bras pour quelques paperasseries qui le tenait éloigné de la maison trop souvent. Mallory reconnut elle même qu'elle était excédée des retards, et des dîners annulés, et des longues nuits à l'attendre, mais elle ne pouvait pas abandonner son père. Pas plus qu'elle n'abandonnerait sa mère. Tous deux avaient besoin d'elle. Mais c'était ainsi. Ils l'excédaient, au point qu'elle se sentait elle même devenir complètement cinglée.

Le lendemain soir arriva trop rapidement à son goût. C'est Ruth qui lui ouvrit la porte de la résidence. Ruth et son regard bienveillant, ses mots rassurants. Mallory se demanda soudain comment une femme si bonne pouvait supporter de travailler pour le dragon qu'était sa mère. " Quand on parle du loup... "

" Bonsoir Chérie ? Tu te sens bien ? "

" Ca va, Maman. Et toi, comment te sens tu ? " demanda-t-elle d'un air concerné.

" Ca va. Viens, Nia est dans le salon, et ton père a appelé, il quittait le bureau. "

Elle suivit sa mère et embrassa Virginia qui étai assise dans un fauteuil du salon. Un grand silence emplit la pièce. Mallory alla s'installer devant la cheminée pour se réchauffer.

" Tu n'es pas très bavarde ces temps-ci, Mal ! " dit Jenny, comme si elle occultait les événements récents.

" Tu sais, je ne reprends le boulot que lundi, alors je n'ai pas grand chose à te dire. "

" Parle moi de l'école ! " lui demanda doucement Virginia.

Sa cousine fut surprise d'une telle demande.

" Et bien... " Que dire ? " C'est une école primaire...qui est connectée à un collège, et c'est un établissement normal... "

" Combien d'élèves as-tu ? "

Elle s'intéresse tant à moi ? s'interrogea Mallory.

" J'ai 23 élèves. Des CM2. "

" Et est-ce qu'il y a une matière que tu préfères aborder avec eux ? "

" Non. Non, je pense que j'aime tout ce que je leur enseigne. J'ai peut-être une préférence pour l'anglais et l'histoire, mais... "

Leo arriva à cet instant. Il salua tout le monde, embrassa plus particulièrement sa fille, et Jenny proposa de passer à table. Ruth fit le service, qui se déroula dans la salle à manger, sur la grande table de chêne. Mallory trouva cette idée stupide. Ils auraient très bien pu dîner dans la cuisine, sur la table ronde, ou encore dans le grand salon, qui ne servait jamais à rien, depuis que son père n'habitait plus ici. Il choisissait toujours de se réfugier dans le grand salon pour faire ses mots croisés, assis confortablement dans un fauteuil. Elle ne s'attarda pas sur le sujet. Au cours du repas, et précisément au moment où Ruth desservait les assiettes pour les remplacer pour des assiettes à dessert, Jenny changea le sujet de la conversation qui n'était jusqu'alors que politique.

" Bien, nous n'allons pas parler de l'état de l'Union toute la soirée, n'est-ce pas ? Nia voudrait nous dire quelque chose. "

Les regards se tournèrent donc vers la jeune femme qui repliait sa serviette sur ses genoux.

" J'ai bien réfléchis, Dieu sait que cela m'a été pénible ces derniers temps...Mais...Tante Jenny, Oncle Leo, Mallory, avec votre permission, j'aimerais rester quelques temps à Washington. "

Mallory sentit son visage devenir pâle, aussi pâle que la porcelaine. Elle avala difficilement le vin qu'elle venait d'absorber. Leo vit le malaise se peindre sur les traits de sa fille et tenta aussitôt de remédier à la situation.

" Oui...Bien sûr...Je pense que c'est une bonne idée de ne pas repartir pour Boston tout de suite. Mais... "

" Oh voyons, tu es ici chez toi, ma petite Nia...Ma maison est la tienne ! " dit Jenny en recouvrant la main de sa nièce de la sienne. " Reste ici autant que tu le souhaiteras, je serais tellement heureuse d'avoir un peu de compagnie. "

Le verre de Mallory lui échappa et se déversa sur la nappe blanche. Elle épongea aussitôt avec sa serviette.

" Qu'en penses tu Mallory ? "

Elle leva les yeux vers sa cousine. Les gestes brusques qu'elle faisait et ses mains tremblantes trahissaient un état tendu.

" Et bien je pense que tu as raison de ne pas vouloir rentrer tout de suite, mais que vas tu faire à Washington ? Tu comptes trouver un travail ? Faire du bénévolat ? Ou bien faire la lecture à Maman ? "

" Mallory ! " s'outra Jenny.

" Mallory a raison, Tante Jenny. Je ne peux pas rester à vivre à tes crochets. "

" Et ton emploi à Boston ? "

" Et bien...pour être franche, j'ai été virée une semaine avant Noël, Maman n'en savait rien. Je n'ai rien qui me retienne là bas, et en réalité, j'aimerais tenté de construire quelque chose ici, auprès de ma famille. "

" D'ailleurs, Mallory, tu pourras peut-être parler à quelques uns de tes amis ! "

" Maman, mes amis ne sont pas mes subalternes. Si quelqu'un doit user de ses relations, ce sera toi ou Papa, mais ne me mettez pas dan ce genre de situation. La seule chose que je pourrai lui trouver sans avoir à faire jouer mes relations, ce serait un boulot de serveuse. Mais je doute que tu sois d'accord, Maman, toi qui déteste tant Cassie, pour que Nia servent des cocktails dans une boite de nuit ! "

" S'il n'y avait que les cocktails ! " s'écria Jenny.

" Oh, ça y est, on va repartir là dessus ! Tu n'aimes pas Cassandra, et c'est la seule raison qui te pousse tant à la dénigrer et la critiquer. Tu n'as jamais eu un mot gentil ou une critique positive à son égard ! "

" Faux ! Quand j'ai dit qu'elle me semblait mieux à sa place dans une boite de nuit, avec des vêtements affriolants et découvrant la moitié de son anatomie, plutôt que dans un cabinet d'expertise comptable, je le pensais sincèrement ! "

Mallory se leva de table.

" Qu'est-ce qu'elle t'a fait ? Dis moi ! Vas-y, tu sais je suis prête à tout entendre ce soir ! "

" Mal ! " la raisonna Leo.

" Mallory, tu as trop bu ! "

" Et toi pas assez ! Mais là n'est pas la question. Je refuse de m'engager d'avantage sur ce terrain, tu sais que je prendrai toujours la défense de Cassie ! "

Virginia tenta de calmer le jeu.

" Je ne voulais pas que cela donne lieu à une discorde. Mal, je ne te demande pas de m'aider à trouver un travail. Je le ferai seule. Mais il se peut que je fasse une demande auprès de Cassie. Tante Jenny, je ne pense pas que ce soit si déshonorant de travailler dans ce genre de club. C'est une manière comme une autre de gagner de l'argent. "

" Nia, tant que ce job ne t'oblige pas à te déshabiller sur le comptoir... "

" Jenny ! " souffla Leo en même temps que Mallory quittait la pièce. " Mal, où vas tu ? "

" J'en ai assez entendu pour ce soir ! " s'écria-t-elle depuis l'entrée.

Leo se leva précipitamment.

" Mal, ta mère ne voulait pas... "

" Si, elle déteste Cassie, et le fait qu'elle soit en deuil ne l'oblige pas à traiter de traînée ma meilleure amie, d'accord Papa ? Je suis désolée, je suis fatiguée, je voudrais rentrer. "

" Va lui dire bonsoir, au moins ! "

" Certainement pas ! "

Il l'aida à enfiler son manteau, elle lui déposa un baiser sur la joue et sortit en claquant la porte. Leo retourna dans la salle à manger, l'air dépité, et un air de reproche au fond des yeux.

 

Yrsan vivait dans un petit appartement, situé relativement près de l'école. Il était meublé, et le loyer n'était pas exorbitant. Bien sûr il n'avait rien du charme de l'appartement de Mallory ou celui de Cassie. Mais il était bien suffisant pour vivre. Manger, dormir, et prendre une douche. Le reste de son temps, il était à l'école, ou à la bibliothèque, ou au cinéma. C'était un grand cinéphile. Une véritable encyclopédie du cinéma. Incollable.
Il ne s'attendait pas à une visite aussi tard dans la soirée. En fait, il n'était que huit heures trente, mais cela suffisait à lui insuffler quelques interrogations. Ils avaient convenu avec Cassandra qu'ils ne se verraient pas ce soir, elle travaillait, mais il imaginait que peut-être...elle souhaitait lui faire une surprise... Loïs était sur le pas de sa porte. Il fut surpris, mais néanmoins ravi. Il la fit entrer, elle s'excusa de passer si tard. Ils s'étaient vus, trois jours plus tôt, ils s'étaient offert l'un et l'autre leur cadeaux respectifs. Yrsan remarque aussitôt qu'elle portait un masque. Une façade gaie qui cachait un énorme chagrin. Elle était parvenue à bien le cacher, mais on ne lui faisait pas, pas à lui. Il lui fit visiter son humble appartement, qu'elle ne connaissait pas. Et il lui proposa rapidement un café. Elle accepta volontiers. Ils s'assirent dans la cuisine, à la petite table, étroite, tout juste pouvait elle permettre aux deux amis de se mettre à leur aise.

" Alors ? Tu n'es pas venue jusqu'ici pour me faire remarquer que mon café est si mauvais qu'une cafetière ne serait pas du luxe ? "

" Non ! " sourit elle. Mais son sourire s'effaça rapidement. " Je ne savais pas à qui en parler... "

" Loïs, qu'est-ce qu'il y a ? Si tu es venue c'est que tu savais que tu faisais le bon choix, tu peux absolument tout me dire ! "

Elle prit une profonde inspiration avant de démarrer son récit qu'elle avait déjà préparer mille fois dans sa tête, pour le jour où on lui poserait des questions, et où le secret serait tellement lourd qu'elle ne pourrait pas refuser de répondre. Elle lui raconta son escapade de Noël et lui en expliqua les raisons.

" Il y a onze ans, je vivais encore chez mes parents. Des gens très bourgeois, qui ont contrôlé ma vie de ma naissance à ma vie de couple. Je commençais tout juste à travailler, en fait, j'était auxiliaire dans une classe et je terminais mes études en même temps. J'ai rencontré un homme. Sans entrer dans les détails, je voyais en lui le moyen d'échapper enfin à mes parents. J'ai appris que j'étais enceinte. Nous étions très heureux. Ce bébé, c'était notre nouvelle vie, à tous les deux. Nous l'avons annoncé à mes parents, qui n'avaient jamais vu d'un bon œil ma relation avec cet homme. Mais, outre cela, ils nous ont fait comprendre qu'on ne pouvait pas avoir cet enfant si on n'était pas marié. Mes parents étaient très...puritains. Mais on ne voulait pas se marier. En fait, on le voulait, mais pas pour les mêmes raisons que mes parents, alors on leur a tenu tête. Mais le mariage n'était pas nécessaire, Denis est mort dans un accident d'avion, j'en étais à mon troisième mois. Je t'ai dit que mes parents étaient des gens influents ? Ils m'ont couvé, et protéger au long de ma grossesse, du moins, c'était ce que je pensais. Une semaine avant que j'accouche, ils m'ont avoué qu'ils avaient pris les mesures nécessaires pour mon enfant, que je ne devais m'inquiéter de rien. Il s avaient trouvé une famille qui voulait de lui. J'étais folle de rage, j'ai commencé à rassembler mes affaires, je voulais partir le plus loin possible, mais ils ont réussi à me faire rester, ils ont fait venir un médecin qui m'a dit que ce serait dangereux pour la vie de mon enfant...enfin, j'étais jeune et si crédule, je portais toute ma confiance en mes parents...jusque là. Quand mon petit garçon est venu au monde, j'ai enfin cru en un avenir meilleur, et j'entreprenais de partir aussi vite que possible loin d'eux. Une assistante sociale m'a enlevé mon enfant, elle me l'a pris, l'a arraché de mes bras, sous les yeux de mes parents qui ne montraient ni pitié, ni regrets, ni aucun autre sentiment. J'avais des droits, je devais signer une feuille pour donner mon accord. Ils se sont arrangés pour que je la signe, et pour s'assurer que je ne tenterai rien, ils m'ont fait administré un produit...ils m'ont droguée, et j'ai perdu connaissance. J'ai perdu toutes mes forces. Et quand j'ai pu sortir de l'hôpital, presque un mois après avoir accouché, mes parents ont insisté pour que je reste chez eux. Pour me soigner. Ils m'ont fait passer pour folle. Ils m'ont fait croire que je n'avais pas eu d'enfant, que mon bébé était décédé, qu'il n'avait pas survécu, que je l'avais tué en tentant de m'enfuir...Et le pire dans tout cela, c'est que j'y ai cru. Pendant longtemps j'y ai cru. J'ai fait une dépression, que les médecins de mes parents parvenaient à prolonger...Quand j'en ai eu la force et le courage, je suis partie, et je ne les ai plus jamais revu. Je voulais faire des recherches, retrouver mon enfant, et annuler les papiers que j'avais signer. Mais on m'a vite fait comprendre que je perdais mon temps. Mes parent avaient pensé à tout, ils avaient fait en sorte que je ne retrouve jamais la trace de mon petit garçon. "

Jusqu'à cette année. Où un homme l'avait appeler. Il lui avait dit qu'elle ne le connaissait pas, mais qu'il avait une dette envers elle. Elle ne comprit pas, mais elle lui fut infiniment reconnaissante de lui donner des détails sur une famille qui avait adopté un enfant 10 ans plus tôt, qui habitait Baltimore. Elle s'y était rendue et y avait vu pour la première fois depuis dix ans, son fils, son petit garçon qu'elle n'avait serré qu'une seule fois dans ses bras, qu'elle avait à peine eut le temps de baptisé d'un prénom. Un prénom que sa faille adoptive n'avait même pas gardé. Comme s'ils avaient acheté un chien et que le nom ne plaisait pas, ils l'avaient changé. Yrsan lisait la tristesse et l'émerveillement dans les yeux de Loïs. Il était touché qu'elle lui raconte son histoire, qu'elle cachait si bien aux yeux de tous. Il doutait même que qui que ce soit fut au courant, pas même Mallory. Elle lui accordait une confiance sans borne dont il voulait se montrer digne.

" Tu as pu passer un peu de temps avec lui ? "

Elle hocha la tête avec un grand sourire.

" On lui a dit que j'étais là, lorsqu'il a été mis au monde. On a parlé de cinéma, de sport, de son école, de ses copains, je voulais tout savoir de lui, mais on ne m'a pas laissé le voir longtemps. Et on m'a interdit de l'approcher de nouveau. Maintenant que je l'ai revu, Yrsan, je voudrais ne jamais avoir été séparée de lui. "

Yrsan consentit à lui confier lui aussi une partie de sa vie, qui peut-être aiderait Loïs à y voir plus claire dans la sienne.

" Je ne connais pas mes vrais parents. Mes parent sont en fait mes parents adoptifs. C'est comme ça, depuis ma naissance, j'ignore qui m'a mis au monde, et pourquoi ils ne m'ont pas élevé. Je me pose toute sorte de questions. Peut-être sont-ils morts, peut-être ne voulaient-ils pas d'un enfants ? Ou bien une autre raison... "

Loïs savait qu'il allait ajouter quelque chose.

" Mais tu vois, mes parents...ce sont ceux qui m'ont élevé. Je les aime, et je leur suis reconnaissant. Je ne cherche pas à savoir à toux prix qui sont mes parents biologiques. "

" Mes tes parents eux aimeraient savoir où tu es et ce que tu fais ! "

" Demande toi si tu aimerais que ton fils soit partagé entre l'amour qu'il porte à ses parents adoptifs, les parents qu'il a toujours eu, qui l'ont chéri et protéger, et toi, une femme étrangère, qui cherche à s'insinuer dans sa vie. Il est très jeune, il ne saurait pas faire face à ça. Dans une dizaine d'années, il sera majeur. Alors tu pourras entreprendre de le rencontrer. Mais est-ce que tu veux vraiment aller perturber l'équilibre familial d'un enfant de dix ans ? "

La réponse à sa question était évidente. Mais la seule réponse qu'elle donna fut un non, bref et évasif. Elle se leva et le remercia de l'avoir écouté. Elle se sentait mieux à présent. Il la remercia de la confiance qu'elle lui avait porté. Ils échangèrent une ambassade amicale et elle se rua hors de chez lui, dévalant les escaliers.

 

La journée avait été harassante. Plus qu'une autre. Pourtant, il n'avait rien fait de plus que les autres jours. Il avait fait ce qu'il faisait chaque jour, sans en rajouter, et sans plus d'ardeur non plus. Quoi qu'il en soit, il lui hâtait de rentrer chez lui, de quitter ses vêtements de " travail " et de s'affaler sur son canapé. Ne rien faire et en être satisfait. C'était ce dont il avait envie. Il gara sa voiture sur le parking devant son immeuble. C'était un bel immeuble de Washington, dans un quartiez calme, et fréquenté par des familles aisées. L'immeuble avait cependant un gros défaut. L'ascenseur était souvent en panne, pour ne pas dire constamment, en panne. La plupart du temps, ce n'était pas un problème. Il habitait au second étage, cela constituait à peine trente marches, et c'était un sportif qui ne craignait guère de monter à pied ces quelques dalles de marbres. Mais certains soirs, la fatigue était telle que ne pas utiliser l'ascenseur était un calvaire. Le trajet de sa voiture au hall de l'immeuble fut long, et il eut le temps de se préparer à voir l'ascenseur bloqué. Mais surtout, il eut le temps de prié pour que ce ne soit pas le cas, et pour qu'il n'ait pas à " se taper " les deux étages. Il lui restait une dizaine de pas, il priait toujours aussi ardemment. Il poussa la grand porte du hall après avoir composer son code. Il fit encore deux pas, vers l'ascenseur qui était derrière la loge du concierge. Il eut une vision d'horreur. Une note était placardée sur la machine. Chers locataires, prière de ne pas utiliser l'ascenseur...bla, bla, bla...Le Propriétaire. Le jeune homme prit alors son courage à deux mains, ou plutôt, ses jambes et ses pieds durent prendre du courage, et prendre leur autonomie car son cerveau se refusait à tout exercice. Avec une extrême lenteur, et une grande nonchalance, il monta, une à une, les marches du grand escalier en colimaçon. Il faisait des efforts incommensurables. Et il savait, par instinct, et non par réflexion, qu'il lui restait peu à parcourir.
Sous ses yeux, il vit une forme se dessiner. Il n'avait même pas pris la peine d'appuyer sur l'interrupteur. Il plissa les yeux pour voir de quoi il s'agissait. Il oublia rapidement la fatigue et le stress, lorsqu'il reconnut la femme qui s'était endormie sur ses escaliers. Il s'imagina aussitôt que Mallory était passée le voir, et avait voulu l'attendre, mais morte de fatigue, elle s'était écroulée dans la cage d'escalier. Comme elle devait avoir mal aux cervicales se dit-il en voyant la position qu'elle avait adopté. Il essaya de ne pas la réveiller, ou du moins de le faire en douceur. Il entreprit de la porter jusqu'à son appartement, et la déposa sur le canapé du salon. Dès lors, elle remua et ouvrit les yeux, se demandant où elle se trouvait.

" Quelle heure est-il ? "

" Onze heures et demies. "

" Il faut que je rentre ! " lui dit-elle.

" Dis moi, il y avait une raison à ta visite, ou tu voulais juste savoir si ma cage d'escaliers était confortable ? "

Elle se frotta les tempes.

" J'avoue que je ne me rappelle plus très bien ce que je suis venue faire... " soupira-t-elle. " Excuse moi de t'avoir dérangée ! " dit-elle en se relevant.

" Oh ! Attends une seconde ! " lui dit-il en la forçant à s'asseoir de nouveau. " Tu es morte de fatigue, tant physiquement que mentalement. Tu ne prends pas le volant. Et pour tout te dire, je ne peux pas te raccompagner, je suis moi même mort de fatigue. "

La fatigue ne l'empêchait pourtant pas d'être lucide, et de tenter un peu d'humour.

" Je regrette mais il faudra mieux pour que j'accepte de coucher avec toi ! " s'exclama-t-elle.

" Oh mince... " souffla-t-il. " Tant pis...tu verras, le canapé est confortable ! " Il lui balança un oreiller et une couverture.

" T'es un véritable macho ! "

Il disparut et elle crut qu'il était aller se coucher. Mais il était simplement aller se changer. Il avait mis un bas de jogging et un t-shirt de Princeton.

" Je te laisse mon lit si tu me dis ce qui ne va pas ! "

Elle sourit.

" Ma chère cousine ne semble pas perdre tant le nord que ça, elle reste à Washington pour quelques temps. Le lit est à moi. "

" Elle a sans doute peur de se retrouver seule à Boston. Tu ne devrais pas trop lui en vouloir, elle vient de perdre sa mère. Il faut juste qu'elle reprenne un peu confiance en elle, et qu'elle reprenne goût à la vie. Ne la blâme pas pour l'instant. "

" Quand je te parle d'elle, j'ai l'impression d'avoir affaire à un psy. "

Sam éclata de rire.

" Alors je vais arrêter, car je crois savoir que les psychiatres n'ont pas le droit d'entretenir des relations privées avec leurs patientes ! "

" Ce n'est pas en me faisant ton numéro de charme que je vais accepter de coucher avec toi ! " répéta-t-elle.

" Tu as passé la soirée chez ta mère ? "

" Ca se voit tant que ça ? "

" Oui. " admit-il.

" Comment je peux arriver à oublier tout ce drame à un moment, et l'instant d'après, voir ma mère et avoir envie de m'enfuir sur une île déserte ? " Elle marqua une pause. " La grande Jenny McGarry est de retour, elle tente à présent de montrer que rien ne l'atteint. Elle a retrouvé ses tailleurs, son Brushing, son allure droite et fière...Elle arrive à me dégoûter. Ma propre mère. "

" Tu ferais mieux d'aller te coucher, tu es épuisée. "

Elle secoua la tête.

" Non, toi tu es épuisé. Et tu es chez toi. Je vais dormir ici. "

" Arrête, on dort mal sur ce canapé. Prends mon lit ! "

" Je t'assure que le canapé m'ira. Je suis déjà contente de rester ici cette nuit. Je ne voulais pas me retrouver tout seule chez moi. Par contre...est-ce que tu aurais quelque chose à me prêter, pour que je dormes ? Un t-shirt, par exemple. "

" Je vais te trouver ça ! "

Il se rendit dans sa chambre et sortit un t-shirt de son armoire. Il se rendit de nouveau dans le salon et vit la jeune femme qui s'était endormie. Il glissa l'oreiller sous sa tête, remonta la couverture jusqu'à ses épaules et posa le t-shirt sur le bord de la table du salon. Au cas où elle se réveillerait. Il la regarda dormir quelques secondes, et prit de fatigue, il éteignit la lumière après un dernier regard et alla s'échouer lui aussi sur son lit.

 

 

Ecrit par spleen, a 18:28 dans la rubrique "lecture".
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suite
Cassandra Adams avait de nombreuses cordes à son arc, et savait s’adapter à toutes sortes de situations. Elle ne savait absolument pas ce que signifiait s’occuper d’une boite de nuit avant d’ouvrir la sienne, elle ignorait ce qu’impliquait la responsabilité de gérant et de propriétaire. Elle avait quelque notions de comptabilités, bien sûr, puisque c’était sa profession à la base. Mais il lui restait beaucoup de choses à apprendre. Cela ne l’avait donc pas empêcher de réussir son entreprise audacieuse. Les affaires marchaient bien, en tous cas, elles démarraient bien, et le " Diamond Dogs " semblait être du goût de chacun. Elle avait fait appel à un autre gérant, un vieil ami, pour qu’il lui apprenne quelques trucs, les ficelles du métier, ou du moins, ce qu’il y avait à savoir sur comment gérer sa propre boite. La mission de la journée était de faire l’inventaire. Elle supervisait les opérations, mais se faisait aidée de son barman, Martin Wales. Le jeune homme revenait de la remise, portant un grand carton qu’il déposa lourdement sur le comptoir. Il l‘ouvrit d’un coup de cutter. Cassie ne leva pas les yeux, mais resta concentrer sur son bordereau de commande.

" Qui a commandé de nouveaux verres ? " demanda-t-elle, étonnée par sa découverte.

" On a eu un problème jeudi dernier, pas grand chose...un peu de casse. C’est moi qui ai pris l’initiative de les remplacer. "

Elle redevint silencieuse.

" C’est quoi ce carton ? "

Il sortit quelques bouteilles.

" C’est du vin. On en a six de chaque. Je les laisse là ? "

Elle hocha la tête et griffonna sur sa feuille. Elle glissa son crayon derrière son oreille et jeta un coup d’œil aux bouteilles.

" C’est pas vrai ! " s’écria-t-elle.

" Un problème, patron ? "

" Ce n’est pas ce que j’avais commandé... " dit elle en tentant de garder son calme. Lorsque le téléphone retentit, elle n’eut pas le courage de répondre, et laissa son barman le faire.

" Diamond Dogs ? " Il décolla le combiné et le couvrit d’une main. " C’est pour vous ! " dit-il à l’attention de Cassie. Elle le regarda pleine d’espoir. " Mallory O’Brien. " lui dit-il en lui tendant l’appareil.

" Oh !" s’exclama-t-elle, déçue. " Comment vas tu ma chérie ? "

Martin, jeune homme de 24 ans, avait tout pour lui. En plus d’être beau, il était très apprécié de tous. Sa gentillesse et son humour ne laissait personne indifférent. Il était aussi mature qu’il pouvait être naïf. C’était encore un enfant, selon Cassie. Enfance difficile, il n’avait pas eu la chance, lui non plus, de poursuivre des études. Il avait du travailler très tôt pour soutenir sa famille. Son père était décédé d’un cancer, et avait laissé femme et enfants dans une situation financière catastrophique. Il n’aimait pas parler de lui, de son enfance, et des sacrifices, parce qu’il n’aimait pas être plaint. Il était allé de petits boulots en petits boulots, comme n’importe quel jeune sans expérience professionnelle. Et puis, il avait croisé la route de Cassandra Adams. Le soir de l’ouverture, Martin était venu noyer sa détresse dans un verre d’alcool. Il venait de se faire virer de son emploi de coursier, et sa petite amie l’avait quitté pour un étudiant en droit, fils à papa. Il s’était installé au comptoir, et il n’avait pas prêté attention au décor, juste au contenu de son verre, liqueur qu’il se fit resservir de nombreuses fois, mais qui ne suffisait pas à lui faire perdre assez l’esprit. Il observait, de son tabouret, le pauvre barman, qui de toute évidence n’avait pas d’expérience, et réussirait tôt ou tard, et plus tôt que tard, à faire déposer le bilan au proprio s’il continuait à casser les verres, ou encore laisser les bouchons de liège dans les bouteilles de vin. Cassandra était apparue devant lui, avec ses longs cheveux bruns et son regard d’acier. Elle lui avait proposé un autre verre. Et il avait fait une remarque désobligeante sur ses employés. A la fin de la soirée, ou dirons nous de la nuit, il l’avait convaincu de l’embaucher. Elle admettait volontiers qu’elle n’aurait pu s’en sortir sans lui, et surtout qu’elle ne pourrait plus se passer de lui. Il était un peu devenu son bras droit.

Elle raccrocha et reprit son crayon.

" Allez, reprenons. Il reste des caisses dans la remise ? "

" Trois, vous voulez que j’aille les chercher ? "

" Non, je vais y aller moi même. Dis moi, tu es toujours d’accord pour rester le 24 ? "

Cassandra avait pris la décision de rester ouvert le soir du réveillon de Noël, pensant que même si la soirée serait plus calme qu’à l’accoutumée, il y aurait sûrement des entrées. Mais elle voulait que quelqu’un de confiance garde le contrôle du navire en son absence. Martin s’était volontairement proposé. Il ne tenait pas à passer Noël chez lui, ni avec sa famille. Il n’y avait jamais eu de grandes fêtes, ni de grandes effusions de sentiments avec les siens. Sa mère, ses deux sœurs, et son petit frère. Il voulait éviter d’être une nouvelle bouche à nourrir ce soir là. Cela ne le dérangeait donc absolument pas de s’occuper de la boite, d’autant que cela devenait pour lui une passion, une vocation même.

" Vous en faites pas, patronne, je vais vous la chouchouter votre boite. "

" Je voudrais rester, mais je ne peux pas manquer le dîner où je suis invitée. J’y participe tous les ans depuis que je suis enfant, et c’est important pour moi d’y être. "

" Y a aucun problème. Je vous tiendrai au courant si ce n’était pas le cas. "

" Très bien, je te remercie. Je vais à la remise ! "

 

Loïs sortit d’une station essence. Elle fut saisie par le froid et redressa le col de son manteau. Elle souffla sur ses doigts et remonta rapidement en voiture. Il lui restait vingt kilomètres d’après le pompiste. Elle se regarda dans le rétroviseur et fut marquée par les cernes qui soulignaient son regard. Elle alluma la radio qui diffusait les informations. Il était midi, elle serait à Baltimore d’ici une demie heure, la route devait être dégagée. Elle irait sans doute manger quelque chose, et puis elle ferait ce qu’elle avait à faire. A savoir rien. Elle ne pouvait rien faire sinon regarder. Elle manœuvra et quitta le parking de la station. Elle articulait nerveusement ses doigts sur le volant, sans s’en rendre compte. Elle avait été différente ces jours derniers. La décision de partir avait été soudaine. Elle savait pourtant qu’elle prendrait une telle décision, mais elle ne s’attendait pas à ce que cela la travaille tant que ça. Aussitôt les vacances de Noël entamées, elle avait pris des renseignements et des dispositions pour pouvoir partir. La route jusqu’à Baltimore n’avait rien de réjouissante sous la neige, les essuie-glaces fonctionnaient à toute vitesse, déblayant le par brise des petites particules de glaces qui s’amoncelaient. Comme elle l’avait prévue, elle arriva aux alentours de midi et demi en ville. Du moins en périphérie. Elle mit un quart d’heure pour entrer en centre ville et trouver l’office de tourisme. Quelle ironie ! Elle n’était pas là pour jouer les touristes, mais c’était tout de même là qu’elle se rendait. Elle voulait récupérer un plan de la ville. Elle tenta de prendre quelques repères. Il y avait un hôpital, dont la direction était indiquée sur un grand panneau, la mairie de la ville était à côté de l’office, de l’autre côté il y a avait une rue piétonne et de nombreux magasins. Mais elle n’était pas vraiment intéressée. Elle rentra rapidement dans le bâtiment, demanda un plan de la ville, et ressortit aussitôt. Une fois dans sa voiture, elle sortit un papier de son sac et lut l’adresse indiquée. Elle tenta ensuite de repérer la rue sur le plan. Elle examina avec attention le chemin qu’elle devait emprunter pour quitter le centre, et regagner la proche banlieue de la ville. Son estomac se nouait sans cesse, et elle vit avec surprise qu’il était déjà treize heures. Il fallait qu’elle s’arrête pour manger quelque chose. Elle était partie tôt le matin et n’avait rien avalé à part un café noir. Elle ne voulait pas perdre de temps, mais elle se disait qu’elle ne tiendrait pas la journée si elle ne faisait pas l’effort d’avaler quelque chose. Elle aperçut un Restoroute et s’y engouffra rapidement. L’ambiance y était peu accueillante, mais elle se rassura en pensant que cela lui éviterait d’y passer trop de temps. Elle s’installa au comptoir où une serveuse vint prendre sa commande. Elle regarda autour d’elle, sans pour autant faire attention à ce qu’elle voyait, car une seule chose l’obsédait vraiment.

 

" On peut se retrouver dans une heure en ville si tu veux ! " déclara Mallory à son interlocuteur au téléphone. " Très bien, à tout à l’heure ! "

Elle raccrocha et rangea son téléphone dans son sac tout en offrant un sourire à la secrétaire de son père.

" Bonjour Margaret ! "

" Il est avec son staff mais il a bientôt terminé. "

Mallory n’était pas particulièrement pressée, aucune contrainte de temps ne la retenait. Aussi patienta-t-elle dans le bureau de Margaret pendant que celle ci prenait une pause de quelques minutes. Mallory vit des amoncellement de paquets cadeaux sur le bureau. La secrétaire n’attendit pas qu’elle lui pose la question pour lui répondre.

" On répand nos vœux de Noël ! " dit-elle en haussant les épaules.

La porte s’ouvrit et Leo fut surpris de voir sa fille.

" Qu’est-ce que tu fais ici ? "

" Moi aussi je suis heureuse de te voir papa ! "

Il s’excusa et la prit dans ses bras. Il lui proposa de l’attendre un instant dans son bureau, il avait quelqu’un à voir. Elle s’exécuta sans discuter. Mais il ne se fit pas attendre longtemps. Elle s’assit sur le sofa, et admira le professionnalisme de son père, qui était retourné derrière son bureau.

" Ca t’ennuierait de quitter ta paperasse pendant les dix minutes exclusives que nous passons ensemble ? "

" Je suis désolé, mon Trésor, mais j’aimerai que tout ceci soit fait avant la veillée de Noël, et ce n’est pas encore une partie gagnée. "

Elle abandonna, c’était peine perdue. Elle le regarda s’atteler fièrement à son travail. Elle soupira.

" Très bien, tu as gagné ! Je quitte ma paperasse. " Il se leva et s’assit près d’elle sur le sofa. " Que me vaut la visite de ma fille chérie ? "

" Prendre de tes nouvelles ! J’ai l’impression de bien mieux connaître Margaret que mon propre père. "

" On ne vas pas recommencer cette discussion ? "

" D’accord, d’accord, d’accord ! " s’écria-t-elle. " D’accord ! Je suis impatiente d’être à Noël. On va enfin pouvoir passer une soirée ensemble ! "

" Chérie, est-ce que tu as parlé à ta mère, récemment ? "

" Je l’ai eu au téléphone mais on doit dîner toutes les deux ce soir ! "

" Elle ne t’a rien dit, donc ? "

" A quel propos ? " s’inquiéta-t-elle.

" Ta tante Annie et Virginia seront avec nous. "

Elle fut à la fois surprise et ennuyée. D’ailleurs, son visage ne trahissait pas ses sentiments.

" Maman les a invitées ? "

" Je sais que ça ne te réjouit pas, mais ta mère est heureuse de voir sa sœur, alors, fais comme si tu t’entendais à merveille avec ta cousine ! "

" Je ferait de mon mieux ! Je te laisse retourner à ton travail ! " dit-elle sans enthousiasme.

" Au revoir trésor ! "

Leo déposa un baiser sur son front et la regarda quitter son bureau avec regret. Une porte se ferma, et une autre s’ouvrit immédiatement, celle qui donnait sur le couloir laissa place à Sam qui avait frapper brièvement quelques coups avant de passer sa tête.

" Tu as une minute ? "

" Oui ! " dit-il d’un ton bourru alors qu’il se levait de son sofa pour regagner son bureau.

Sam eut une sensation étrange, et bien que sûr de la réponse, il demanda à Leo :

" Ce n’est pas Mallory qui vient de quitter ton bureau ? "

" Si, comment le sais tu ? "

Il ne pouvait pas réellement répondre à son patron qu’il avait reconnu le parfum de sa fille. En effet, dans toute la pièce flottait le parfum d’une femme, et pas n’importe quelle femme. Il aurait pu reconnaître cette odeur parmi mille, car elle était familière, et elle collait à la personnalité de Mal. Elle était enivrante et tendre à la fois, relevée d’une pointe de fureur qui la rendait parfaite. Mal, pas son eau de parfum... Il ne répondit pas à Leo, mais trouva rapidement une échappatoire à leur conversation.

 

Loïs avait mangé rapidement un plat du jour, qui ne ressemblait pas tellement à ce que la serveuse lui avait annoncé, et un café infecte, mais elle n’y avait pas tellement prêté attention, car ce qu’elle voulait avant tout, s’était trouvé l’adresse qu’elle avait écrite en toute hâte sur un morceau de papier blanc, à l’encre noire. Elle trouva difficilement le quartier, qui se trouvait au cœur d’un labyrinthe immense de résidences aussi ressemblantes que diverses. Mais une fois qu’elle fut à l’endroit souhaité, elle repéra sas mal le 1023. Elle se gara sur le trottoir d’en face et attendit. Elle ne savait pas vraiment quoi faire d’autre, ni si son attente paierait, mais c’était ce qu’elle avait de mieux à faire. Elle scruta la maison dans les moindres détails. Elle était très grande, il y avait deux étages, et un vaste grenier qui pouvait être habitable. Le jardin devant était très vaste, et clôturé d’une jolie barrière de bois. Elle imaginait que de l’autre côté de la propriété, il devait y avoir là aussi beaucoup d’espace. Peut-être y avait-il une balançoire lorsque les beaux jours revenaient. Le perron était précédé de quatre marches, et la porte d’entrée était imposante et rassurante. Il y avait une couronne de Noël. Si elle ne put y lire l’inscription, elle devinait un : " Joyeux Noël " ou quelque chose du même genre. Les murs étaient blancs, et le toit, bien que blanc de neige, était fait de tuiles en ardoises, bleues. Mais les flocons ne cessaient de tomber, si bien qu’on distinguait difficilement plus de détails. Il y avait des rideaux aux fenêtres. Mais Loïs discerna au rez-de-chaussée une lumière dans ce qui devait être le salon, et qui devait abriter un arbre de Noël, ou qui l’abriterait bientôt. Elle fut surprise et à la fois affolée de voir la porte de l’entrée s’ouvrir. Son cœur se mit à battre plus vite. Et sa respiration était coupée. Elle vit un homme sortir, suivi de près par un petit garçon. Il semblait être assez grand, dans les dix ans. Il portait un gros manteau bleu marine, et un bonnet, des gants et une écharpe de toutes les couleurs pour se protéger du froid. Elle se demanda s’ils avaient l’intention de sortir, et où ils pouvaient bien se rendre par un froid pareil. Mais elle les vit au contraire rester dans le jardin, et ils s’attelèrent rapidement à amasser de la neige, tombée dans le jardin, fraîche et blanche. Il lui fallut du temps pour comprendre qu’ils faisaient un bonhomme de neige. Une femme, tout aussi emmitouflée sortit de la maison et vint aider les deux artistes. Elle avait emporté des instruments, comme une carotte pour lui faire son nez, mais aussi une pipe et une écharpe. Le bonhomme était gigantesque, et l’enfant s’amusait avec l’homme qui devait être son père. Loïs regardait incrédule la scène, et elle avait porté une main à sa bouche comme pour étouffer un cri ou un sanglot. Elle vit le petit garçon apporter une touche finale au bonhomme en lui ajustant des branches d’arbres, dépourvus depuis longtemps de feuilles, pour recréer des bras. Devant ce spectacle, elle éclata de rire, un rire qui se mêla aux larmes et aux sanglots qu’elle avait laissé monter en elle.

 

" Rappelle moi ce qu’on cherche ! "

" Euh...quand je le saurai, je te le dirai, c’est juré ! "

Yrsan avait enfoui ses mains au fond de ses poches, et à l’instar de son ami, regardait les rayonnages. Mallory était à la recherche d’un cadeau de dernière minute. Non pas qu’elle avait oublié, mais elle repoussait à chaque fois l’échéance. Il ne lui restait plus que deux jours pour trouver son présent et ses recherches étaient peu fructueuses.

" Mais tu sais, si tu me disais, ne serait-ce que vaguement... "

" Très bien ! " souffla-t-elle. " Je cherche quelque chose pour Sam. "

" Oh !" dit-il comme s’il n s’attendait pas du tout à cela.

" Quoi ? " demanda-t-elle sur un ton suspicieux.

" Rien du tout. " répliqua-t-il. " Rien du tout. "

" Tu te répètes, qu’est-ce que tu veux dire par ‘rien du tout’ ? "

" Mais...rien du tout. Enfin, je suis très heureux pour vous deux. "

Mallory tendit le bras avec excitation vers un étalagé de casquettes.

" Ce serait parfait, non ? "

Yrsan sentit aussitôt qu’elle ne tenait pas à parler de cela. Il ne connaissait pas suffisamment et depuis longtemps Mallory pour se permettre de lui parler de sa vie privée, et de ses sentiments pour Sam. Ils changèrent de magasin, et entrèrent dans une boutique de livres rares et anciens. Sam était sans doute comme Mal, une personne éprise de culture et d’art, un passionné de littérature, d’histoire et de poésie. Il ignorait à quel point il se trompait.

" Alors, quels sont les projets du mystérieux slave ? " demanda Mallory.

" Oh, tu veux dire à part rester chez moi avec un plateau télé ? Rien. "

Elle eut un regard plein de sympathie. Elle ouvrit un livre sans pour autant quitter Yrsan des yeux. Mais il lui renvoya un regard, tout en haussant les épaules, qui signifiait que ce n’était pas bien grave.

" Tu ne voulais pas retourner en Europe ? "

" Si, c’était dans mes plans, mais le prix du billet était...enfin tu vois. "

" Et s’en est scandaleux. "

" Alors, je vais passer la soirée chez moi, avec un repas qui viendra de chez le traiteur, et un réveillon devant la télé, ça ne doit pas être si horrible ! Et puis ce ne sera pas le premier où je serai seul. "

Mallory eut un pincement au cœur en entendant cela car elle aurait voulu lui proposer de venir chez elle, enfin...chez ses parents, avec elle et Cassie. Mais sa mère n’apprécierait pas, et elle trouvait cela terriblement injuste vis-à-vis de Loïs. Il dut lire dans ses pensées.

" Mais ne t’en fais pas pour moi, je ne suis pas anéanti ! "

" Je vois ça ! " dit-elle, en remarquant le sourire qui irradiait son visage. " Je ne trouve rien. "

" Je peux vous aider ? " demanda une voix jeune. Ils se tournèrent vers elle, et observèrent une jeune femme de 25 ans tout au plus, qui travaillait dans cette boutique. Mallory lui répondit que non, elle jetait juste un coup d’œil. Mais elle s’aperçut alors que ce n’était pas à elle que s’adressait la jeune fille, mais à Yrsan. Elle ne quittait pas des yeux le beau ténébreux, elle le dévorait sans pudeur, avec un sourire qui découvrait une rangée de dents parfaites.

" Ca ira, merci." répondit poliment Yrsan en voyant que la jeune femme ne bougeait pas.

" Si vous avez besoin de quoi que soit... " dit-elle d’un ton subjectif.

Mallory attendit qu’elle disparaisse pour pouffer de rire, au plus grand étonnement d’Yrsan.

" Quoi ? "

" Comment ? Tu n’as pas remarqué ce petit jeu de séduction ? "

" Non, elle voulait juste être serviable. "

Mallory éclata d’un rire franc.

" Tu es naïf ou juste stupide ? "

Ils sortirent de la boutique. Lui salua la jeune fille d’un mouvement de la tête, mais elle ne put s’empêcher de rire d’avantage, l’empêchant ainsi totalement de parler.

" Je t’assure qu’elle ne me regardait pas bizarrement, elle voulait se montrer amicale. "

" Ou hostile avec moi, qu’elle a prise pour ta petite amie ! "

" Mais enfin, où vas tu chercher de telles sottises ? " continua-t-il au cours de leur promenade.

 

Le lendemain matin, l’aube perçait à peine, que Loïs se réveilla dans un motel. Elle n’avait pas chercher au plus confortable, mais elle n’était pas trop déçue de sa chambre. Elle n’avait rien d’attractif, mais elle avait le mérite d’être propre et dépourvue de cafards dans la salle de bain. Elle regarda par la fenêtre, et tenta de se rendormir, mais c’était peine perdue. Elle n’avait pas tiré les rideaux en se couchant, au soir. La lumière du jour l’avait tirée de son sommeil mouvementé. Le ciel était blanc, les nuages étaient gonflés de neige. Mais il n’y avait pas un flocon dehors. Elle sortit de sous sa couverture et se dirigea vers la salle d’eau où elle prit une longue douche brûlante. Elle roula ensuite une serviette autour d’elle et attacha ses cheveux en un chignon ébouriffé. De retour dans la petit chambre, elle vit que la neige commençait à tomber. Les voitures et les trottoirs à l’extérieur étaient encore blancs de la nuit. Elle s’appuya contre la vitre et regarda tristement le paysage qui était d’une pureté exceptionnelle. Elle ne tint pas compte du temps, accolée à la fenêtre. Elle resta jute silencieuse, jusqu’à ce que neuf heures amènent dans les rues les passants. La ville commençait, petit à petit à s’animer. Il y avait des gens avec leurs enfants qui traversaient la rue, tenant fermement la main de leurs progénitures, les préservant de tout danger. Elle regarda plus loin, une chorale de Noël se former, avec des enfants de tous âges, vêtus en costumes d’elfes. Elle n’entendait pas les chants, mais elle devinait les voix de ses petits qui devaient s’émerveiller, et s’impatienter, chaque minute d’avantage. Elle regarda l’heure rapidement, et se résolut à s’habiller.

 

En qualité d’hommes politiques, que pouvons nous apporter qui n’ait déjà été promis et non tenu ? Peut-être simplement affirmer que nous ne mentirons pas, mais cela serait-il suffisant ? "

Sam prononçait à haute voix les mots qu’il tapait sur le clavier de son ordinateur. Il s’en imprégnait pour les tester. Etait-ce vraiment ce qu’il cherchait à dire, à faire dire au Président ? Il n’était pas convaincu de la puissance de sa phrase. Il était surtout épuisé et avait les yeux épuisés par l’écran qu’il n’avait quitté de toute la matinée. Il décrocha son téléphone et composa un numéro de mémoire. Il entendit quelques sonneries. Il attendit d’entendre la voix du répondeur pour raccrocher. Et la sonnerie du même téléphone retentit, il répondit aussitôt, plein d’espoir.

" Sam Seaborn ! " Mais la voix de Josh à l’autre bout du fil ne le réjouit guère.

Lorsqu’il reposa le combiné, il tenta une nouvelle fois d’appeler Mallory, puisqu’il était tombé sur son répondeur peu avant. Elle ne semblait pas être chez elle. Il ne voulut pas laisser de messages, il ne saurait même pas quoi lui dire. Il lui vint ensuite à l’esprit d’appeler sur son portable. Où qu’elle soit, elle l’emportait toujours avec elle. Mais sa tentative échoua car l’appareil semblait teint. Et là encore, il dut se contenter d’entendre sa voix enregistrée. Il soupira, et se remit au travail puisque sa pause ne lui était pas accordée.
Il réessaya plus tard. A l’heure du déjeuner. Puis dans l’après-midi, autour de trois heures. Sa journée était remplie, mais il voulait trouver quelques minutes pour lui parler, ne serait-ce que pour lui dire bonjour, et savoir comment elle allait. Il savait que Mallory et sa mère avait des rapports parfois tendus, et qu’elles seraient tout la journée du 24 ensemble pour préparer le réveillon. A 18 heures, il abandonna l’idée de pouvoir la joindre. Il appela une dernière fois chez elle. Et il commençait à connaître par cœur son message de répondeur.

Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Mallory O’Brien. Merci de laisser un message après le bip.

Simple et clair. Il aimait la façon qu’elle avait de ne jamais en faire trop. Elle était direct, et détestait le superflu. Cela le fit sourire. Il laissa un message, après avoir été tenté de le faire tout au cours de la journée.

" C’est Sam. Tu dois être débordée de travail avec tous ces préparatifs de Noël... Je voulais juste te dire bonsoir, je suis au bureau, et je suis sur un discours, enfin, rien de très intéressant, mais je voulais savoir comment tu allais." Il ne savait pas quoi rajouter, et de peur de bégayer, il abrégea son monologue. " Je t’embrasse, bonne soirée. "

Il reposa le combiné à sa place et quitta son bureau pour gagner celui de son supérieur. Leo. Il frappa sur la porte entrouverte et entendit la voix de Leo, égal à lui même. Un mélange de nonchalance et d’agressivité, une nécessité pour le rôle qu’il devait jouer à la Maison Blanche.

" Bonsoir Leo. "

" Salut Sam. " répondit-il en ôtant ses lunettes. " Qu’est-ce qu’il y a ? "

" Rien de spécial, je voulais savoir si tu avais besoin de quelque chose, je suis sur les discours depuis hier dans la huit, et je voulais me changer les idées. "

" Te changer les idées ? " Il tira un dossier d’une pile épaisse et le tendit à sam. " Voilà de quoi te changer les idées. C’est un rapport du Ministre de la Santé. Je n’ai pas encore eu le temps d’y jeter un coup d’œil. Ca te va pour te changer les idées ? "

" Merci ! " dit Sam d’un ton neutre. " Qu’est-ce que tu fais ? "

" Je signe des cartes de vœux. Comment veux tu que je m’occupe correctement du pays avec autant de choses aussi peu futiles ? " dit-il d’un ton ironique.

" Bon courage ! "

 

Yrsan s’était installé au bar du Diamond Dogs et s’était fait servir une bière par le serveur. Il remarqua qu’il y a avait de plus en plus de monde, au plus grand plaisir de Cassandra, et de Sam, qui avait lui aussi placer ses billes dans l’affaire. La fameuse propriétaire fit son apparition. Il la scruta de l’endroit où il se trouvait, alors qu’elle arrivait à peine à l’autre bout du comptoir. Elle avait un corps parfait, et une robe étroite mettait ses formes en valeurs. Elle avait attaché ses cheveux en un chignon très élaboré. Elle s’approcha de lui, mais elle donnait des ordres à ses serveurs et son barman. Elle échangea quelques mots avec les clients, accoudés, en bonne hôtesse.

" Salut ! " dit-elle en regardant Yrsan avec des yeux pétillants.

" Il y a du monde ce soir ! "

" Patron, il y a un message pour vous de la part de Mademoiselle O’Brien. "

Elle lui répondit qu’elle s’en occuperait un peu plus tard. Yrsan avait posé ses mains sur les siennes, et caressait d’un mouvement léger les contours osseux des mains de Cassie, qui ne réagissait tant elle était demandée par ses employés. Elle lui adressa toutefois un sourire, et tenta de lui prêter plus d’attention.

" Est-ce que tu veux venir chez moi, plus tard ? "

Martin interrompit de nouveau Cassie en lui demandant si elle pouvait s’occuper du bar pendant qu’il se rendait dans la réserve.

" Tu disais ? "

" Tu sais, si tu veux, lorsque tu auras fermé, si tu as envie de passer... "

" Attends, je dois aller m’occuper de quelques clients. "

Elle s’éclipsa et Yrsan poussa un long soupir avant de porter son verre à ses lèvres.

" Si ça vous tente de ne pas attendre la fermeture, je pourrais peut-être vous proposer quelque chose... " dit sa voisine de comptoir.

Il tourna la tête vers elle, il ne vit même pas son visage, la première chose qui le frappa était l’alliance en diamant qu’elle portait. Ensuite, il vit que la femme devait avoir 45 ans. Elle portait des vêtements séduisants, et elle tenait son verre d’une manière particulière.

" Jolie bague ! " dit-il simplement.

Elle regarda sa main gauche et émit un petit ricanement.

" Observateur. " admit-elle. " Vous ne m’avez pas répondu, vous avez des projets avant la fermeture ? "

Yrsan était gêné, et faisait des efforts pour ne pas le montrer.

" Vous feriez mieux d’aller retrouver votre mari, je pense que c’est mieux. Mais merci pour la proposition, je vais attendre la fermeture. "

" Comme vous voudrez. " fit-elle d’un air déçu. Elle quitta aussitôt sa place, sans doute à la recherche d’un autre bar et d’un autre homme qui accepterait de se rendre dans un motel pour une partie de jambes en l’air dans le dos du mari. C’était un peu comme une évidence. Cependant, Yrsan ne vit pas revenir Cassandra qui était débordée ce soir là.

 

Le 24 décembre était si attendu, le jour le plus attendu de toute l’année peut-être. Pourtant, fêter Noël signifiait préparer le repas, la réception, l’arbre de Noël. Et c’était une corvée que Jenny McGarry ne supportait guère. Noël n’était pas une fête particulièrement appréciée. Mallory arriva chez sa mère à dix heures du matin. Celle-ci prenait son petit déjeuner dans le salon en lisant le journal. Ses parent avaient divorcés mais étaient restés, plus ou moins, en bon terme, au grand soulagement de Mallory qui ne pouvait supporter de les voir se déchirer. Jenny avait garder la maison familiale, Leo avait pris un petit appartement. Mais ce dernier était toujours le bienvenu, en particulier le soir de Noël. Jenny avait refusé que Mal doive choisir entre elle et lui pour ce soir si particulier. Mallory n’avait guère de points communs avec sa mère, et encore moins son dégoût pour Noël, qui était restée sa fête préférée depuis son enfance.

" Bonjour Maman ! " dit-elle gaiement en l’embrassant.

" Tu as lu les journaux ce matin ? " demanda-t-elle. " Tu peux m’expliquer cette menace de grève des professeurs ? "

" Non, et tu sais pourquoi ? Je ne suis pas professeurs, mais institutrice ! "

Jenny remarque la bonne humeur de sa fille, et s’en voulait de lui rabattre les oreilles avec des sujets aussi fâcheux que son travail alors qu’elle était en vacances, et qu’elle était impatiente de préparer la soirée du réveillon.

" Tu n’étais pas obligée de venir si tôt, tu sais ! "

" Bien sûr que si ! Tu te rends compte de tout ce qu’on a à faire ? Finis ton petit déjeuner, on va dans la cuisine ! "

" Mal, Ruth peut très bien s’occuper du repas. "

" Ruth ! " appela Mallory. La fidèle domestique des McGarry arriva aussitôt dans le salon. " Finis ta tasse de thé ! " rappela-t-elle à sa mère.

" Bonjour Mademoiselle, que puis je faire pour vous ? "

" Comment vont vos enfants ? "

" Très bien, mademoiselle. "

" Ruth, Maman et moi aimerions vous donner un jour de congés supplémentaire. On se débrouillera très bien, vous pouvez rentrer. Joyeux Noël à vous ! "

Ruth regarda incertaine sa patronne, qui se contenait pour ne pas exploser devant elle. Elle céda un faible " Joyeux Noël ".

" Merci Mademoiselle ! " s’enthousiasma la domestique. " Joyeux Noël à vous aussi, tous mes bons vœux ! "

" Tu as perdu la tête ! " s’écria Jenny lorsque Ruth quitta la pièce. " Mallory, tu n’as pas autorité ici, et encore moins sur mes employés ! "

" Maman, c’est Noël, et ça me fait plaisir de tout préparer moi même. Allez, ramène ton plateau, on va se mettre aux fourneaux ! "

Jenny soupira, mais obéit à sa fille. Elles se rendirent dans la cuisine. La pièce était immense, à l’effigie de toute la maison. Elle se rendit dans le grand réfrigérateur et observa que comme chaque année, il avait été bien rempli. Mallory sortit un grand plat où elle déposa la dinde et prépara tous les ingrédients dont elle avait besoin.

" Si Ruth avait été là, elle aurait préparé la dinde, c’est sa recette que nous utilisions chaque année. "

" Et ce soir, ce sera la mienne. Et tu veux une bonne nouvelle ? C’est elle qui me l’a enseignée ! "

" J’ai un rendez vous en ville dans une demie heure, tu sauras te débrouiller ? "

Mallory la chassa de la cuisine avec un grand sourire, la rassurant, elle savait ce qu’elle avait à faire. De plus, Ruth avait prévu tout ce dont elle avait besoin, elle avait tout mis de côté un peu plus tôt. Elle ne mit pas longtemps à transformer la cuisine en véritable champ de bataille. Elle remerciait sa mère de s’être absentée, elle aurait sans doute eut une syncope en voyant l’état de la pièce. Elle avait les mains plongées dans la farce de la dinde quand le téléphone retentit. Elle se dirigea vers l’appareil qui était accroché au mur près de la porte. Elle le tint du bout des doigts et le cala contre son épaule.

" Résidence McGarry ! "

" Tu t’en sors ? " s’écria une voix familière.

" J’ai renvoyé la gouvernante et ma mère, j’ai la cuisine pour moi. "

" Chérie, j’ai commandé plusieurs caisses d’un excellent champagne, je peux en ramener si tu le souhaites ! " lui proposa-t-elle.

" Maman a déjà du prévoir, mais c’est gentil de proposer. "

" Mal, je peux bien offrir ça à Mme McGarry. Au fait, ta mère est-elle aussi ravie que les années passées de m’accueillir ? "

" Tu exagères, elle t’aime beaucoup ! "

" Non, mais je vais faire comme si ! Dis moi, tu as pensé à inviter Sam ? "

Mallory éclata de rire mais reprit aussitôt son sérieux.

" Cass, ma mère hait Sam, et mon père ne tient pas particulièrement à le voir faire partie de la famille, alors je ne vais pas le faire venir au milieu d’une horde de serpents prêts à le dévorer. "

" Bien vu. " Il y eut un silence. " Je dois te laisser. A quelle heure on se retrouve ? "

" Viens à la maison vers 18 heures, on fera le sapin. " Elle devina un sourire sur les lèvres de Cassandra.

" C’est marrant qu’à notre âge on fasse encore le sapin toutes les deux. "

" Je ne voudrais pas le faire avec quelqu’un d’autre ! " s’exclama Mallory. " A ce soir ! "

 

Jenny revint pour le déjeuner. Elle avait un paquet dans les bras, qu’elle déposa sur la table de la cuisine. Mallory s’empressa aussitôt de l’ôter pour y poser un énorme plat garni de petits fours, de toast.

" J’ai pensé que tu n’aurais pas fait à manger pour midi. Je nous ai pris des salades et des petits pains. Ils sont tout chaud. Viens donc manger, tu reprendras après ! " ordonna Jenny. Et sa fille s’exécuta. Elles s’assirent dans la salle à manger. Mallory avait déposé des sets de tables pour ne pas abîmer la grande table de chêne.

" Je continue à penser que tu n’aurais pas du donner sa journée à Ruth. Je te signale que l’argenterie n’a pas été faite ! "

" Et bien ça te donnera l’occasion de la faire et de t’occuper Maman ! "

Elle regarda sa fille d’un air de reproche. Elles entendirent le téléphone sonner mais aucune ne bougea. Mallory s’attendait à ce que sa mère se lève, elle était chez elle, mais cette dernière ne s’habituait pas à l’absence de Ruth. Mais Jenny se leva finalement et répondit dans l’entrée. Mallory l’entendit vaguement s’exclama et prononcer le nom de sa tante. Annie était la sœur de Jenny. Elle avait un an de plus, et vivait à Boston. Elle était veuve depuis une dizaine d’années déjà mais n’avait pas refait sa vie. Elle avait une fille du nom de Virginia. Mallory et Virginia, bien que cousines, ne s’étaient jamais entendu. Mallory avait tenté d’être compréhensive et de montrer l’exemple étant la plus âgées des deux. Mais elle ne pouvait se résoudre à apprécier cette fille. Elle était comme une étrangère pour elle. Elle n’était guère ravie de la revoir, mais sa mère semblait si heureuse qu’elle tenta de ne plus y penser. Elle n’avait pas vu Annie depuis trois ans. Sa tante était d’une extrême gentillesse et avait toujours un sourire à donner. Petite, elle passait souvent ses vacances d’été avec elle et Virginia, alors que sa mère était sans cesse aux côtés de son père. Annie avait toujours senti la tension entre Mallory et Virginia, et pour une raison qu’elle ignorait, c’était toujours à elle et non à sa propre fille qu’elle donnait raison.

Mal secoua la tête pour chasser toutes ses pensées de sa tête. Elle débarrassa la table et se remit aux fourneaux. Elle devait terminer le festin, ou du moins le préparer de manière à ce qu’il n’y ait plus qu’à mettre au four avant de passer à table.

" Maman, c’est Cassandra qui ramènera le champagne, cette année. "

" Parfait, j’allai te demander d’aller en chercher. Comment va-t-elle, toujours à jouer les traînées ? "

" Maman ! " dit-elle avec colère. " Tu n’as jamais aimé Cassandra, tu l’as toujours jugée sur son apparence et ses fréquentations. Mais elle a toujours été là quand j’avais besoin d’elle, et tu sais que je la considère comme une sœur ! "

" Oui, elle tu l’adores, mais les membres de ta propre famille, tu fais tout pour les oublier ! " lui reprocha Jenny.

" Je ne vois pas de quoi tu veux parler ! "

" Ca ne fait rien. Je n’ai pas envie de me disputer avec toi aujourd’hui. Est-ce que tu pourras passer prendre des bougies lorsque tu iras te changer, j’ai peur de ne pas en avoir assez pour la table. "

" Bien sûr. " dit doucement Mallory. " Je ne sais toujours pas combien nous serons. "

Jenny fit un rapide calcul.

" Nous serons quatorze. Nous, ta tante, ton amie, ton oncle, sa femme et leur trois enfants, mon amie Jessie du club de gym..."

" Tu ne m’as jamais dit que tu allais à un club de gym ! " dit Mallory en souriant soudain à l’idée d voir sa mère faire de la gym.

" Oui. " admit-elle. " Elle viendra avec son fils de ton âge, vous pourriez mieux faire connaissance ! " souligna discrètement Jenny. " Et ton père a insisté pour qu’on invite sa secrétaire. "

" Margaret ? " s’étonna Mallory.

" Je suis sûre que ton père a une liaison avec elle. "

" En tout honnêteté, je ne pense vraiment pas, mais si c’était le cas, il est libre de refaire sa vie, et ça me ferait plaisir de le voir avec une femme aussi gentille qu’elle. "

" Il a tout de même le culot de l’amener ici, dans notre famille ! "

Mallory détestait la façon qu’avait sa mère de mépriser les gens. Elle ne savait pas ce qui lui déplaisait le plus. Que son ex mari refasse sa vie, ou qu’il le fasse avec une simple secrétaire fédérale. Mal aimait Margaret. Elle avait de l’humour, elle était dévouée, elle était calme et bien élevée, tout ce qu’il fallait à son père. Mais elle était tout de même étonnée qu’elle soit parmi eux ce soir là. Elle haussa les épaules.

" Si tu commençais à lustrer les couverts, Maman ? Je vais venir t’aider dans un instant, je finis juste la bûche ! "

Jenny disparut dans la grande salle à manger et se mit au travail. Mallory termina ce qu’elle était en train de faire, et elle finit par déposer la bûche dans le réfrigérateur. Elle s’essuya les mains et rejoignit sa mère. Elle ouvrit un tiroir et en sortit deux nappes, une rouge et une blanche. Elle ôta le vase de fleurs fraîches qui ornait la table et déplia les nappes qu’elle superposa. Elle sortit ce dont elle avait besoin pour dresser la table. Des chandeliers, des assiettes de porcelaine. Elle sortit également les verres en cristal. Jenny avait fait faire de petites gerbes de fleurs qu’elle voulait poser sur la table, à côté des repose plats.

" Je vais aller chercher les décorations de Noël à la cave ! "

" Tu comptes faire le sapin maintenant ? "

" Non, on le fera tout à l’heure avec Cassie. Mais je vais aller chercher le carton pour voir si je n’ai rien à acheter en plus. Et puis j’irai te chercher les bougies. Ensuite j’irai me changer à la maison, et je reviendrai avec Cassie. On s’occupera de ce qu’il reste à faire ! " Jenny acquiesça et Mallory se rendit à la cave.

 

Les deux jeunes femmes revinrent à dix-huit heures, comme il avait été prévu. Jenny ne s’était pas encore changée, elle avait dressé la table, ce qui lui valut les chaleureuses félicitations de sa fille. Cassandra et Mallory avaient déjà revêtu leurs robes de soirées, cela ne les empêcha pas de continuer à préparer la soirée, notamment en dressant le sapin. Cassie était de trois ans l’aînée de Mallory. La petite sœur de Cassandra était dans la même classe que Mallory, c’était ainsi qu’elles s’étaient rencontrées. D’ailleurs, la petite sœur de Cassie n’avait jamais compris que ce soit Cassandra qui soit invitée chez les McGarry alors qu’elle était une camarade de classe. Mallory avait alors neuf ans. Elle arrivait fraîchement de Boston, où elle avait passé son enfance. Et Cassie avait été sa première amie, et celle qui avait toujours été là. Depuis l’âge de neuf ans pour Mal et douze pour Cassie, elles étaient devenues inséparables. Et depuis cet âge, Cassandra faisait partie de la famille de Mallory, et à chaque Noël, elle était invitée, ce qui était tout naturel. Mallory n’envisageait pas de passer un réveillon de Noël sans sa meilleure amie, et encore moins de ne pas dresser l’arbre avec elle. C’était devenu leur tradition à elles. Elles se jetaient constamment des petits regards amusés, à mesure qu’elles disposaient boules, guirlandes et cheveux d’anges. Quand elles arrivèrent à la fin de leur mission, elles prirent du recul pour voir leur œuvre, en se tenant l’une l’autre par l’épaule ou la hanche. Elles se regardèrent, elles avaient toutes deux remarqué qu’un détail manquait. Il s’agissait de l’étoile. La fameuse étoile que l’on met en haut de l’arbre. Mal prit un chaise, et elles montèrent toutes les deux dessus, elles tenaient toutes les deux l’étoile, et elles la déposèrent toutes les deux, d’un mouvement parfaitement harmonieux. Elles se regardèrent ensuite satisfaites.

" Oh Annie, comment vas tu ma chère sœur ! " entendirent-elles, des voix provenant du salon.

" Oh ça y est, mon cauchemar commence... " soupira Mallory. " Quand il faut y aller ! "

Cassandra passa son bras autour des épaules de son amie en réconfort. Dans l’entrée, Jenny embrassait chaleureusement sa nièce, Virginia. Annie vit Mal et Cassandra, et fut ravie de voir les deux jeunes femmes.

" Mal ma chérie ! " dit-elle en lui ouvrant les bras. Elles s’embrassèrent chaleureusement. " Mon Dieu, laisse moi te regarder, tu es absolument magnifique, et dire que tu n’es toujours pas mariée, mais enfin dis moi quel homme ne voudrait pas de tel bijou ? "

Mallory eut un sourire gêné.

" Je suis heureuse de te voir Tante Annie. Tu te souviens de Cassandra, mon amie d’enfance ! "

" Bien sûr, toujours aussi belle et souriante ! "

Elle embrassa de même l’amie d’enfance. Ce qui devait arriver arriva, Mallory fut confrontée à sa cousine. Elle lui offrit un sourire amical et l’embrassa.

" Je suis heureuse de te revoir, Mallory ! "

" Oui, moi aussi. Ravie de vous revoir, cela faisait si longtemps ! "

Cassandra s’excusa, elle voulait passer un coup de fil au club, histoire de voir si tout se passait bien. Elle n’était pas réellement tranquille, mais elle ne voulait pas le montrer.

Le frère de Jenny et Annie arriva lui aussi. C’était le plus jeune des trois. Il était avocat, sa femme, Tess était autrefois architecte. Ils avaient trois enfants de 13, 9 et 5 ans. Une belle famille, que Mallory adorait. Aussitôt, la maison s’emplit des cris des enfants, qui couraient partout, particulièrement autour du sapin, où Mallory avait pris soin de glisser les cadeaux.

" Maman, on pourrait peut-être... " elle jeta un coup du côté du sapin.

" Oui, bien sûr ! Allez, venez les enfants, chacun aura son cadeau. " Jenny fit la distribution et chargea sa fille d’aller ouvrir la porte d’entrée qui venait de retentir.

Mallory ouvrit la porte et tomba nez à nez avec une personne qu’elle ne connaissait pas.

" Bonsoir, je suis Jessie, une amie... "

" Oui, bonsoir, entrez je vous en prie ! Je suis Mallory, la fille de Jenny. "

Elles se serrèrent la main et Jessie présenta son fils.

" Et voici Victor. "

" Enchanté ! "

Le téléphone sonna, et Mallory les pria d’entrer, Jenny était dans le salon. Elle décrocha le téléphone et fut heureuse d’entendre la voix de son père.

" Bonsoir mon chaton, j’ai encore un peu de boulot, mais je fais vite, je serai là d’ici une heure, dis à ta mère de servir le champagne sans nous. "

" Oh, j’ai appris que Margaret serait là, mais Papa... "

" Quoi, ta mère t’a monté la tête avec cette histoire ? Voyons, Mal, tu sais que je t’en aurais parlé. Margaret étais seule pour Noël. J’ai préféré la faire venir ici, on a une famille de dingue, mais c’est peut-être pas pire que de rester seule devant la télé ! "

" Je t’attends Papa, mais dépêche toi, c’est Noël ! "

Jenny prit la décision de commencer sans eux. Elle servit une coupe de champagne à chacun. Ils s’installèrent tous dans le salon et discutèrent. Jenny pria sa fille de s’occuper de la dinde, et Cassandra suivit Mal dans la cuisine.

" Toi, il y a quelque chose qui ne va pas ! "

" Ca va, c’est juste que...j’en sais rien. Je hais Virginia, et mon père n’est toujours pas là. Il devrait être là depuis une demie heure, mais une fois de plus son travail passe avant tout ! "

" Il va pas tarder, j’en suis sûre. Chérie, je retournes à côté. Besoin de rien ? "

Elle secoua la tête. Cassie sortit en refermant la porte. Mal mit la dinde dans le four et s’assit sur le carrelage, fondant en larmes. Elle ne remarqua pas, ainsi, la porte qui s’ouvrit. Et l’homme qui s’accroupit à ses côté.

" Comment une si jolie fleur peut-elle se laisser aller à tant de larmes, hein ? "

Elle sanglotait telle une enfant.

" Tu es en retard. "

" Et c’est pour ça que tu t’es réfugiée dans la cuisine, en pleurs ? "

" Tout le mal que je me suis donnée aujourd’hui, la dinde, la bûche, le sapin, ma robe, c’était pour toi, Papa ! Maman n’a pas arrêté de râlé, elle n’a pas arrêté de me reprocher tout ce que j’entreprends dans la vie, mais c’était pas grave, parce que j’allai passer la soirée avec toi. Et tu... "

" Je suis arrivé avec une heure et demie de retard. Mal, Chérie, je suis navré, mais j’avais vraiment des choses urgentes à finir. Il fallait que ce soit fini ce soir. "

" Plus urgentes que ta fille ? "

" Non, pas plus urgente que ma fille, tu passera toujours avant le reste, mais je ne considérais pas qu’une heure et demie de retard allait nous empêcher de passer une bonne soirée ensemble. "

Elle renifla et essuya ses larmes avec ses mains.

" Par ailleurs, c’est vrai que tu as une jolie robe ! " Elle ne répondit pas. " Mais tu ne crois pas qu’il te manque quelque chose pour éblouir tout le monde ? "

Il lui tendit une boite. Elle l’ouvrit en reniflant toujours, maîtrisant ses larmes. Elle découvrit un pendentif avec un diamant. Le bijou parfait qui allait habiller son décolleté.

" Joyeux Noël ma Chérie ! " Il l’embrassa en lui caressant les cheveux. Elle lui ouvrit les bras pour qu’il la serre contre lui. Elle lui murmura un merci à l’oreille.

" Allez, viens, on a le droit à notre coupe de champagne aussi. Et puis j’ai laissé Margaret avec ta mère, et j’ai un peu peur. "

Mallory laissa échapper un rire. Lorsqu’ils sortirent dans l’entrée, la sonnerie de la porte retentit. Elle lui fit signe qu’elle allait ouvrir. Elle sécha de nouveau ses larmes, et Leo se rendit dans le salon. Elle ouvrit la porte en espérant que ses yeux ne ressemblaient pas trop à ceux d’un crapaud.

" Sam ? "

Elle fut étonnée de le voir. Il semblait mort de froid.

" Je passais juste pour te souhaiter un joyeux Noël. J’ai essayé de te joindre, depuis deux jours, mais...tu étais injoignable. "

" Ca me fait plaisir que tu sois passé, nous allons nous mettre à table, mais Papa vient d’arriver... "

" Oui, je sais, c’est moi qui lui ai dit de partir, j’ai repris tous les dossiers qu’il avait à finir ce soir. Je retourne à la Maison Blanche, j’ai pas mal de boulot. Je voulais pas m’y remettre sans t’avoir dit combien tu étais belle dans cette robe. "

" Merci " sourit elle. " Je te souhaite un joyeux Noël, à toi aussi ! "

" On se voit plus tard ? "

Elle hocha la tête et le regarda traverser la rue. Il s’était remis à neiger. Elle était heureuse. Et elle lui était reconnaissante. Grâce à lui, son père passait l réveillon avec elle. Elle retourna dans le salon, où sa mère avait décidé qu’ils passaient à table.

 

Loïs gara sa voiture au même endroit que la première fois. Devant la maison aux tuiles en ardoise bleue, recouverte de neige. Elle semblait réfléchir tout en se cramponnant fermement au volant. Elle pesait encore le pour et le contre de ce qu’elle s’apprêtait à faire. Elle regarda sa montre. Il était 20 heures. Une heure pas très convenable pour une visite, même un soir de veillée. Elle se couvrit chaudement avant de sortir. Elle sentit le froid lui piquer le visage dès qu’elle eut mis un pied dehors. Il ne neigeait plus. Mais la chaussée devait être glissante. Elle traversa la rue avec précaution. Elle voyait à travers la fenêtre de leur salon un arbre bien décoré. Il devait y avoir des invités. Elle prenait son temps, un temps précieux qu’elle utilisait à réfléchir encore. Elle sonna en appuyant sur un bouton en évidence, accroché au mur. Il était gelé. La porte d’entrée ne tarda pas à s’ouvrir, laissant Loïs voir beaucoup de lumières, et entendre beaucoup de bruits, des rires, des cris d’enfants, des discussions animés et amicales. Elle observa la personne qui lui ouvrit la porte. Une femme blonde, de son âge, habillée d’une robe de soirée en velours, et un charmant sourire.

" Bonsoir ! "

Loïs revint à la jeune femme.

" Bonsoir. Euh...je vous prie de m’excuser. Je ne voulais pas déranger un soir de Noël... "

" Que puis-je faire pour vous ? "

" J’ai trouvé votre maison, un peu par hasard...enfin, pas vraiment, mais je... "

" Madame, excusez moi, mais j’ai des invités. "

" Oui, bien sûr. Je m’appelle Loïs Duncan. "

Le visage accueillant de la jeune femme se durcit.

" Désolée, je dois y aller ! " Elle referma la porte mais Loïs la bloqua.

" Vous savez qui je suis ! " lui dit-elle.

" Vous devez vous tromper d’adresse, Madame. "

" S’il vous plaît, attendez ! Vous savez qui je suis. Je ne vous demande pas grand chose. Je voudrais voir Alex. "

" Thomas. "

Loïs plissa ses lèvres.

" S’il vous plaît... "

" Ecoutez, je regrette, mais... "

" On est le soir de Noël, et je ne veux pas m’imposer, ni vous déranger, et encore moins déranger Alex...Thomas ! Mais, vous savez, je ne ferai pas d’histoire. J’avais besoin de... S’il vous plaît, laissez moi le voir ! "

" J’ai des invités. Je ne tiens pas à ce qu’il vous voient. Mais que ce soit clair. Vous ne le verrez que ce soir. Je ne tiens pas à le faire souffrir. Nous dirons que vous étiez là à sa naissance. Après ce soir, je ne veux plus entendre parler de vous, et n’essayez plus jamais de nous contacter. "

" Je vous remercie sincèrement ! " dit Loïs en essuyant une larme sur sa joue d’un revers de la main.

 

Sam devait être le seul à travailler le soir de Noël à la Maison Blanche, le seul pour qui les Services Secrets étaient encore debouts à minuit. Il ne lui restait plus qu’un dossier à voir, et il rentrerait. Il se mettrait devant la télé, et regarderait ce qu’il y a avait. Un match de basket, peut être, ou bien un vieux film. Et il s’endormirait avant la fin. Il finit sa tasse de café et l’emporta pour s’en resservir. Il avait l’intention de déposer un dossier dans le bureau de Leo par la même occasion. Il lui vint tout à coup à l’esprit qu’une personne avec de mauvaises intentions, pouvait en fin de compte avoir facilement accès à toutes sortes de données et documents. Il ne put s’empêcher de sourire en y pensant. Il posa le dossier sur le bureau et ressortit aussitôt. Il but une gorgée de café, un café froid et pas très agréable. Mais il vit soudain une porte s’ouvrir, et crut qu’un de ses collègues avait oublié quelque chose d’assez important pour qu’il vienne le rechercher. Ca ne pouvait être que Toby ou Josh. Mais la chevelure rousse lui fit comprendre qu’il s’agissait de Mallory, dans sa belle robe bleue. Et arborant un beau sourire, un sourire qui se dessina lorsqu’elle le vit. 

" Qu’est-ce que fais là, il est plus de minuit ! " lui dit-il.

" Je pourrais te demander la même chose ! "

Sam la laissa passer devant lui, de manière galante, et ils se rendirent dans son bureau.

" Tu as mangé ? " Elle vit l’expression sur le visage de Sam, et en conclut que non. " J’en étais sûre ! " Elle sortit alors une assiette et des couverts du sac qu’elle tenait ferment, et elle en ôta le film plastique qui protégeait la dinde et les légumes qu’elle lui avait apporté. " C’est de la dinde au marrons, faite par moi même. "

" Tu as fait ça pour moi ? " demanda-t-il à la frontière de l'amusement et de la surprise.

" Et je t’ai amené aussi une part de bûche glacée à la crème de marrons, faite par moi. " Il était admiratif. " Et pour finir, je nous ai pris... "

Elle sortit deux flûtes de champagne et une bouteille encore fraîche. Elle lui tendit pour qu’il la débouche. Le bouchon fut éjecté dans le bureau, et elle lui tendit rapidement les verres avant que du vin pétillant ne s’échoue sur la moquette du bureau.

" Et tout ça, en quel honneur ? "

" Je n’ai pas le droit de t’apporter à manger ? " Elle fit une pause. " Très bien. C’est pour plusieurs raisons. Déjà, je voulais t remercier d’avoir pris en charge les dossiers de Papa, il a pu se libérer pour moi, enfin, grâce à toi, et je t’en suis reconnaissante. Et puis c’est Noël. Et je m’en voulais de te savoir seul dans ton bureau, le soir où on est sensé faire la fête... "

" Alors Joyeux Noël ! " dit-il en trinquant avec elle. Ils burent une gorgée du champagne que Cassandra leur avait offert, et Sam se souvint tout à coup qu’il avait quelque chose pour elle. Il tira une enveloppe du tiroir de son bureau. " Et voici ton cadeau ! "

Elle l’ouvrit et fut plus amusée qu’autre chose.

" Deux places pour l’Opéra Chinois au Kennedy Center ? J’ignore avec qui je vais bien pouvoir y aller ! "

" Tu pourrais peut-être y aller avec une personne que tu apprécies, qui aurais envie de découvrir une autre culture, et qui voudrait passer plus de temps avec une jeune femme extraordinaire comme toi ! "

" Ah, et tu as des noms à me donner ? " demanda-t-elle avec un grand sourire. Elle se rapprocha de lui et l’embrassa doucement sur ses lèvres pour le remercier. Elle lui offrit elle aussi son cadeau, qui était également contenu dans une enveloppe. Sam l’ouvrit et fut à la fois surpris et ravi. " Les Lakers jouent ici le week-end prochain, je me suis dit que tu aimerais y assister. Et pour être sûre que tu n’auras pas d’empêchement, je vais dire à mon père de te laisser tranquille ! "

" Merci ! " dit-il simplement. Il se rapprocha d’elle et la serra dans ses bras, une embrassade tendre, un instant très particulier que la sonnerie du cellulaire de Mallory interrompit.

" Allô ? Papa ? "

" Mal, il est arrivé un accident ! "

 

Ecrit par spleen, a 18:27 dans la rubrique "lecture".
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La musique battait son plein, et le monde affluait, tant sur la piste qu’au bar, et la file d’attente pour entrer dans le nouveau club à la mode de DC prenait des proportions hallucinantes. L’ambiance boîte de nuit n’était pas trop abrutissante, la musique raisonnablement forte, le service en table comme au bar parfait. Une semaine s’était écoulée, et en si peu de temps, le bouche à oreille et la publicité avait fait leur effet. Cassandra était très fière du résultat, et Mallory d’autant plus surprise. Les deux jeunes femmes étaient au bar, l’une sur un tabouret en bonne cliente, et l’autre de l’autre côté du comptoir, toujours à l’affût des moindres rectifications à effectuer. Cassandra avait insisté pour que tous ses employés portent une tenue identique, et neutre. Aussi portaient ils tous un pantalon ou une jupe noire, et un t-shirt très simple mais élégant avec le sigle du Diamond Dogs. Cassie portait elle même la tenue réglementaire, même si elle savait qu’elle ne la porterait pas indéfiniment. Mallory regardait dans chaque recoin, ébahie de voir ce que son amie avait fait de l’endroit délabré.

" Je suis vraiment épatée ! " s’écria-t-elle.

" Tu étais la dernière à penser que j’arriverai à en faire ce que je veux de cette vieille bâtisse, n’est-ce pas ? "

" J’avoue que je ne pensais pas que tu arriverais au bout de tes projets en effet. "

Mallory s’excusa alors humblement de ne pas avoir su voir que son amie avait raison, et elle lui commanda deux coupes de champagne.

" A quoi doit on trinquer ? A ma boite ? Ou à l’homme craquant qui vient de rentrer ? "

Mallory ne releva pas, et ne prit pas la peine de tourner la tête, car Cassie voyait des hommes craquants à chaque coin de rue.

" Nous allons boire à la longue et heureuse vie du Diamond Dogs, et à sa propriétaire ! "

Elles cognèrent leurs verres l’un contre l’autre et burent une gorgée de champagne.

" Bonsoir mesdemoiselles ! "

Mallory tourna la tête, et comprit l’allusion à " l’homme craquant " en voyant l’homme qui se tenait devant elle.

" Je t’offre une coupe, monsieur le copropriétaire ? " proposa Cassandra.

Sam regarda la jeune femme qui venait de lui proposer un verre, pour la première fois, car il avait auparavant fixer son regard sur Mallory. Elle portait la robe rouge du soir où ils devaient aller à l’Opéra Chinois. C’était sa plus jolie robe, lui avait-elle dit ce soir là, avant qu’il n’annule complètement.

" Avec plaisir ! " Il regarda autour de lui et put remarquer que la salle était pleine, et l’ambiance présente. " C’est vraiment mieux que sur les plans ! C’est un succès total ! " sourit Sam.

" Vous m’excuserez mais j’ai une sortie scolaire demain, et je préférerai ne pas oublier de me réveiller, et ça me semble bien parti si je reste à bavarder avec vous ! "

Mallory prit son sac et le glissa sur son épaule.

" Je peux te raccompagner, si tu le souhaites... "

" Non, ne te dérange pas, je suis venue en voiture. Bonsoir ! "

Elle s’éloigna et se perdit dans la foule, disparaissant de la vue de Cassie et Sam.

" Quoi de neuf chez le Président ? "

" Rien de bien passionnant cette semaine. Il reçoit le Premier Ministre Britannique, et il semblerait que Toby va me refiler le discours. "

" C’est bien. "

" Oui. "

" Du nouveau ? "

" Et toi ? "

" Non. "

" Tu crois que je devrais lui parler ? "

" Sam, je ne peux pas tout faire à ta place, alors prends le taureau par les cornes et invite là à sortir, ça l’impressionnera sans doute plus que tes " je peux te raccompagner si tu le souhaites " ! "

Sam dévisagea Cassandra dont le ton se voulait ironique. Elle avait sûrement raison, mais tenter de sortir avec Mallory O’Brien n’était pas chose aisée, il le savait en l’ayant appris à ses dépends.

" Bon j’y vais ! On se voit plus tard ! "

 

Dans le car bondé d’enfants, les instituteurs venaient de faire l’appel pour s’assurer qu’il ne manquait personne. Ils étaient cinq accompagnateurs, pour quarante enfants dans le bus. Bien que sages, les bruits de voix montaient rapidement, et certains petits cris d’impatience se faisaient entendre. Loïs mis ses gants dans sa poche et se réchauffa les mains en soufflant dessus. Elle resta debout dans l’allée jusqu’à ce qu’Yrsan lui cède sa place. Elle s’assit et Mallory ne put s’empêcher, de derrière, de remarquer l’élan de galanterie qui avait prit Yrsan. Elle ne saisissait pas la conversation, mais ils semblaient assez proches et complices. Loïs souriait, et cela emplissait le cœur de Mallory de joie, car les moments où son amie riait étaient rares. Même lorsqu’elles étaient entre filles. Aussi, la voir si détendu auprès d’Yrsan ne pouvait que réjouir Mal.

" Ne me dis pas que tu n’as jamais vu de film avec Tom Hanks ! "

" Je t’assure que non. Je ne suis pas très cinéphile ! "

" Mais Tom Hanks, tu es obligé d’avoir déjà vu un film ! Rends toi compte, je ne suis même pas américain ! "

Mais Loïs secouait la tête car elle n’avait jamais eu l’occasion de voir jouer Tom Hanks. Elle savait pertinemment que c’était un acteur connu, et reconnu. Mais jamais elle n’avait vu un de ses films.

" Attends...Forrest Gump ? Il faut sauver le soldat Ryan ? OK. Plus anciens ! Philadelphia ? Tu ne peux pas ne pas avoir vu Philadelphia ! C’est un classique, c’est une magnifique histoire ! "

" Non, je regrette, rien de tout ça ne me parle ! "

" Le seul moyen de remédier à cela, c’est de louer une vidéo. On pourrait manger chinois devant la télé, j’invite ! "

Loïs le regardait en souriant. Elle aimait se perdre dans son regard si doux et tendre. Et après tout pourquoi pas ? C’était en quelque sorte une invitation, mais cela n’allait pas plus loin que regarder un film... Elle accepta. Et Yrsan parut ravi.

Mallory regardait discrètement dans leur direction et ne pouvait s’empêcher de sourire, tout en restant attentive à ses élèves qui lui posaient toute sortes de questions sur le patin à glace.

 

C’était avec un plaisir évident que Mallory retrouvait la glace. Elle avait pendant longtemps fait du patinage, et se retrouver au cœur d’une patinoire était un sentiment particulier, elle se sentait toute seule, et en toute liberté. Elle n’avait rien perdu de ce qu’elle avait appris, elle était peut-être moins souple, mais elle avait toujours autant de grâce et de légèreté. Elle finit toutefois par se rendre compte qu’elle était venu avec ses élèves, et qu’elle devait veiller sur eux. Mais un moniteur de la patinoire s’était proposé pour enseigner quelques rudiments. Mais Mallory n’en oubliait pas Loïs et Yrsan, et continuait de regarder ce qu’ils faisaient. Elle se rapprocha d’eux, et entama l’air de rien la conversation.

" Je suis vraiment soulagé que Rendell ne soit pas venu ! "

" Moi aussi ! " s’exclama Loïs. " Le savoir près de moi me rend tellement mal à l’aise que je perd tous mes moyens ! "

" Tu n’as vraiment aucune raison, ce type ne vaut pas la peine de te mettre dans des états pareils ! " la rassura Yrsan.

" Je sais, mais c’est plus fort que moi. Je suis tellement énervée. Tout en lui me dégoûte et m’horripile. "

" Cet homme est un monstre. Il est infecte. On va pouvoir passer une très bonne journée sans l’avoir sur le dos ! "

Mallory affichait un sourire satisfait. 

" Tu ne nous avais jamais dit que tu avais fait du patin ! "

" Oh, c’est une très longue histoire, qui n’a rien d’intéressante. Mais j’ai un rapport très particulier avec la glace, c’est un domaine que j’apprécie. Je me sens bien. "

" Et ça se voit, tu es rayonnante ! " sourit Loïs. " Par contre, je n’en dirait pas autant, je me demande encore comment je suis restée debout aussi longtemps. "

" Ne t’en fais pas, je resterai à côté de toi pour qu’il ne t’arrive rien. "

Les yeux de Mallory s’illuminèrent en entendant cela. Elle tenta de masquer son sourire, mais c’était peine perdue.

" Alors, vous faites quoi ce week-end ? "

Sa tentative d’en savoir plus échoua pourtant car déjà, leurs élèves appelaient à la rescousse. Elle observa Yrsan, et elle imagina que s’il patinait si bien, c’était que le froid était une tradition dans l’Est de l’Europe. Et si en Californie, on ne peut pas ne pas être surfeur ou bon nageur, là d’où il venait, il devait être incontournable de savoir patiner, skier,... De toute la matinée, Mallory tenta de garder les yeux le plus rivés sur eux, et ne remarqua rien d’autre qu’un rapprochement évident. Elle n’était pas psychologue, mais il lui semblait voir dans chacun de leur regard une très forte attraction. Elle glissait sur la glace, et ne prêtait pas réellement attention à ce qui l’entourait, si ce n’était ses élèves. Elle se heurta brutalement à un homme de grande taille, par absence d’attention, et se retrouva bientôt les fesses sur la glace. Elle se releva difficilement, mais y parvint, et tenta de proférer des excuses, mais la surprise fut plus forte.

" Sam ? ? ! ! "

Tout comme elle, Sam s’était effondré sur la glace sous le choc de leur rencontre.

" Tu es un véritable danger public ! "

" Mais enfin, qu’est-ce que tu fais là ? La patinoire a été réservée, tu n’as pas le droit d’être ici ! "

Sam, maladroitement, tentait de se relever, mais glissait chaque fois de plus belle. Mallory lui tendit sa main.

" Oh, merci, mais je pense y arriver...tout...seul... " Il retomba.

" Sans vouloir te vexer, je doute que tu arrives à te relever comme ça, tu devrais accepter mon aide ! "

Il leva les yeux au ciel, et soupira. Il abandonnait, elle avait gagné. Il se laissa aider, et prit la main de Mallory qui l’attira vers elle, et le retint pour qu’il puisse reprendre son équilibre. Ils se retrouvèrent ainsi très proches l’un de l’autre. Gênée, Mallory recula et passa une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle s’avança vers le bord de la patinoire, et Sam tenta de la suivre, mais lorsqu’elle le vit tenter de s’avancer maladroitement sur la glace, elle eut un fou rire.

" Quoi ? "

" Non, rien ! C’est que... C’est la première fois que tu montes sur des patins ? "

" Non ! " se défendit il. Il semblait vexé de cette offense. " Los Angeles est réputée pour ses longues bandes cyclables le long de la plage. Mais je me rends compte que la glace n’est pas mon élément de prédilection. Tu vois, je ne suis pas trop fan du froid... "

" Tu as choisi l’une des villes les plus chaudes du globe pourtant ! " dit Mallory d’un ton moqueur. " Qu’est-ce que tu fais là, sur des patins, alors que tu n’aimes pas la glace ? "

" Cassie m’a dit que tu serais là... "

" Elle ne sait pas tenir sa langue. "

" Je voulais savoir si tu avais quelque chose de prévu ce soir. "

" Ce soir ? Pourquoi ? Tu as l’intention de m’inviter ? " le charria-t-elle.

" Et bien, tout compte fait, peut-être pas, car tenter de sortir avec toi, c’est vraiment pas un cadeau ! Tu es sans doute la femme la plus...Tu me fais perdre tous mes moyens ! C’est une chose dont j’ai horreur. Je ne supporte pas de perdre mes moyens devant ne femme ! "

" C’est le prix à payer... "

Mallory était restée très sérieuse, alors que Sam devenait exaspéré.

" Tu veux dîner avec moi ce soir, oui, ou non ? "

" J’apprécie beaucoup l’invitation ! " Elle était sincère. " Mais ce soir...je n’ai rien de prévu, mais j’avais dans l’idée de...me faire une soirée tranquille chez moi...parce que le Diamond Dogs m’a exténué hier soir, et e voulais récupérer... "

" Ca va. Très bien. Je comprends. On pourra toujours remettre ça à un autre soir. "

" Sam ! Je t’assure que je serai ravie d’aller dîner, mais une journée comme celle là avec des monstres comme mes élèves, c’est une horreur à la fin de la journée. Mais ce week end, on pourrait peut être penser à se voir. "

" Oui. Bonne idée. On se voit plus tard dans ce cas ! "

Sam longea la rambarde pour ne pas glisser. Elle venait de lui briser le cœur, et elle ne savait comment se rattraper.

" Sam ? "

" Oui ? "

Elle ne savait quoi lui dire, mais elle voulait l’empêcher de repartir. Elle réfléchit, mais ne trouva rien qu’y puisse le faire rester.

" Je voudrais te présenter mes amis. Enfin, si tu as un peu de temps bien sûr. "

Elle appela Loïs et Yrsan, qui arrivèrent aussitôt.

" Tu connais déjà Loïs, et voici Yrsan Haendel. Yrsan, Sam Seaborn, de la Maison Blanche. "

" Enchanté ! "

" C’est moi. J’ai beaucoup entendu parler de vous dans la presse ! "

" Sam travaille avec mon père, ce qui ne lui rend pas la tâche facile ! "

" Vous devez vraiment avoir un métier passionnant Sam ! " fit remarquer Loïs.

" Et bien, il comporte ses bons et ses mauvais côtés ! "

" Et Sam est un passionné de voile, comme toi je crois Yrsan ! "

" Exact ! Vous avez votre voilier à Washington ? "

" Oui, j’essaie d’y passer du temps, mais mon emploi du temps ne me permet pas de l’utiliser comme je le voudrais. "

" Et Sam fait de la navigation céleste ! "

" Oui, enfin, on peut passer cet incident sous silence ! "

Sam faisait allusion au jour où il avait tenté de trouver son chemin dans le Connecticut grâce à l’étoile polaire. Sa technique n’avait pas eu l’heur de plaire à Toby.

" Je dois vous abandonner, mais j’espère avoir le plaisir de vous revoir ! Mal...on se voit plus tard. "

Elle hocha la tête pour acquiescer.

 

L’heure du déjeuner vint plus tôt que prévue, et de petits groupes de copains se formèrent. Les mamans avaient préparé les déjeuners : sandwichs, brique de lait, et fruits. Les enseignants aussi formaient leur petits groupes. Yrsan avait disparu avec un autre instituteur, et Loïs et Mallory s’installèrent dans un coin tranquille, tout en gardant un œil sur la progéniture. Loïs ouvrit sa bouteille de jus de fruit avant d’entamer son sandwich au thon. Mallory, comme à son habitude, avait préparé une salade composée et une bouteille d’eau. Elle planta sa fourchette dans un morceau de tomate.

" C’est moi, ou toi et Yrsan vous entendez bien ? "

Loïs rougit.

" Qu’est-ce que tu racontes ? Non, enfin oui, on s’entend bien, enfin nous sommes amis ! "

" Rien que des amis ? "

" Bien sûr, mais pourquoi tu me demandes ça ? "

" Pour rien. Je vous trouvais très proches l’un de l’autre, ce matin, sur la glace. "

" Tu peux parler ! Toi et Sam sembliez proches, et même plus ! "

" Il est venu m’inviter à dîner. "

Loïs lui lança un regard séducteur.

" Monsieur joue les gentleman ? "

" C’est pas ce que tu crois ! "

" Non ? " dit-elle, étonnée. " Explique moi, j’ai du mal à comprendre ! Il est venu t’inviter, il voudrais sortir avec toi, mais ce n’est pas ce que je crois ? "

" C’est très compliqué ce qu’il y a entre Sam et moi. J’ai refusé de toute façon. "

" Compliqué ? Chérie, quand un homme te demande clairement de sortir avec lui, et qu’il est aussi mignon, gentil, intelligent que Sam, je ne vois pas où est la complication. "

" Il y en a plein. Il y a mon père, il y a son travail, il y a... "

" Le fait que tu sois quelqu’un de têtue, et qui a peur de s’engager ! "

" Je n’ai pas peur, et je ne suis pas têtue. "

" Ton père et son travail, hein ? Tu te cherches des excuses pour ne pas avoir à te montrer la vérité. Et la vérité, c’est que tu aimerais bien dire oui. "

" Mais j’ai dit non, et je ne changerai pas d’avis ! "

" Moi je vais te faire changer d’avis. Je te propose d’aller ce soir au Diamond Dogs, toi, moi, Yrsan, et Sam. "

Mallory secoua la tête. Elle était fatigué, et elle avait déjà dit non à Sam, elle n’allait pas accepter maintenant. Elle s’obstina à refuser, et eut le dernier mot. Mais elle encouragea fortement Loïs à aller passer la soirée avec Yrsan.

 

L’assistante de Sam referma la porte derrière elle. Le téléphone sonna à cet instant, et Sam décrocha vivement.

" Sam Seaborn. "

" Je ne te dérange pas ? "

" Mallory ! Je suis surpris de t’avoir au téléphone. "

" Et je suis surprise que tu sois encore au bureau à cette heure. "

" Que veux tu ? Mon rendez vous de ce soir a annulé, je n’ai donc rien de mieux à faire que de la paperasse. "

" Justement... si tu veux... enfin si tu es encore d’accord... on pourrait aller prendre un verre. "

" Je pensais que tu avais déjà prévu ta soirée. "

" C’est vrai, oui. " Elle se mit à rire. " C’est idiot, mais je ne suis pas aussi fatiguée que je l’aurait imaginé. "

" Et donc, tu voudrais que toi et moi, on sorte ? "

" Je sais, c’est un peu malvenu, je t’ai gâché tes projets, et je suis désolée. Mais si tu veux bien accepter mes excuses...on pourrait sortir au Diamond Dogs. "

Sam resta silencieux, et se contenta de sourire, heureux qu’elle ne puisse voir sa satisfaction.

" Très bien, je tenterai de me libérer, je passerai dans la soirée au Diamond Dogs. "

" D’accord, à ce soir. "

Il raccrocha. Il referma le dossier sur lequel il travaillait et appela sa secrétaire.

" Cathy, vous disiez vouloir votre soirée ? Amusez vous bien ! "

" Vous êtes sûr, Sam ? "

" Oui. Vous êtes sûre que ce dossier peut attendre demain ? "

" Vous avez finalement suivi mes conseils ? "

" Oui. Oui, je pense que je vais rentrer chez moi, et me reposer ! Bonsoir Cathy ! "

 

 Ce n’était qu’une sortie dans un bar, dans une boîte de nuit, et il n’y avait pas de personnalités importantes, juste des amis. Ca allait être une soirée simple et sympathique entre amis. Rien d’autre. Pourtant ce soir là, elle ressentait l’envie d’être belle, et de se faire désirer. Elle voulait qu’il ne voit qu’elle. Elle resta indécise devant son armoire, les tenues qu’elle avait ne convenaient pas à la situation. Elles étaient soit trop habillées, soit trop communes. Et il y avait une tenue qu’elle n’osait jamais mettre, car elle était loin de l’image que les gens avaient d’elle. Elle était assez dénudée, et ne collait pas à sa personnalité. Mais en y réfléchissant, elle n’avait de comptes à rendre à personne, aussi pouvait elle s’habiller comme elle le souhaitait. Elle sortit donc un pantalon noir et un top à paillettes, que seuls un nœud dans le cou et un dans le dos, retenait. Loïs resta également longtemps devant sa glace et se maquilla patiemment, ne négligeant aucun détail. Elle s’aperçut soudain des efforts qu’elle faisait pour paraître belle, et elle se rendit compte que cela n’était pas sans raisons. Elle avait peut être un faible pour Yrsan. Elle enfila sa tenue et brossa ses cheveux. Elle vaporisa du parfum sur sa peau, glissa un bracelet à son poignet, se regarda une dernière fois dans la glace, et quitta la salle de bain.

 

Yrsan réussit à se frayer un chemin parmi la foule et tourna autour de lui pour voir si Loïs, ou Mallory était arrivée. Mais il ne vit personne, aussi se dirigea-t-il instinctivement vers le bar. C’était la seconde fois qu’il venait depuis l’ouverture, non pas qu’il n’aimait pas l’ambiance, mais le temps lui manquait.

" Bonsoir, je peux vous servir quelque chose ? "

Le regard de Cassandra croisa celui d’Yrsan.

" Bonsoir ! "

" Je ne vous avait pas reconnu ! "

" Et bien votre voix m’était familière...C’est un bel endroit ! "

" Merci ! " dit Cassie en hochant la tête. " Prenez ce que vous voulez, c’est offert par la maison ! "

" Je vous remercie, mais j’attends Loïs. "

" Ah oui ? " dit-elle d’un ton sceptique. " Et bien prenez donc quelque chose en l’attendant ! "

Yrsan se laissa tenter, et Cassandra lui servit une Vodka. Elle s’excusa et alla à la rencontre d’autres clients. Mais il ne resta pas longtemps seul car Loïs le rejoignit.

" Tu n’as pas attendu trop longtemps au moins ? "

" Non, rassure toi ! On pourrait trouvé un coin plus tranquille, on s’entend pas beaucoup parlé par ici ! "

Loïs fit un signe de la main vers Cassandra qui lui répondit par un sourire.

" Il y a un recoin, là bas. On sera plus au calme ! "

Yrsan emporta son verre, et suivit la jeune femme qui semblait connaître les lieux mieux que lui.

Sam fit son entrée peu après, et lui aussi se dirigea d’instinct vers le bar. Cassie l’accueillit avec une certaine indifférence. Elle le salua vaguement, mais ne fit pas trop attention à lui. Elle essuyait des verres avec un torchon, qu’elle reposa ensuite sur son épaule.

" Tu es ravissante, nouvelle coiffure ? " demanda Sam d’un ton enjoué.

" Qu’est-ce qui te prend de me faire des compliments ? "

" Rien du tout, tu as l’air d’être d’une humeur... "

" Massacrante ? "

" Exécrable ! " Sam regarda autour de lui. " Tu me sers un Martini ? "

Elle s’exécuta immédiatement et sans délicatesse. Elle ne s’intéressa pas non plus à ce qu’il avait fait avec Mallory, et s’il avait fini par l’inviter. Il en conclut que quelque chose ne tournait pas rond.

" Un soucis ? C’est la boite ? Un homme ? Un client mécontent ? Une soirée qui a mal tournée ? "

" Et si tu t’occupais de ta petite personne et que tu laissais le mienne tranquille pour la soirée, qu’est-ce que tu en dis ? "

" Excellente idée ! " Il sirota son verre et ne lui adressa plus la parole. Elle levait de temps à autre les yeux pour voir ce qu’il faisait, et les baissait lorsqu’elle croisait son regard. Puis elle craqua.

" D’accord ! J’abandonne ! Tu as vu Mal ? "

Sam hocha la tête et lui raconta comment il s’y était pris.

" Ses yeux brillaient de mille feux... "

" Les yeux de qui ? "

Sam tourna la tête et vit de nouveau ce regard brillant. Mallory arborait un sourire timide, et ses yeux étaient emplis d’étincelles. Pas un fois Sam avait pu résister à pareil regard, mais elle était la seule au monde qui pouvait le regarder de cette façon.

" Les yeux de qui ? " réussit-il à bafouiller.

" Oui, tu parlais des yeux de quelqu’un ! " Mallory était impatiente de savoir ce qu’ils étaient en train de dire.

" Sam me disait qu’il avait reçu une photo de sa petite nièce. Et elle a un regard superbe ! "

Sam remercia Cassandra du regard et se replongea dans celui de Mallory. Elle portait une robe très simple, et parfaite pour l’endroit.

" Cassie, tu n’aurais pas vu Yrsan ou Loïs ? "

" Ils ont du aller derrière. Mais je doute qu’ils veuillent de la compagnie ce soir. Ils avaient l’air assez...proches ! "

" Pourquoi cette pointe de... "

" Jalousie dans ta voix ! " Sam termina la phrase de Mal.

" Je ne suis pas jalouse. Enfin, c’est ridicule, tu me crois capable de jalouser Loïs ? "

" Pour un homme, tu me jalouserai, moi ta meilleure amie ! "

" Mal, je suis un peu offensée de voir que tu me connais si mal. Crois moi, si tu n’étais pas mon amie, il y aurait longtemps que j’aurai testé ton petit ami ! "

Et aussitôt, un malaise se fit sentir, et Sam et Mallory rougirent, et ne purent plus croiser leur regard. Indignée, Mal lançait des regards lourds de sens à son amie, et pourtant celle ci souriait, satisfaite. Heureuse même d’avoir mis mal à l’aise ses deux clients. Enfin...potentiels clients.

" Qu’est-ce que je te sers Mal ? "

" Un jus d’orange. "

" Sam ? "

" Un petit ami ! Un... " Sam se sentit encore plus mal, mais il était de nature maladroite. " Je voulais dire...enfin je ne voulais pas dire ce que je viens de dire...mais ce que j’ai dit n’était rien d’autre qu’un lapsus, et dieu sait qu’on ne contrôle pas ce genre de choses...alors si j’ai dit petit ami plutôt que Martini...je m’en excuse, auprès de vous deux, mesdemoiselles ! " bafouilla-t-il.

" Bon, je vais vous laisser tous les deux avant que l’un des deux s’enfuit en courant car il ne sait plus où poser les yeux à cause de mes bavardages ! "

Elle leur servit leur boisson, et se retira pour leur laisser, judicieusement, un peu d’intimité. Un de ses serveurs préparait une Vodka et un Perrier. Cassandra y reconnut l’habitude de deux de ses clients.

" Martin, où allez vous avec ces boissons ? "

" Derrière en salle, patron, ce sont deux jeunes gens... "

" Un brun, origine slave, et une brune, des yeux noirs envoûtant, et un débardeur plus dénudé que mes sous-vêtements ? "

" On peut dire ça comme ça ! " répondit le serveur amusé, mais non pas surpris par sa patronne.

" Laisse, j’y vais ! "

Cassie se rendit dans la salle de derrière et trouva sans mal Yrsan et Loïs. La conversation semblait légère, ils riaient tous deux de bons cœur. Leurs verres étaient vides. Et il ne fallut pas longtemps à Cassie pour s’apercevoir qu’ils étaient très proches, au sens physique, cela s’entendait. Il partageait sans la moindre gêne le même fauteuil.

" Tout se passe comme vous voulez ? " demanda-t-elle en bonne hôtesse.

" Oh Cassie ! Dis moi, tu as un serveur vraiment mignon, c’est toi qui t’ai occupé des embauches ? " sourit Loïs.

" Mais dis moi, il te les faut tous ! " répondit Cassie du tac au tac.

Yrsan ne sut comment prendre cette allusion. Mais comme Loïs ne releva pas, il considéra qu’il s’agissait d’une plaisanterie.

" Tu veux prendre un verre avec nous, ça te fera une pause ! "

Loïs était séduite par sa gentillesse, mais il aurait pu s’abstenir de faire pareille chose. Heureusement, Cassie refusa de prendre sa pause. Elle les servit et s’en fut.

" Elle est toujours aussi... "

" Oui, c’est notre Cassie. Elle est impressionnante, mais au fond très gentille. "

Ils trinquèrent à leur soirée et se rendirent compte à mesure que la nuit avançait qu’ils avaient de nombreuses passions communes. Ils aimaient tous les deux la montagne et les paysages montagneux, les forêts, les cours d’eau. Bien sûr, leur métier leur permettait de partager d’avantage, comme l’amour des enfants, ou encore l’histoire.

" Je ne sais même pas d’où tu viens exactement... " soupira Loïs.

" Et bien, je viens d’un pays qu’il vaut parfois mieux ne pas connaître. J’ai passé toute ma jeunesse en Tchécoslovaquie. Quand j’en ai eu l’âge et les moyens, je suis parti. Et j’ai terminé mes études à Denver. C’était pas terrible, mais c’était toujours mieux que mon pays. Et puis j’ai eu mon diplôme, et j’ai eu le droit d’enseigner, mais je suivais chaque soir des cours d’anglais intensifs parce que j’avais tout de même pas mal de lacunes. Et puis cette année, on m’a proposé ce poste à Clearlake, et j’ai rencontré Mal. Et toi. "

Loïs ne put s’empêcher de sourire.

" Et tu aimes les Etats-Unis ? "

" Si...si tu avais connu mon pays, je pense que tu n’aurais aucun mal à comprendre ce que je ressens pour les Etats-Unis. Je m’y sens chez moi, et j’ai l’impression de vivre grâce à cette patrie d’adoption. " Il reprit son souffle. " Et toi, depuis combien de temps es tu à Washington ? "

" Je suis née ici. J’y ai passé mon enfance, et puis, je suis partie vivre à Seattle, quelques temps, et je suis revenue. Et c’est comme si je n’étais jamais partie. Sauf que pas mal de choses ont changé. "

Les yeux d’Yrsan demandaient d’avantages, mais elle préféra clore ce sujet. Elle enchaîna directement sur autre chose, sans aucun rapport, et la discussion se poursuivit.

 

A l’entrée de la boite, de gros types filtraient. N’entrait pas qui voulait. Ce soir là, la chance était avec lui, et les gros bras ne virent aucune objection à le laisser passer. Il paya son entrée, et laissa son manteau. Il descendit les marches qui menaient à la piste de danse et au bar. Il voulait voir autre chose, et découvrait pour la première fois cet endroit dont tout son établissement semblait parler. Tous les profs et enseignants se donnaient rendez vous là, sous l’initiative de Mallory O’Brien, celle qu’il n’avait pas encore réussi à séduire. Il se remémorait avec fierté toutes celles qu’il avait séduites grâce à son charme. Et la vision de jeune femmes ravissantes lui traversa l’esprit. Mais c’était celle de Mal qui revenait, comme un objet que l’on désire sans jamais pouvoir l’atteindre. Et cette obsession grandissait chaque jour, chaque fois qu’il la croisait dans les couloirs. Norman Rendell n’avait pas pour habitude de se voir refuser une invitation. Et la soirée qu’il aurait du passer avec elle s’était finalement transformée en dîner entre collègues. Deux professeurs de sixième avait eu l’idée de s’inviter à leur table.
Ce fut inespéré. Celle à qui il ne cessait de penser était là. Il venait simplement pour prendre un verre, et c’était sur elle que ses yeux se posaient. Elle était assise, au bar, ses jambes délicatement croisées. Pas de doutes, Norman reconnut Mallory parmi la foule, et il s’approcha d’elle sans hésitations, sans même noter la présence de la personne qui était avec elle.

" Bonsoir ! " s’exclama-t-il en s’insérant dans la conversation de Mallory et Sam.

Celle ci eut une vision d’horreur, et son sourire s’effaça.

" Je ne vous dérange pas au moins ? "

Sam interrogea Mallory du regard, et celle ci se dut de faire les présentations. Mais de ce fait, Norman se senti obligé de rester avec eux pour prendre un verre, et Sam tenta de ne pas montrer son mécontentement, quant à Mallory, elle tentait par tous les moyens de se débarrasser du directeur de l’école.

" Alors Sam, vous faites quoi dans la vie ? Laissez moi devinez... Vous devez être...employé de bureau ? C’est ça ? Vous devez être...assistant...allez aidez moi ! Sous fifres ? Vous avez la tête de l’emploi ! "

" Norman ! "

" Laisse, Mal. Monsieur a raison. Je ne suis qu’un employé. U assistant. Un...comment dites vous déjà ? Sous fifre ? Laissez moi vous dire que c’est vous, petit minable qui payer mon salaire, ce sont vos impôts qui me permettent de m’acheter un voilier et de l’entretenir, d’habiter un confortable appartement en ville, et j’en passe ! "

" Eh qu’est-ce qui se passe ici ? " intervint Cassie.

" Laisse, Cass, Monsieur le Directeur semble pris d’un crise de supériorité tout à coup ! "

" Norman, je suis désolée, mais nous aurions préféré Sam et moi que vous preniez votre verre à une autre table... "

" Mallory, ne me dites pas que vous sortez avec un crétin comme lui ! "

" Un quoi ? " s’étonna Sam.

" Il n’a rien dit ! " s’empressa de répondre Mallory.

" Un crétin ! Un moins que rien ! Un pauvre type ! "

" C’est quoi ton problème exactement, ton ego a été froissé ? "

" Sam, arrête ! "

" Enfin une femme comme vous ne peut pas gâcher sa vie avec un animal de son espèce, je vous ai offert tout ce que je pouvais vous offrir, vous auriez pu être heureuse avec moi, j’aurai été l’homme parfait pour vous, mais vous m’avez préféré cet abruti ? "

" Norman, vous dépassez les limites ! "

Loïs et Yrsan apparurent derrière Mallory.

" Mr Rendell ? " s’esclaffèrent les deux jeunes gens en même temps.

" Mal, tout va bien ? " demanda Loïs.

" Mais dites moi, c’est la soirée romance, c’est le rendez vous des liaisons cachées cet endroit, ma parole ! "

" Ce n’est pas du tout ce que vous croyiez ! " se justifia Yrsan.

" Cet endroit est libre d’accès, mais dans votre cas je peux faire une exception et vous faire foutre à la porte ! " dit Cassandra. " Alors vous prenez vos cliques vos claques, et je ne veux pas vous revoir ! "

" Laisse Cass, c’est nous qui partons, tu peux le laisser ! " Mallory préféra partir plutôt que laisser Sam faire plus qu’il ne devrait. Elle voyait qu’il était prêt à exploser. Ainsi, les quatre amis laissèrent Cassie terminer la soirée à servir l’horrible Norman Rendell, et ils se rendirent sur le parking de la boite de nuit.

" Mais comment vous pouvez supporter pareille ordure ? " s’énerva Sam.

" Ne fais pas attention à lui ! " lui conseilla Loïs.

" Je suis désolée que la soirée se soit finie comme ça, je me sens un peu responsable ! " dit Mallory.

" Ne sois pas bête, tu n’y es pour rien s’il a encore voulu jouer des siennes ! " la rassura Yrsan.

Loïs et Mallory se dirent au revoir avant que Loïs ne monte dans sa voiture, elle salua Sam et Yrsan de la main, et Yrsan fit de même, en disant au revoir de loin. Mallory serra son manteau pour se protéger du froid de l’hiver et fit un dernier signe à ses amis qui reprirent la route, dans deux directions différentes.

" Bon. " dit Mallory.

" Bon. " répondit Sam.

La jeune femme souriait tout en regardant la pointe de ses chaussures.

" J’ai passé une bonne soirée, hormis le petit accrochage de la fin de soirée, pour lequel je m’excuse une fois de plus ! "

" Moi aussi. Je veux dire, j’ai passé une bonne soirée. J’aimerais... j’aimerais assez qu’on refasse ça très bientôt. Peut-être qu’on pourrait dîner dans un endroit plus calme la prochaine fois. " suggéra Sam.

" Tu prends des initiatives, Sam ? " dit Mallory malicieusement.

" Et tu n’as rien contre, apparemment ! " Il tentait de déchiffrer l’expression de son visage. " Alors, tu es d’accord ? "

" Oui, on pourrait aller dîner. Et tu pourrais peut-être m’appeler, pour me dire quand, et où... "

" Très bien, je le ferai ! "

Mallory hésita un instant, puis lui dit un simple bonsoir. Sam répondit de même. Il attendit qu’elle monte dans sa voiture et qu’elle parte avant de partir à son tour. Mallory glissa la clé dans le contact et tourna, mais sa voiture refusa de démarrer. Le froid faisait déjà des siennes. Elle refit quelques tentatives. A l’extérieur, Sam observait sans bouger la scène. Elle ouvrit la glace et fit une grimace.

" Je suis contente que tu sois encore là ! Dis, tu ne serais pas un de ces super héros qui en un coup d’œil te répare ta voiture ? "

" Pas vraiment, mais je veux bien essayer de voir ce qu’elle a. "

Le bilan ne fut pas satisfaisant, car Sam voyait d’où venait la panne, mais doutait de pouvoir y remédier. Il trifouilla, et demandait à Mallory de démarrer de temps à autres, mais rien n’y faisait. Au bout d’un moment, Mallory sortit, tout en soufflant sur ses doigts.

" Tu vas être gelé si on reste là ! Qu’est-ce qu’on fait alors ? "

" Il faut appeler un dépanneur, je ne vais rien pouvoir faire ! "

" Sam, il est deux heures du matin, aucun dépanneur ne se lèvera un samedi matin à cette heure là ! "

" Alors je ne vois qu’une seule solution ! "

Et Mallory se vit monter dans la voiture de Sam qui se proposa de la raccompagner, et de faire le nécessaire pour que sa voiture soit réparée au plus vite. Mais le mieux qu’il pouvait faire, à pareille heure de la nuit, c’était la reconduire chez elle. Mallory resta silencieuse durant le trajet, elle regardait la route sans penser à rien. Sam observait le même silence. Il se gara devant l’immeuble sans que Mallory ne réalise qu’ils étaient arrivés.

 

Cassandra avait donner congés à ses employés, et elle faisait sa caisse, comme chaque soir. Elle était ravie de voir que pour les premiers soirs, les affaires marchaient plutôt bien. D’ici un mois, elle avait l’intention de faire venir des groupes, ou des chanteurs, pour pouvoir augmenter le prix de l’entrée. Mais ses prévisions étaient tout à fait correctes. Elle compta les derniers billets et les enferma dans un coffre qu’elle prit soin de refermer. Elle essuya le comptoir du bar avec un chiffon et alla éteindre des lumières de la salle. Elle entendit la porte à l’étage claquer car il n’y avait aucun bruit. Elle observa, et vit un homme descendre rapidement les marches. Elle reconnut sans mal Yrsan.

" C’est fermé ! " lui fit-elle remarqué.

" Oui, désolé de t’ennuyer si tard, mais je pense avoir laisser mon porte feuille, j’ai du le laisser glisser, tu ne l’aurais pas vu ? "

" Non, pas vu pas pris, mais d’autres l’auront peut-être remarqué. "

" Ca t’ennuies si je jettes un coup d’œil ? "

" Pas du tout ! "

Elle le suivit dans l’arrière salle, et elle l’imita en se mettant à même le sol pour regarder sous les fauteuils, sous les tables.

" Il ne semble pas être là, quelqu’un a du le ramasser, ou bien il a glissé dans ma voiture... "

" Tu sais, pour quelqu’un sensé raconter des bobards aux enfants, je te trouve mauvais menteur ! "

" Que veux tu dire ? "

" Que tu avais besoin d’une excuse pour revenir, et que tu n’as rien trouvé de mieux ! "

" Une excuse ? " demanda Yrsan étonné.

" Tu n’es pas revenu à cause de ton porte feuille, avoue ! "

" Pourquoi d’autre serai-je venu ? "

Mais Cassie ne répondit pas. Elle resta les yeux fixés droit sur Yrsan, et celui ci se laissa dévisager. Il en profita même pour dévisager la jeune femme. Cassie se rapprocha de lui et prit son visage entre ses mains. Elle posa ses lèvres contre les siennes, avec passion. Sans résisté, Yrsan se rapprocha lui aussi d’elle. Il l’embrassa à son tour. Leur baiser n’avait rien d’innocent. Il reflétait à la fois du désir et de la passion. Il ne fut pas gêné lorsqu’il senti les mains de la jeune femme descendre le long de son corps, et ne s’étonna pas plus de faire la même chose avec ses propres mains.

 

" Tu auras vraiment tenu à m’accompagner jusqu’au bout ! " dit Mallory, alors que Sam faisait avec elle les derniers pas jusqu’à devant son appartement.

" Les rues ne sont plus très sûres à cette heure ci, et les immeubles non plus ! "

" Bon, et bien je suis arrivée, entière, et je te remercie pour m’avoir raccompagnée...aussi loin ! "

Elle sortit ses clés de son sac à main, et joua avec le porte clés.

" C’est normal. "

Dans ces circonstances, la phrase de rigueur serait : " Je t’invite à prendre un dernier verre ? " Mais personne n’était dupe de ce genre d’expression. Elle voulait dire ce qu’elle voulait dire ! Et Mallory s’y refusait.

" Bon, et bien encore merci pour la soirée, et pour la fin de soirée. "

" Merci à toi. "

La conversation ne prenait pas fin. Chacun voulait passer encore un peu de temps avec l’autre. Et Sam n’aurait rien eu contre un dernier verre, mais il ne voulait pas qu’elle s’en sente obligée.

" C’est marrant ! " dit-elle. " Je me rappelle lorsque je t’ai invité à l’Opéra Chinois ! "

" Oui, moi aussi ! "

" J’avais été catégorique. "

" Je m’en souviens, oui. "

Elle ne put réprimer un sourire.

" Bonsoir Sam, et merci ! "

Elle s’avança vers lui et lui glissa un baiser sur sa joue, bien que très proche des lèvres. Sam saisit l’occasion pour l’embrasser en retour. Mallory glissa aussitôt les bras autour de son cou, comme si elle n’avait attendu que cela toute la soirée, et se laissa embrasser. Elle garda les yeux fermés et savoura cet instant. Et Sam fit de même. Il enlaçait sa taille pour la garder près de lui. Cet instant, comme tout autre instant avec elle, il l’avait attendu, et le plaisir de le voir enfin se réaliser était immense. Elle garda une main sur sa joue et déposa quelques baisers sur ses lèvres. Ils s’embrassèrent une nouvelle fois, longuement, et leur baiser n’eut plus de fin...

 

 

Ecrit par spleen, a 18:26 dans la rubrique "lecture".
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" Je vais te battre ! "

" J’en doute. "

" T’en es à combien ? "

" Trois. Et toi ? "

" Ca fera trois ce soir. "

" C’est qui ? "

Les deux voix qui se faisaient entendre alors que les images de voitures au milieu d’une heure d’affluence nous parvenait s’avérèrent être celles de Mallory et Cassandra qui étaient au téléphone. L’une appelait d’une cabine téléphonique de son travail. L’autre était sur son portable à l’autre bout de la ville.

" Qu’est-ce que ça peut faire ? Ca ne fait pas parti des critères du jeu ! " s’écria Mallory.

" C’était juste une question. C’est un record que tu sortes avec trois types en moins d’une semaine, je me demandai juste qui était le troisième ! "

A qui prendrait en cours la discussion, il faudrait souligner quelques éléments. Cassandra Adams, jeune femme célibataire, recherche aventures sans lendemain pour égayer ses soirées. Mallory O’Brien, jeune femme célibataire, recherche désespérément l’homme sui saura faire vibrer son cœur jusqu’à ce que la mort les sépare. L’une était lucide, l’autre aveugle. Du moins, elle avançait à l’aveuglette dans sa vie amoureuse, pour le moins désastreuse jusque là. Cassie était du genre à séduire un homme en un regard, quand elle le désirait, où elle le désirait. Même dans une salle d’attente, elle avait réussi à attirer les convoitises d’un homme venu avec sa petite amie. Mallory ne sut jamais ce qu’il advient du gentil petit couple, mais elle préférait ne pas y penser. A l’inverse, cette dernière était plutôt du genre timide et peu entreprenante. Timide au départ, car elle était d’une nature assez à l’aise en public. Lorsque les deux jeunes femmes faisaient les boutiques le samedi dans Washington, ce n’était pas sur elle que se tournait les regards mais bien sur Cassandra. Grande et élancée, elle aurait manifestement pu faire une carrière de mannequin. Lasse de voir son amie rester dans l’ombre et dans un célibat forcé en attendant le grand amour, elle l’avait poussé à un jeu. Elle avait motiver son ego pour la convaincre mais depuis quelques temps, deux ou trois ans, elles jouaient à qui aurait le plus de rendez vous en une semaine. Ensuite, il y avait un barème. Un verre comptait pour un point. Un déjeuner deux points. Un dîner trois points. Un bisous quatre points. Un câlin cinq points. Le Jackpot, c’était lorsqu’elles passaient une nuit avec des hommes différents au cours de la semaine. Mais Mallory ne l’avait jamais atteint. Alors que Cassie oui. Elle admettait que sortir avec un homme un soir dans la semaine et se laisser embrasser sur le pas de sa porte pouvait être agréable, mais elle doutait que coucher avec n’importe qui dès le premier soir, cela frôlait le ridicule. Elle ne se permettait pourtant pas de juger son amie qui ne voyait pas cela d’un mauvais œil.

" Alors, c’est qui ? " demanda Cassie qui ne perdait pas le nord. Elle entendit Mallory soupirer.

" C’est un homme charmant qui travaille à la CIA. "

" La CIA ? " s’exclama Cassie. " Tu l’as dégotté où ? Ca va être d’un ennui mortel ! Il va te parler de son boulot, tu vas te sentir affreusement mal, parce que ton boulot n’est pas aussi excitant que le sien, et du coup, tu vas encore te bloquer, et tu ne vas... "

" Je n’aurai pas coucher avec lui de toute façon ! " se défendit Mallory avant de l’entendre de la bouche de Cassandra.

" D’accord ! " admit-elle dans la défaite. " Mais tu ne pourras pas dire que je ne t’ai pas prévenue. "

" A quel propos ? " s’étonna Mallory.

" C’est mauvais pour la santé de ne pas faire d’exercice ! "

Mallory ne fut pas surprise de sa réponse et elle émit un petit rire discret. Elle souhaita une bonne journée à son amie et raccrocha pour pouvoir finir son déjeuner et avoir le temps de prendre un café. Elle retourna dans la salle des profs et se fit couler un expresso en mettant à la bouche le dernier morceau de son sandwich. La porte s’ouvrit, laisser passer un léger courant d’air frais.

" Bonjour Mallory ! "

Elle crut s’étouffer en voyant Norman rentrer dans la pièce. Ce n’était pas tant sa présence qui l’importunait, mais surtout le fait qu’elle était seule avec lui. Tout le monde avait déserté la salle un quart d’heure plus tôt.

" Tout va bien pour vous ? " demanda-t-il.

" A merveille ! " s’écria Mallory. " Et vous ? J’ai cru comprendre que vous aviez reçu les félicitations de l’Académie pour un doctorat que vous aviez fait il y a quelques années... "

" Ah ! Comme les nouvelles vont vite ! J’aurai préféré vous l’apprendre moi même, mais puisque vous êtes déjà au courant... " dit-il en haussant les épaules.

Elle dut admettre qu’il était bel homme. Peut-être un peu petit, mais elle n’était pas très grande non plus. Cela ne choquerait pas si...

" Mon dieu, Mal, mais à quoi est-ce que tu penses ! " hurla-t-elle en elle même. " Je vous félicite, vous devez être fier ! "

" Oui, vous savez, j’aurai aimé pouvoir partagé cet instant avec quelqu’un mais hélas...Peut-être que vous accepteriez de prendre un verre pour célébrer ça... "

Sa proposition la fit sourire intérieurement.

" C’est à dire que ce soir je...je ne suis pas là, j’ai une soirée avec des amis... "

" D’accord, et bien, on peut remettre ça à la semaine prochaine...Mardi, ça vous conviendrait ? "

Elle était devant le fait accompli et il ne lui laissait pas tellement le choix de dire non.

" Ce sera parfait ! " dit-elle en souriant. " Excusez moi, je dois retourner en classe... "

" Oh oui, allez y ! " il la pria de passer devant lui, et il lui ouvrit la porte galamment.

 

GENERIQUE

 

Des bouteilles d’alcool étaient alignés sur le plan de travail de la cuisine, un grand récipient de cristal était rempli d’un breuvage que confectionnait Mallory. Elle avait sous les yeux une recette que lui avait transmise sa mère. Elle se souvenait que petite, sa mère en proposait lors des cocktails et les réceptions que les McGarry donnaient dans leur grande résidence. Elle avait parfois le droit de boire le fond du verre de son père, et cette simple goutte suffisait à l’époque à la rendre complètement ivre. Les années passant, elle avait gardé un goût prononcé pour ce que Jenny appelait l’Elixir des Elfes. C’était bien évidemment pour faire plaisir à sa fille qui avait de nombreux amis imaginaires inspirés de ses lectures mêlant les elfes, les trolls et toutes les créatures fantastiques et merveilleuses que l’on connaît. Elle termina ainsi son élixir par une pincée de cannelle au moment même où la sonnerie de la porte d’entrée retentit. Elle savait que ce ne pouvait être Cassandra. Il était encore trop tôt pour qu’elle soit en retard, car c’était une coutume, ne jamais être à l’heure. Elle pouvait avoir une avance qui la rendait sèche et amère d’avoir attendu ou du retard à s’en arracher les cheveux.
Elle ouvrit la porte et accueillit avec un grand sourire Loïs. Celle-ci avait les bras pliés sous sa poitrine, son sac à main sur l’épaule droite et les cheveux décoiffés.

" Je ne suis pas trop en avance ? " demanda-t-elle confuse.

" Pas du tout, entre ! " Mallory referma la porte. " Je suis très étonnée que tu aies pu entrer sans le code de l’immeuble ! "

" Un de tes voisins est passé avant moi ! "

Mallory lui proposa de la débarrasser de son manteau et de son sac, après quoi, elle l’incita à se mettre à l’aise tout en déposant ses affaires dans sa chambre. Loïs regardait autour d’elle l’appartement de Mallory qui était encore lumineux malgré le crépuscule. Elle regarda dans la rue à travers la fenêtre, et ses yeux tombèrent ensuite sur le piano qui ornait le salon.

" Il est magnifique ! " Elle était enthousiaste. " J’ignorais que tu en jouais. "

Mallory haussa les épaules.

" Dans ma famille, c’était une obligation de faire des activités extra scolaires, et j’ai du apprendre le solfège, le piano et le violon, sans parler des cours particuliers de français et les longues heures d’équitation. De tout ça, je n’ai presque rien retenu du français, et j’ai du abandonner le violon. Je monte de temps en temps à cheval, mais c’est rare. Le piano est la seule chose que j’ai continué pendant longtemps. C’est un excellent moyen d’évacuer le stress et tout ce qu’on peut garder en soi. "

Loïs sourit tristement en caressant légèrement les touches, de peur de les abîmer. Elle aperçut ensuite un petit meuble où étaient disposées quelques photos.

" Tes parents ? " demanda-t-elle en pointant vers l’une d’elles. Mallory se rapprocha.

" Oui. Leur photo de mariage, et à côté, c’était pour mes dix huit ans. "

" Tu avais ta période rebelle ? Les cheveux blonds ? " dit Loïs en souriant.

" Oh mon Dieu, je ne sais pas ce qui m’avait pris. Mon père m’en a voulu pendant des semaines. Je crois que je l’ai fait pour l’embêter. Ca a marché, mais mes cheveux ont mis des années avant de s’en remettre. "

Loïs vit une autre photo et reconnut Cassandra qui passait un bras autour des épaules de Mallory au milieu d’une fête foraine. Elles étaient aussi complices qu’elle pouvait l’imaginer.

" Elle ne devait pas être là ce soir ? "

" Cassie a la fâcheuse manie de ne jamais arriver à l’heure. "

" Toujours aussi mauvaise langue ! " dit-elle en tirant la langue. Mallory se retourna et fit comme si elle n’avait rien entendu.

" Tu te rappelles de Loïs ? "

Elle se rappelait. Elle salua poliment l’autre invitée et sortit de son sac une bouteille de champagne et différents paquets.

" Qu’est-ce que c’est ? " demanda Mallory en pointant la bouteille.

" Rend toi utile, met la au frais, on la sortira dans la soirée ! " Elle tourna la tête vers Loïs. " J’espère que vous supportez l’alcool car c’est ce qui nous fait tenir toute la soirée ! " dit-elle en riant comme si elle avait déjà commencé la soirée sans elles. Il n’en était rien. Elle était d’une nature rieuse.

" Laisse la tranquille ! " lui ordonna Mallory. " On n’a jamais forcé personne à boire autant que nous à ce que je sache ! "

" Dit comme ça on pourrait te prendre pour une alcoolique de premier ordre ! " lança Cassie.

Mallory se dut de donner de explications à Loïs avant qu’elle ne panique totalement.

" Cassandra plaisante, on ne boit pas toute la soirée, mais c’est assez rare qu’on fasses des petites soirées entre filles, alors ne soit pas surprise qu’on ait envie de faire un peu la fête. "

" En plus, Mal fait un cocktail absolument divin qui se boit comme on se glisse dans un bain chaud...C’est le paradis ! " dit-elle en se mordant les doigts.

" Bon, et bien autant lui faire découvrir de quoi il s’agit ! "

Mallory alla à la cuisine chercher l’élixir dans le récipient de cristal et ramena avec elle trois coupes. Elle posa tout sur la table basse du salon et avant de servir ses invités, elle alluma quelques lampes pour égayer la pièce qui sombrait peu à peu avec la tombée du jour. Cassandra leva son verre la première.

" A notre santé à toutes les trois et aux hommes que nous allons bientôt rencontrer ! "

Ses yeux s’illuminaient dès qu’elle parlait d’un homme, puisse-t-il être un de ses meilleurs amis.

" Je suis assez d’accord ! " dit Loïs. " A nous, et aux hommes ! "

Mallory ne savait qu’ajouter.

" Aux femmes qui dominent les hommes, et aux hommes qui aiment les femmes que nous sommes, Mesdames ! "

" Tchin ! "

La soirée était une soirée habituelle pour Mallory et Cassandra qui l’avait instaurée de nombreuses années auparavant. C’était une soirée entre filles. Interdite aux hommes. Elles en profitaient pour se raconter des petits secrets, faire la fête, se chouchouter en essayant les nouveautés du rayon beauté du supermarché de Cassie. C’était le seul soir où Cassandra arrivait à faire avaler à Mallory autre chose que ses salades et ses steaks grillés avec de l’eau minérale. Le mot d’ordre était le rire, et seules les petits gâteaux, les bonbons et les boissons alcoolisées et sucrées étaient autorisées. Les règles avaient été instaurées par Cassandra qui avait une définition précise et personnelle de l’expression " faire la fête ". Elles n’avaient jamais invité personne à partager leur soirée, mais Mallory avait insisté auprès de son amie pour que Loïs puisse venir.
Depuis leur rencontre dans la bibliothèque, Mallory se sentait coupable de ne pas mieux la connaître. Elle jugea que l’inviter à leur soirée entre filles serait une bonne façon d’entamer la conversation. De plus, il ne semblait pas que la jeune femme eut de nombreux amis. Plus Mal tentait de la connaître, plus elle la trouvait sympathique, et plus les discussions de couloir à son sujet l’agaçait. Elle avait eu raison. Les gens la jugeait sans la connaître, et elle avait fait parti de ces gens à un moment donné.

La soirée était bien entamée, elles avaient à elles trois bu plus du tiers de l’élixir des elfes. Leur sujet de conversation avait jusqu’alors été des sujets futiles touchant à la mode ou à l’esthétique, pour lesquels, elles avouaient humblement être des expertes. Non pas qu’elles eurent la vantardise de se trouver parfaites, mais elles maîtrisaient chacune parfaitement le sujet. De l’épilation à la maroquinerie en passant par le fard à joue et le textile synthétique.
Mais ce n’était que trop ennuyeux pour Cassandra qui amena bientôt son sujet favori.

" On est vendredi soir, Mal ! " s’exclama-t-elle. " Le jeu est clos, quel est ton score ? "

Elle sembla réfléchir.

" Je n’ai pas eu le temps de compter. Un verre lundi, un autre mardi, un dîner mercredi, trois hommes différents, et un autre verre avec celui de lundi le jeudi, ce qui nous donne donc... " Elle calcula rapidement. " 9 points ! " s’écria-t-elle assez fièrement. Mais Cassandra eut un sourire triomphant.

" C’était bien joué, mais c’est perdu, chérie ! "

Loïs les regardait amusée. Si elle savait plus ou moins de quoi il retournait, elle trouvait néanmoins cela étrange comme jeu.

" Un verre lundi, un dîner mardi, un baiser mercredi, et...le Jackpot jeudi ! " cria-t-elle.

" Avec le même ? " demanda Loïs qui avait compris la règle.

" A en juger par son sourire stupide, je dirai avec le même ! " sourit Mallory, aussi amusée que sa collègue.

Cassandra se leva de son fauteuil et vint s’asseoir sur l’accoudoir du canapé où étaient assises Mal et Loïs, un pied par terre, et son autre jambe repliée sous ses fesses.

" C’est vrai que j’aurai pu faire mieux, mais il était tellement craquant. Si vous aviez vu ses yeux noirs...et ses dents plus blanches que les neiges éternelles...grand, sexy, et des mains... "

Loïs et Mallory éclatèrent de rire en voyant Cassie qui mimait les gestes de l’homme en question, les yeux fermés pour mieux se remémorer leur nuit d’amour.

" C’est le grand amour ? " demanda Loïs qui ne connaissait pas encore le caractère frivole de Cassandra.

" Non, Cassie est plutôt de genre à changer toute les semaines quand elle n’a pas l’occasion de le faire tous les jours ! " la charria Mallory.

" Pour ma défense, je voudrai dire que je profite d’être jeune et belle pour attirer les hommes ! Je les fais tous tomber, pourquoi j’hésiterais ? "

Loïs se sentait plutôt bien entre les deux jeunes femmes. Elle avait imaginé avant de venir qu’elle ferait sans doute tapisserie entre les deux amies de toujours, mais ni Mallory ni Cassandra n’oublièrent sa présence, et dès qu’elles parlaient d’une chose qu’elle ignorait, elles la mettaient tout de suite au courant et dans la confidence de tous leurs secrets. Elle se doutait qu’il y avait certaines choses qu’elles ne lui révéleraient pas, mais elle s’estimait heureuse et ravie de pouvoir partager un peu de leur amitié.

" On ne sait toujours rien de toi ! " lui fit remarquer Cassandra.

" Moi ? Mais qu’est-ce que vous voulez savoir ? "

" Absolument tout ! Toute ta vie amoureuse depuis ton premier baiser jusqu’à aujourd’hui ! "

" Mon premier baiser ? J’avais treize ans, et ça devait être un amour de vacances, mais je ne m’en rappelle plus très bien. "

Elles écoutèrent avec intérêt son récit.

" Je n’ai pas eu beaucoup d’histoires dans ma vie, en général, elles finissent plus vite qu’elles n’ont commencé. Mon grand amour, je l’a vécu quand j’avais seize ans. Enfin, j’ai vite déchanté, mais on est souvent aveugle à cet âge ! " 

" A quand remonte ton dernier mec ? " demanda naturellement Cassie.

" Pour être honnête, je ne m’en rappelle pas. Peut-être six mois, peut être sept. Au bout d’un moment, on arrête de compter. "

" Ma chérie, tu vas te remettre en selle immédiatement, à partir de la semaine prochaine, tu entres dans la course ! "

" Tu auras peu de chance de gagner contre Cassie si tu ne couches pas facilement ! "

" Hey ! Je ne couche pas facilement, je profite de la vie et de ma jeunesse, c’est pas pareil ! "

" J’ai oublier de te dire qu’elle avait vu trop souvent Grease, elle se prend pour Rizzo ! " souligna Mallory.

" Assez parlé de moi, comment s’est passée ta soirée avec le type du FBI ? "

" La CIA. "

" Tu es sortie avec un agent de la CIA ? " s’étonna Loïs.

Les deux femmes l’incitèrent à raconter sa soirée.

 

Assise à une table ronde et plutôt étroite, Mallory s’amusait à faire tourner son verre à pied. Malgré le monde réuni dans la grande salle du restaurant, l’ambiance était calme et agréable. Elle sentit une main se poser sur son épaule, et un visage se pencher cers elle.

" Bonsoir, je suis désolé d’arriver si tard ! "

Mallory lui tendit un sourire pour accepter ses excuses. Il s’assit en face d’elle après avoir enlever sa veste.

" Nous avons eu ce qu’on appelle un imprévu, et j’ai été retenu, mais j’espère que vous n’avez pas attendu trop longtemps ! "

" Non, pas du tout. Rien de grave, j’espère ? "

" Oh non, un satellite Russe menaçait de s’écraser sur Denver. "

Mallory ouvrit de grands yeux.

" Je plaisante ! " dit-il en riant tout seul. Elle se força à sourire.

" Je suppose que ça doit arriver. "

" Que je plaisante ? "

" Que des satellites risquent à tout moment de... " elle mima l’explosion avec ses mains et en imitant le bruit qu’aurait l’impact.

" Oh, pas trop souvent, vous imaginez bien qu’on aurait plus de vie privée si ça arrivait trop ! "

Une fois de plus, elle lui offrit un sourire forcé mais il n’y vit que du feu.

" Je dois vous avouer que je suis vraiment très surpris que vous ayez accepté mon invitation. J’ai beaucoup d’admiration pour votre père, et je vous trouve absolument charmante. "

" C’est très gentil ! " répondit timidement Mallory. " Mon père a été très impressionné lors de votre rencontre d’après ce qu’il m’a dit. "

" Je suis flatté. Monsieur McGarry est un homme des plus respectables, vous le saluerez de ma part. "

Elle acquiesça.

" Alors ? Comment êtes vous devenu agent de renseignements ? "

" C’était un coup de chance, en réalité, car j’ai été recalé à l’examen d’entrée dans la police, et mon oncle, qui a certaines relations avec le Directeur de la CIA et quelques autres personnes les a persuadé de m’engager. "

 

" Et il a continué à te raconter sa vie pendant tout le repas ? " demanda Loïs.

" Ou bien, il t’a fait des propositions plus intéressantes ? " demanda Cassie dans l’excitation.

" Et bien ni l’un ni l’autre, je dois dire. Nous avons parlé de lui, puis de moi, de notre métier, de nos passions, enfin, tout ça quoi...Pas de quoi en faire une histoire. "

" Il t’a quand même pas laisser rentrer toute seule, il t’a raccompagnée ? "

Mais alors que Mallory ne répondait pas, mais gardait un petit sourire malicieux, Cassandra bondit de son fauteuil.

" Qu’est-ce qui s’est passé après ? " Elle pressa Mal de lui répondre tant elle était impatiente. " Mal, tu nous cache quelque chose, dis moi ce qui s’est passé après.

" Pour ne rien vous cacher, j’ai passé la soirée la plus ennuyeuse de toute ma vie. "

 

Mallory appuyait légèrement sa tête contre sa main, son coude posé gracieusement sur la table. Elle porta son verre de vin à ses lèvres. Alors que son interlocuteur continuait inlassablement son récit, elle était horrifiée à l’idée qu’elle puisse avoir l’air de ne pas être intéressée par son discours. Elle tentait par moments de tourner doucement son poignet pour regarder l’heure, elle s’efforçait de ne pas bailler, et surtout elle se concentrait sur l’expression de son visage qu’elle voulait enthousiaste. Elle regardait l’agent de la CIA qui ne se lassait pas de lui raconter ses déboires depuis sa plus tendre enfance. Mais lorsqu’il leva les yeux, elle se rendit compte que quelqu’un se tenait derrière elle.

" Vous désirez quelque chose ? " demanda Paul.

" Je suis désolé de vous interrompre, je m’appelle Sam Seaborn, je travaille pour le Président des Etats Unis et je suis le directeur adjoint de la communication à la Maison Blanche. "

Mallory fut aussi surprise que Paul, le type de la CIA, de voir Sam devant elle.

" Je suis Paul Tierney, de la CIA. "

" Oui, c’est formidable, je suis vraiment désolé de vous interrompre, mais Leo McGarry m’a demandé de venir chercher sa fille, il demande à la voir immédiatement. Mallory, ça te dérange de me suivre ? "

" Il est arrivé quelque chose à mon père ? "

" Non, rassure toi, il ne s’est rien passé de grave, mais...c’est assez délicat... "

" Vous devriez y aller, Mallory. Ne vous occupez pas de moi, je vais régler pour vous, appelez moi quand vous serez libre, pour remettre ça... "

Mallory le remercia de sa compréhension, mais resta néanmoins inquiète et suspicieuse. Elle enfila à la hâte son manteau et suivit Sam.
Quand ils sortirent du restaurant, Mallory s’empressa de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.

" Sam, dis moi ce qui ne va pas avec mon père ! "

" Il se peut que tu me détestes encore plus qu’avant si c’est possible, mais ton père n’a rien à voir. "

" Quoi ? Mais enfin... "

" Je suis passé par hasard devant la vitre du restaurant et je t’ai vue, tu avais l’air de t’ennuyer, et tu semblais compter chaque seconde qui passait. Je me suis dit qu’un peu d’aide pour te sortir de là serait la bienvenue, alors je suis rentré. "

" Tu as fait exprès de mettre un terme à mon rendez vous ? " demanda Mallory furieuse.

Sam parut confus. 

" Bah...je pensais vraiment que tu apprécierais le geste. " répondit-il sincèrement.

" Mais je rêve ! Tu t’aies servi de mon père, tu as joué avec moi, et tu as annulé ma soirée, la première que je passe avec un homme depuis des semaines ! "

" Mal...tu ne peux pas savoir à quel point je m’en veux, je pensais vraiment que tu n’attendais qu’une perche  pour te sortir de là. "

" La prochaine fois que j’aurai besoin d’une perche, comme tu dis, je te ferai signe ! "

Sans s’en rendre compte, ils avaient poursuivi leur chemin sur le parking du restaurant. Mallory s’arrêta brusquement et fit un tour sur elle même.

" C’est la meilleure, où est-ce que j’ai garé ma voiture ? "

Sam regarda à son tour autour de lui.

" Tu n’as pas pris un taxi ? "

Elle le dévisagea méchamment.

" Est-ce que tu insinuerais que je suis étourdie ? "

" Pas du tout, mais tu es en colère, et parfois, lorsqu’on est sous l’effet de la colère, on fait un peu n’importe quoi... "

" Faire n’importe quoi ? Alors, ça, c’est le pompon ! Je te signale que celui qui a fait n’importe quoi ce soir, c’est toi et toi seul, je suis venue en voiture ce soir, et je l’ai garée sur ce parking, et je ne me souviens plus de l’endroit exact parce qu’un abruti m’a rendu complètement hors de moi ! Je ne pensais pas que ce serait possible d’être plus fâchée contre toi que je ne l’étais mais je le suis, ça je peux te le jurer ! "

 

Loïs remarqua que Cassandra avait l’air déçue. Elle proposa rapidement d’aller faire un peu de pop corn. Elles acquiescèrent toutes, et elle se rendit aussitôt dans la cuisine. Le téléphone sonna et Mallory répondit, et s’aperçut, ennuyée, qu’il s’agissait de sa mère. Cassie décida de descendre chercher ce qu’elle avait oublier dans le coffre de sa voiture.

" Maman, si tu ne peux pas supporter de ne pas avoir un droit de regard sur la vie de papa, alors tu n’as qu’à lui demander de revenir ! "

Loïs, de son côté, mit le micro onde en route pour faire sauter du pop corn.

" C’est injuste que tu veuilles à tout prix avoir ton mot à dire alors que c’est toi qui a décider de divorcer ! "

Elle s’appuya contre l’évier en attendant le pop corn, et elle entendit les premiers bruits du maïs qui sautait dans le four.

" Tu tombes vraiment mal parce que j’ai des invités ce soir, mais même si vous ne pouvez pas sortir totalement de la vie de l’autre, c’est toi qui a décider de tout arrêter, alors laisse le vivre sa vie et n’essaye pas de l’empêcher de sortir avec cette femme. On en reparlera demain si tu veux, je passerai en fin d’après midi. Je t’embrasse aussi. "

Loïs revint dans le salon avec un saladier rempli de pop corn en même temps que Cassandra revint en brandissant une cassette vidéo.

" Les filles, j’ai beaucoup de frais en ce moments avec la discothèque, et toutes les rénovations, donc je n’ai pas pu faire venir un chippendale comme je l’avais décidé. "

" C’est un grand soulagement que tu sois en pleine rénovation ! " souffla Mallory.

" Mais ! " s’écria-t-elle. " Je ne suis pas du genre à me laisser abattre, et je suis tombée, par le plus grand des hasards sur ceci au vidéo club ! Vous saviez que les vidéos de strip-tease ça existait ? "

Loïs et Mallory se regardèrent en riant. Cassie glissa la cassette dans le magnétoscope et alluma la télé. Après un bref avertissement pour les mineurs, la vidéo commença, et à l’image du film " The Full Monty ", elles virent quelques hommes entamer un strip-tease. Elles éclatèrent toutes les trois de rire et si Cassandra n’avait aucun mal à se laisser séduire par la vue des hommes qui se déshabillaient, Mal et Loïs étaient plus gênées, mais n’en fermaient pas les yeux pour autant. La sonnerie de l’entrée retentit, Mallory allait se lever mais Cassie l’arrêta.

" J’y vais ! " Elle prit les télécommandes de la télé et du magnétoscope avec elle. " Et défense d’arrêter la cassette ! "

Les deux femmes restèrent donc devant l’écran à regarder la chorégraphie orchestrée pour ces hommes d’à peine 25 ans, tous terriblement beaux et au corps parfait.

" Je pense que ça ne me déplairait pas de me retrouver toute seule dans un coin sombre avec celui du milieu ! " dit Mallory.

" Mal ! " l’appela Cassandra.

Celle-ci tourna la tête et sentit ses joues devenir pourpre de honte.

" Bonsoir ! " dit Sam tout aussi gêné.

Cassandra fit les présentations avec Loïs.

" Mallory, où est la crème miracle dont tu nous parlais à l’instant ? Dans ta salle de bain ? "

Elle entraîna avec elle Loïs pour laisser Mallory et Sam dans le salon.

" J’ignorai que vous faisiez une petite fête ! " dit-il en regardant le poste de télévision. Mallory se leva aussitôt pour éteindre la télé.

" Oui, tu connais Cassandra. " Il hocha la tête en souriant. " Je ne m’attendais pas non plus à ta visite...tu excuseras l’état de l’appartement ! "

" Je viens te présenter mes excuses. "

" Ah oui ? " s’étonna Mallory.

" Pour l’autre soir. "

" C’est pas la peine, c’est oublié ! "

" Non, je suis vraiment désolé d’avoir agi comme je l’ai fait, et je ne cherchais pas à te vexer en le faisant, j’étais sincère quand je t’ai dit que je croyais que c’était ce que tu voulais. "

 

Dans la salle de bain, Cassandra s’était assise sur le rebord de la baignoire et Loïs s’adossait contre le mur en face d’elle.

" Qui est-ce ? " interrogea Loïs.

" Sam travaille à la Maison Blanche avec le père de Mal, c’est un très bon ami à moi. Il a failli sortir avec Mallory, mais elle a un caractère très difficile...Elle lui a mené la vie dure, et ça n’a pas marché. Mais ça, c’était avant que je prenne les affaires en main. "

Loïs sourit.

" Mallory ne t’en veut pas de te mêler de son histoire avec lui. "

" C’est triste à dire, mais elle ne se rend compte de rien. Mais il ne faut pas être devin pour voir la lueur dans leurs yeux quand ils sont dans la même pièce, tu n’es pas d’accord ? "

Elle haussa les épaules.

" Je crois que c’est plutôt clair. "

" Et bien pas pour eux. Sam est un garçon vraiment charmant et adorable, et sa vie sentimentale a été jusqu’ici un fiasco. Mallory, à part quelques hommes sans importance comme ce pauvre type de la CIA, n’a jamais rencontré l’homme parfait. Depuis que je les connais tous les deux, j’espère qu’ils vont finir par sortir ensemble, mais mes tentatives désespérées de les rapprocher n’aboutissent jamais à autre chose qu’un scandale et une forte engueulade. "

Loïs jetait des regards furtifs vers le miroir et refit sa coiffure, tout en écoutant parler Cassandra.

" Mais si ça n’a pas marché la première fois, pourquoi penses tu que la seconde sera la bonne ? "

" Ils se sont débrouillés comme des adolescents. Mal l’a invité à se rendre à l’Opéra, chose qu’elle n’aurait pas du faire. Outre le fait que Sam soit allergique à l’Opéra Chinois, il en a averti le père de Mallory. Et celui ci les a empêché d’y aller en donnant une petite surcharge de travail à Sam. "

Loïs eut l’air outrée.

" Quoi ? Il a usé de sa supériorité pour empêcher son employé de sortir avec sa fille ? "

" Oui, ça c’est vraiment rien comparé à ce que MON supérieur m’a fait enduré en tant qu’employée... " Elle roula des yeux. " Mais ceci est une toute autre histoire. "

 " Elle lui en veut toujours pour sa soirée avec Paul de la CIA ? "

Elle hocha la tête.

" Plus têtue qu’elle, tu meurs ! "

 

Mallory avait prié Sam de s’asseoir, mais il avait préféré garder son manteau, prétextant un départ imminent. Ils ne se regardaient ni l’un ni l’autre. elle lui avait poliment proposer de lui servir un verre d’élixir mais il avait refusé.

" Donc... " dirent-ils en même temps, et s’arrêtèrent aussitôt. Ils tenaient tous deux à laisser l’autre parler. Mais devant l’insistance de Sam, Mallory prit la parole.

" Tu travaillais tard ce soir ? "

" Oui, assez. " répondit Sam.

" Mon père t’en veut pour une chose que tu aurais faite ? "

" Pas que je sache. " Il sursauta tout à coup. " Tu lui as dit pour l’autre soir ? "

C’était plus une accusation qu’une interrogation en réalité. Elle se mordait les lèvres.

" Je ne lui ai pas réellement parlé de l’autre soir, mais je lui ai dit qu’on avait prévu de sortir ensemble ce soir, et donc il a sûrement eu envie de t’empêcher de... "

" Je vois le tableau ! "

A la mine peu réjouie de Sam, Mallory se sentit très peu fière d’elle.

" Je suis désolée. "

" On est quitte, dans ce cas. "

" Non, on ne l’est pas vraiment, parce que...c’est dur à dire...c’est vraiment à moi de te présenter des excuses, parce que j’étais vraiment contente que tu interrompes ma soirée avec ce type ennuyeux. "

" Tu as été odieuse...parce que... "

" Je ne sais vraiment pas pourquoi, je ne voulais pas avoir à te remercier de m’avoir sortie dans le pétrin où je me trouvais, et je suis encore plus navrée de t’avoir fait resté très tard ce soir...Mon Dieu, je suis une horrible personne...tu dois me détester...Pardonne moi, Sam... "

Sam ne répondit pas mais il la dévisagea, son visage ne laissait passer aucune émotion si bien qu’elle ne savait ce qu’il pensait. Ils étaient l’un et l’autre sur des fauteuils.

" Mallory, je veux bien admettre que je ne suis pas un homme parfait, et que je ne t’intéresse pas, mais je me demande bien ce que j’ai fait pour que tu m’en veuilles au point de me faire subir tout ce qui te passe par la tête. Je fais des efforts pour être plus comme tu voudrais que je sois, je fais tout pour que tu ne me vois plus comme ce type maladroit, gamin et complètement stupide. Si c’est cette histoire de visite guidée qui te reste en mémoire, je voudrais juste te signaler que j’ai appris par cœur pour toi tout l’historique de la Maison Blanche...Alors dis-moi juste une chose...y a-t-il quelque chose que tu attends de moi ? Ou bien tu veux juste te payer ma tête ? "

 

Loïs et Cassandra tendait l’oreille pour entendre ce qui se disait car il leur semblait que les voix s’étaient élevées. Mais il leur était à priori impossible d’entendre quoi que ce soit étant donné que la chambre de Mal séparait la salle de bain du salon. Toutefois, Cassandra pouvait deviner ce qui se disait.

" Mal, Mal, Mal...pourquoi es-tu toujours aussi cruelle avec les hommes ? "

" Pourquoi avoir instaurer ce petit jeu de celle qui sortira avec un maximum d’hommes en une semaine ? "

La réponse n’était pas évidente, car Cassie réfléchit maintes fois avant de répondre.

" Moi j’ai toujours été attirée par les hommes, et j’ai toujours préféré sortir avec un grand nombre pendant que je suis jeune plutôt que de le faire à 50 balais. Mais pour Mal, c’est différent. Je voudrais qu’elle se rende comte que sortir avec des minables ça ne lui apporteras rien, alors qu’elle a un type super qui ne lui dirait pas non si elle acceptait de sortir avec. "

" Sam ? "

Elle hocha la tête.

 

" Je ne sais pas pourquoi je suis comme ça...je ne sais pas pourquoi j’ai toujours ce besoin de faire quelque chose que je regrette après, comme te faire des coups espiègles, mais je te jure que je m’en veux. Sam, s’il y a un moyen de me faire pardonner, je suis prête à le faire, demande moi ce que tu voudras, parce que je m’en sens mal...coupable...impardonnable... "

" Il y a bien un moyen. " Mal tendit l’oreille. " Laisse moi te prouver ce que je suis. "

" C’est stupide, Sam, je sais ce que tu vaux, je n’en ai jamais douté. "

" Laisse moi tenter ma chance. "

Mallory le regarda, baissa les yeux sur le carrelage, puis le fixa de nouveau dans les yeux.

" Je ne comprends pas très bien ce que tu attends de moi... " hésita Mallory.

" Je te demande juste de me donner ma chance, de me laisser te prouver que je vaux amplement le type de la CIA avec qui tu as dîné l’autre soir. "

" Tu n’as rien à me prouver, Sam. " Elle soupira. " Mais si c’est ce que tu veux pour que je me fasse pardonner, alors, je te donne volontiers ta chance. Je veux dire...jusqu’à maintenant, on a un peu joué au chat et à la souris...et j’ai dit que je ne te laisserai pas prendre les rennes...mais...tu vois...enfin... "

" Tu me laisse le bénéfice d’essayer ? "

Mallory hocha la tête en souriant discrètement, en haussant les épaules.

Cassandra sortit de la chambre et se dirigea dans la cuisine. Elle revint avec quatre flûtes de champagne et la bouteille qu’elle avait fait mettre au frais auparavant. Loïs l’aida à remplir les coupes et elle en tendit à Sam et Mallory. Ceux ci étaient restés assis sur leur canapé respectif, plus ou moins surpris que Cassie ne débarque avant la fin de leur discussion.

" Alors, c’est pour quoi cette bouteille ? " demanda la jeune femme rousse.

Cassandra leva son verre.

" Et bien pour différente choses. Tout d’abord, je voudrais vous annoncer que le Diamond Dogs ouvrira ses portes le mois prochain et que vous êtes tous les trois invités à venir célébrer la pendaison crémaillère. "

" Super ! Fantastique ! " s’écrièrent-ils.

" Et je voudrais aussi porter mon verre à notre nouvelle amie qui a passé avec succès cette épreuve intitulée ‘passer une soirée avec Cassandra Adams’ ! A Loïs qui a eu le cran d’affronter la femme fatale que je suis ! "

Ils se mirent à rire tous les trois et Loïs fut agréablement surprise qu’on lève son verre en son honneur.

" Et enfin, je lève mon verre pour mes deux meilleurs amis... "Elle regarda tour à tour Sam et Mallory. " Je souhaite pour eux qu’ils ouvrent les yeux un peu plus souvent ! "

Personne ne répondit, ils se contentèrent de sourire timidement tous les quatre.

Mallory se proposa de porter un toast à son tour.

" Alors, à vous, mes amis, à toi Cassie, pour ton audacieuse entreprise, en espérant qu’elle te portera chance et que tu obtiendras ce que tu souhaites depuis toujours. A Loïs, une personne que je regrette de ne pas avoir connu plus tôt. Et à Sam, à qui je fais les plus plates excuses qui soient. A notre amitié à tous ! "

" Santé ! "

" Et aux amours ! " dit malicieusement Loïs.

 

 

Ecrit par spleen, a 18:25 dans la rubrique "lecture".
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episode 1
Les bips incessants du réveil matin emplissaient la pièce encore sombre. La main de la jeune femme sortit de sous la couette qui couvrait encore son visage. Elle alla appuyer lourdement sur le réveil qui s’arrêta instantanément. Elle repoussa ses draps et frotta ses yeux pour tenter de se réveiller. Elle s’étira longuement et posa ses pieds sur le carrelage froid. Elle frotta ses bras pour réprimer un frisson. Elle attrapa le gilet en laine qui traînait sur le bord du lit et l’enfila en se levant. Elle passa une main dans ses cheveux tout en ouvrant la porte qui donnait sur sa salle de bain. Un chat se faufila dans l’embrasure de la porte et vint frôler ses jambes nues. Elle appuya sur l’interrupteur, et la pièce lui apparut plus claire. Elle s’approcha du lavabo et se regarda dans la glace. Ses cheveux roux étaient en bataille, ses yeux difficilement ouverts, mais son regard restait vif. Elle détourna la tête du miroir et se dirigea vers la douche où elle ouvrit le robinet d’eau chaude le plus qu’elle put. Elle ôta son gilet et sa chemise de nuit et se glissa derrière le rideau de douche.

Dans son salon, son téléphone se mit à sonner plusieurs fois jusqu’à ce que son répondeur se mette en route.

" Bonjour, vous êtes bien sur le répondeur de Mallory O’Brien. Merci de laisser un message après le bip. "

Lorsque le bip sonore retentit, une voix de femme se fit entendre.

" Pas encore debout, la belle au bois dormant ? Rappelle moi pour savoir où on se retrouve à midi ! Ciao ! "

Mallory sortit de la salle de bain dans un peignoir et les cheveux enrubannés dans une serviette blanche. Elle remarqua aussitôt le voyant rouge qui clignotait sur le téléphone posé sur la petite table du salon. Elle appuya rapidement et écouta le bref message. Elle prit le combiné du téléphone et composa un numéro.

" On est destinées à parler par répondeur interposé aujourd’hui ? Bon, je serai à midi au Petit Café Français ! Salut ! "

Un autre chat sauta sur le canapé et en passant, elle glissa la main le long de son dos et attrapa sa queue. Elle se rendit dans la cuisine et se servit du café dans une tasse. Elle prit une orange dans le réfrigérateur et s’assit devant la télévision.

" C’est aujourd’hui que le Président Bartlet donnera son accord sur le projet de loi de Finances qui devrait venir remettre en cause le fondement même de la démocratie aux dires de son attachée de presse. Celle-ci n’a pas hésité à déclarer au journalistes que Josiah Bartlet se verrait dans l’obligation de tenir les promesses que nombre de Président n’ont su jusqu’alors tenir. "

La jeune femme rousse terminait sa gorgée lorsqu’un sourire se dessina sur son visage.

" Bien dit C.J. ! "

Elle posa sa tasse et retourna dans la salle de bain où elle se sécha rapidement les cheveux et se maquilla légèrement. Dans sa chambre, elle sortit quelques vêtements d’une armoire et s’habilla hâtivement. Elle avait à peine boutonné sa chemise que son téléphone sonnait de nouveau. Elle se précipita dans le salon et décrocha aussitôt. La télévision diffusait des images de C.J. Cregg, l’Attachée de Presse du Président des Etats-Unis.




GENERIQUE




Au sortir de sa voiture qu’elle gara dans une rue adjacente à l’école où elle travaillait, Mallory O’Brien emprunta une rue bondée de monde. Elle tourna au coin et traversa sur les passages piétons. Elle faisait face à une immense porte en bois, ouverte, donnant sur une grande cours remplie d’enfant. Elle leva les yeux et lut le nom de l’école gravé dans la pierre. Clearlake. Des parents entraient dans la cours, tenant fermement la main de leurs enfants, paniqués par ce premier jour d’école. Mallory tenait quant à elle son porte-documents marron. Ces premières secondes devant son lieu de travail lui suffisaient à se remettre dans l’esprit de la jeune et sévère institutrice. Elle franchit le seuil de l’école non sans une certaine appréhension. Une sorte de boule à l’estomac, comme pour ses élèves. Elle vivait l’angoisse du premier jour. Et surtout, elle se rappelait qu’enfant, le jour de la rentrée signifiait se séparer pendant des jours de ses parents. Elle se retrouva finalement au centre de la cours, entourée d’enfants qui jouaient en petits groupes, tandis que les parents partageaient déjà leurs premières impressions. Elle se dirigea automatiquement vers la salle des professeurs en empruntant un couloir calme. Au détour, elle manqua de heurter un homme. Elle fut surprise et découvrit les traits de la personne face à elle. Un homme brun, ténébreux, d’âge mûr. Il portait un élégant costume. Des lunettes.

" Monsieur Rendell ! " dit Mallory pour saluer son supérieur.

" Mallory ! Combien de fois vais-je devoir vous dire de m’appeler Norman ? " demanda-t-il avec un sourire charmeur.

" Je tenterai de m’en souvenir, Monsieur. "

" Vous alliez prendre un café, je supposes ? "

" Oui, j’allai…prendre un café dans la salle des professeurs… " répondit Mallory en tentant de masquer son air mal à l’aise.

" Très bien ! Nous aurons l’occasion de nous revoir, et pourquoi pas de prendre un verre, un de ces soirs ? "

" Oui, pourquoi pas ! Je dois y aller ! " s’excusa-t-elle.

Elle poursuivit son chemin, soulagée d’avoir mis fin à cette conversation. Norman Rendell était le directeur de Clearlake. Depuis cinq ans que Mallory exerçait dans cet établissement, elle n’avait jamais connu un directeur plus insouciant que lui. Le premier directeur de l’école avait pris sa retraite, au grand damne de Mallory, une femme avait pris sa place. Et bien que dérangée psychologiquement, elle savait gérer un système scolaire. Partie en dépression, c’est Rendell qui la remplaça. Hélas…cet homme n’avait aucune idée de ce que le mot " éducation " pouvait signifier. Il aurait été incapable de dire à quel jeu jouaient les enfants s’ils les avaient surpris lançant un caillou dans la case " ciel " d’une marelle. Sans aucun atome crochu avec des personne de mois de 21 ans, chacun se demandait ce qu’il pouvait faire dans une école. Exercer une autorité souvent bafouée ? Profiter des femmes qui venaient chercher leurs enfants à la sortie ? Personne ne pouvait le dire. La seule chose que Mallory pouvait affirmer, c’est qu’elle était très mal à l’aise en sa présence.

Elle poussa la porte de la salle des profs et adressa un " bonjour " à l’ensemble des instituteurs déjà présents, n’attendant que l’heure de rejoindre leur classe. Mallory était institutrice de CM2 et adorait l’école Clearlake. Hormis peut-être son directeur et l’instituteur de CM1 dont la classe faisait face à la sienne. La salle des professeurs n’avait absolument pas changé durant les vacances d’été. Les même tables, les même chaises, la même disposition des meubles, des quelques meubles, la machine à café à l’entrée, et une série de casier dans le fond. Le sien était au même emplacement que l’année précédente. Elle l’ouvrit, anxieuse de découvrir quelque chose à l’intérieur. Mais il était vide. Ne demandant qu’à être rempli. A côté d’elle, une jeune femme brune vint ouvrir son casier. Mallory la regarda discrètement, sans dire un mot. Elle rangeait en même temps les quelques livres et affaires personnelles qu’elle avait ramené. Un paquet de bonbons, une boîte de sachets de thé, des stylos, des paquets de mouchoirs. Elle le referma soigneusement et s’adressa à la jeune femme à côté d’elle.

" Bonjour ! "

Celle ci tourna la tête vers Mallory, et sans que l’expression de son visage ne change, elle répondit de même. Mallory n’en fut pas surprise. Loïs Duncan n’était pas du genre bavarde, ni même souriante. Lorsqu’elle adressait la parole à un collègue, c’était rarement pour être gentille. Elle avait souvent des commentaires vexants, des remarques froides. Plus personne ne tentait d’ailleurs de lui adresser la parole de peur d’être rembarré automatiquement.

A 8 heures 45, les élèves, suivis de près par leurs parents se rangeaient deux pas deux devant une ligne tracée sur le sol, avec le nom de leur classe indiquée. Leurs instituteurs après avoir fait l’appel et remercier les parents, emmenaient les enfants dans leurs classes respectives. Mallory ne dérogea pas à la règle. La seule différence était que les classes de CM2 étaient des habitués de l’école, qu’ils avaient pour la plupart fréquenté depuis la maternelle. Elle se mit devant la rangée parfaite d’élève et leur fit signe d’avancer. Ils la suivirent silencieusement dans les couloirs jusqu’à leur classe qu’elle ouvrit au moyen de sa clé. La salle était claire et lumineuse, de nombreuses fenêtres laissaient entrer la clarté du jour. Les murs blancs étaient encore dépourvus de décorations, de cartes ou de dessins. Le tableau noir avait été nettoyé et paraissait neuf. On sentait encore l’odeur du nettoyant pour le sol. Elle regagna son bureau où elle posa son porte-documents. Elle vit ses élèves prendre place où ils le souhaitaient et en profita pour retirer son manteau qu’elle accrocha dans un recoin de la pièce. Elle fit un pas en avant et demanda le silence.

" Bonjour à tous ! Je suis Mademoiselle O’Brien, et je serai votre institutrice cette année. Pour commencer, je vais vous donner une feuille que nous allons remplir, qui va me permettre d’apprendre à mieux vous connaître. Je vais mettre un petit peu de temps avant de retenir tous vos noms, alors on va fabriquer une petite fiche que vous laisserez sur le coin de votre table avec votre nom écrit dessus. "

Pas une fois depuis qu’elle enseignait, elle ne s’était demandé si elle avait fait le bon choix. Elle n’avait jamais douté qu’elle puisse être faite pour autre chose qu’enseigner à des enfants. Elle avait un instinct très particulier en ce qui concernait ce sujet. Elle ne se souvenait pas non plus avoir connu de cas difficiles d’enfants. Toutes ses classes avaient été remplies d’élèves polis et volontaires. Elle se demandait parfois si ces jeunes repenseraient à elle lorsqu’ils auraient leur diplôme, que les uns iraient à Harvard, les autres chercheraient un travail pas trop mal payer pour subvenir à leurs besoins. Elle arrivait à imaginer n’importe quel scénario pour chacun de ses élèves dont elle n’avait jamais oublié un nom. Peut-être avec le temps, devrait-elle se résoudre à admettre qu’elle ne pourrait plus se souvenir de la première classe à laquelle elle avait enseigné. Mais pour le moment, elle tentait de mémoriser les nouveaux noms de sa classe pendant qu’elle les occupait à rédiger le récit de leurs vacances d’été. Elle se surprit à se remémorer ses vacances qui n’avaient rien de très palpitant. Elle était allée une semaine sur la côte Pacifique avec sa meilleure amie, puis elle avait eu l’occasion de suivre son père dans quelques uns de ses déplacements à travers le pays. La sonnerie la tira de ses rêveries et elle laissa les élèves sortir. Ceux-ci refermèrent aussitôt leur cahier et se ruèrent à l’extérieur pour aller déjeuner. Mallory suivit le mouvement et s’assura que tout le monde avait quitté la pièce avant de refermer derrière elle. En enfonçant la clé dans la serrure, elle remarqua que la porte des CM1, juste en face de sa classe, était encore grande ouverte. Elle en fut surprise. Tom Philips était du genre à faire sortir ses élèves cinq minutes avant l’heure pour ne pas être pris dans les embouteillages à l’heure du déjeuner. Tom était un instituteur avec qui elle n’avait jamais pu s’entendre. Il était trop vaniteux et bien trop imbu de lui même pour pouvoir impressionné Mallory. Intriguée, celle-ci s’avança vers la porte et regarda discrètement à l’intérieur. Assis à son bureau, elle s’attendait à voir le vieux Tom, la coupe de cheveux dégarnie, les vêtements à la limite d’être troués par les mites. Mais elle dut s’y reprendre à deux fois avant de s’apercevoir qu’il ne s’agissait pas de celui auquel elle songeait.

" Oui ? "

Le jeune homme l’interpella lorsqu’il la vit sur le pas de la porte. Elle bredouilla sous l’effet de la surprise.

" Euh…je m’attendais à voir…je suis la classe en face…et, je croyais que… "

" Tom Philips ? " demanda-t-il en souriant.

" Oui ! " dit-elle en hochant la tête.

Il se leva et s’approcha d’elle, les mains dans les poches. Il était grand et élancé, une chevelure brune et un grand regard envoûtant. Elle crut desceller un accent mais ne jura de rien.

" Yrsan Haendel, je remplacerai Monsieur Philips cette année ! "

" Mallory O’Brien, les CM2 d’en face… " dit-elle en lui serrant la main. " Et, Monsieur Philips ? "

" Il a prit une année sabbatique. "

Elle n’aurait pu dire de quelle région d’Europe il venait, mais de toute évidence, il n’était pas Américain. Il avait beaucoup de charme et le simple fait de l’avoir pour voisin de classe à la place de Tom Philips la comblait.

" Je suis très étonnée " commença-t-elle. " J’ignorai que nous avions un nouveau venu dans l’établissement. "

" Pour tout dire, je le suis autant que vous ! Ce poste tombe à pic, je viens d’arriver à Washington. "

Séduite par son sourire, Mallory lui proposa aussitôt son aide s’il en avait besoin. Pour se repérer en ville, trouver un logement, ou simplement s’y retrouver au milieu de l’école. Il la remercia et elle se retourna avec hésitation. Elle craignait qu’en lui tournant le dos il disparaisse pour céder sa place à son ancien collègue. Un instant, elle espéra que son année sabbatique lui plairait assez pour qu’il prenne sa retraite. Mais il lui restait sûrement deux ou trois ans avant d’arriver à l’âge légal qui lui permettait de cesser ses activités. Elle secoua la tête et quitta le bâtiment principal. Le vent était déjà très frais en ce début septembre, elle ne s’éternisa pas et hâta le pas pour rejoindre le café où elle se rendait pour déjeuner. A quelques pas de l’école, peut-être deux ou trois pâtés de maison, se tenait un petit endroit sympathique nommé le Petit Café Français. L’ambiance était agréable et les gens serviables. C’était souvent un point de rendez vous avec sa meilleure amie.

Lorsqu’elle poussa la porte, elle parcourut rapidement la salle des yeux. Encore trop vide pour une heure d’affluence, elle aperçut sans mal une jeune femme brune, assise près d’un radiateur. Elle était concentrée sur un papier posé sur la table, et elle ne se rendit pas compte que Mallory venait d’arriver. Elle eut le temps de retirer son manteau avant que son amie ne leva les yeux. Elle ôta ses lunettes qui lui donnaient un air strict et qui durcissaient les traits de son visage.

" Je te fais la promesse que je vais le tuer avant la fin de l’année ! "

La jeune femme gardait un air des plus sérieux en vociférant ses menaces contre un homme dont elle tut le nom.

" Qu’est-ce qu’il a fait encore ? " demanda Mallory qui savait exactement de qui elle parlait.

" Mademoiselle Adams, et si vous jetiez un œil aux prévisions que vous aviez fait l’an dernier, et les compariez avec les chiffres actuels ? Vous ne trouvez pas qu’il y a une marge trop importante pour être négligée ? Bien sûr Monsieur le Directeur. Et vous en profiterez pour retaper l’exercice comptable du mois de Juin, je me suis aperçu qu’il manquait des chiffres. Bien sûr Monsieur. Oh, et vous m’apporterez un café avec un sucre et un nuage de lait, si vous sortez déjeuner bien sûr. "

Mallory avait envie de sourire car la situation qu’elle imaginait, racontée par Cassandra était risible. Mais elle savait que son amie était exploitée depuis des années par son patron.

" Avant que tu commettes quelque chose de déraisonnable, pourquoi tu t’obstines à rester dans cette boite ? "

" Tu en connais beaucoup des boites qui engagent des filles comme moi qui n’ont pas de diplômes ? Qui ont appris sur le tas ? Je me retrouve à la rue si je quitte mon boulot. "

" Cassie, te connaissant, je suis sûre que tu as passé ces quatre dernières années à économiser comme une malade. Pourquoi tu n’ouvres pas ta propre boite ? "

Elle la regarda avec de grands yeux. Non pas qu’elle fut étonnée, ce n’était pas la première fois que Mallory y fit allusion, mais elle se demandait surtout si son amie avait toute sa raison et une idée de ce que cela impliquait.

" Mes économies ne suffiraient pas de toute façon. "

" Fais appelles à une banque, ça pourrait te servir ! " Elle prenait à présent un ton railleur. " Tu vas faire la tête tout la journée ? "

" Comment ça s’est passé toi ? "

Cassandra et Mallory se connaissaient depuis longtemps. Peut-être toujours. Personne d’autre qu’elles ne pouvaient savoir ce que l’autre ressentait. Elles étaient autant semblables que complémentaires. Mallory était la plus sage et la plus sensée. Cassandra était rebelle et insouciante. Et Mallory ne croyait pas à son histoire mélodramatique de perdre son toit si jamais elle quittait l’entreprise qui l’employait. Elle travaillait comme expert comptable et le plus fou dans tout cela, c’est qu’elle n’avait jamais suivi d’étude. Elle avait menti sur son CV et avait été engagée quelques semaines après. Par chance, elle trouva une personne de l’entreprise qui accepta de lui montrer tout ce qu’elle avait à savoir et en moins de trois mois, elle avait assimilé tout ce qu’elle avait à faire. Elle avait suivi des cours de comptabilité express le soir, mais jamais personne ne sut qu’elle avait trafiqué son curriculum.

Mallory eut soudain un petit sourire qui laissa présager à Cassandra qu’elle allait lui parler d’un homme.

" Il y a un nouvel instit à Clearlake ! " Cassie prit un air très intéressé. " Il s’appelle Yrsan Haendel, je pense qu’il vient d’Europe de l’Est ou quelque chose comme ça, et je crois qu’il faut absolument que tu le rencontres. "

" Mon type ? " questionna Cassandra innocemment. Mallory hocha la tête. " A quelle heure tu finis ? "

" Cet après-midi, je dois aller voir mon père. Mais viens vendredi, je m’arrangerais pour te le présenter ! "

Sa déception ne dura pas quand elle entendit que Mallory comptait aller voir son père.

" Vraiment ? "

" Oui. " dit Mallory sur un ton neutre. Elle observa son amie suspicieusement.

" A la Maison Blanche ? "

" Oui. " Elle fit mine de ne pas comprendre ses allusions.

" Parfait ! " sourit-elle.

Le père de Mallory était un des hommes les plus en vus de Washington, DC. Il était le Secrétaire Général de la Maison Blanche. Pour ceux qui se demanderaient ce que ce poste impliquait, elle leur répondrait qu’il dirigeait l’Etat Américain. C’était le second du Président des Etats-Unis, son meilleur ami aussi. Les plus grandes décisions qu’il devait prendre étaient d’abord examiner par Leo McGarry, l’un des hommes les plus craints dans le monde politique de Washington. Et Mallory était extrêmement fière de tout ce que pouvait faire son père. Elle avait des rapports avec lui qui dépassaient de loin ceux qu’elle entretenait avec sa mère, qu’elle admirait beaucoup pourtant. Mais pour une raison qu’elle ne pouvait cerner, c’était vers son père qu’elle se tournait, quand elle avait besoin de réconfort, de conseils, ou juste de câlins. Elle était encore une petite fille quand elle entrait dans le bureau de son père et qu’elle allait se blottir dans ses bras. Et parfois, elle souhaitait qu’il la voit comme une femme et qu’il cesse de l’importuner avec les hommes qu’elle fréquentait.

Elles parlèrent du week-end qu’elles envisageaient de passer tout en déjeunant tranquillement lorsqu’une sonnerie de portable retentit. Cassandra prit son sac à main et en sortit le téléphone.

" Cassandra Adams ? " Mallory la vit qui roulait des yeux. Cassie fit mine de soupirer. Son regard ne trahissait pas l’état dans le quel elle se trouvait. Elle prit sa fourchette, et la planta cruellement dans sa viande. Elle regarda Mallory dans les yeux et l’incita à lire sur ses lèvres. " Je démissionne ! "

Mallory leva son verre pour saluer son geste. Elle sourit et but une gorgée d’eau.



La salle était calme et silencieuse. La plupart avait déjà quitter l’établissement. Rares étaient ceux qui restaient un peu, en particulier le premier jour, pour travailler. La raison pour laquelle elle décida de rester, était que son père était en rendez vous jusqu’à trois heures. Elle préférait lire que de poireauter dans le bureau de Margaret, la secrétaire de Leo McGarry. Loïs Duncan entra silencieusement. Mallory la suivit des yeux. C’était étonnant d’ailleurs la façon dont elle se voyait intriguée par cette femme. Elle essayait de comprendre ce qui en elle, motivait tant de méchanceté. Loïs ouvrit son casier et y déposa un livre.

" Ca s’est bien passé ? " demanda Mallory en essayant de paraître aimable.

" Qu’est-ce que tu insinues ? " s’exclama Loïs sur la défensive.

" Rien du tout ! " la calma Mallory. " Je suis toujours très impressionnée le premier jour, alors je me disais… "

" Tu te disais sans doute que je fous la trouille aux enfants dès le premier jour ? Que je suis agressive avec eux ? Tu crois que je ne sais pas ce qui se dit sur moi lorsque je ne suis pas là. Loïs ceci, Loïs cela…Vous, si parfaits, si formidables en tous points ! "

Mallory ouvrit de grands yeux d’étonnement.

" Enfin, je ne vois pas de quoi tu parles ! Je voulais juste savoir si tu avais passé une bonne journée ! "

" Mais pourquoi voudrais tu le savoir ? Personne ici ne s’intéresse aux autres ? Et encore moins à moi ? Qu’est-ce que ça peut te faire que cette journée se soit bien passée ou non ? Tu es comme les autres, tu attends que je fasse un faux pas pour qu’on puise enfin me foutre à la porte. Laisse moi te dire une chose Mallory, je n’ai peut-être pas mon père derrière moi, et sans doute pas la même somme sur mon compte en banque mais ce n’est pas ce qui m’empêchera d’exercer mon métier. Tu m’entends ? "

Mallory avait une répartie qui épatait bien souvent les gens. Et depuis toute petite, elle avait le don de se défendre dans toutes les situations. Les hommes politiques, sénateurs, hommes du Congrès, avocats, qui venaient chez elle voir son père lorsqu’elle était enfant, s’étonnait de voir les facilités qu’elle avait à débattre de n’importe quel sujet. Mais étrangement, elle resta sans voix devant sa collègue. Loïs prit ses affaires et sortit aussi silencieusement qu’elle était entrée. Mallory secoua la tête.

Loïs et Yrsan se croisèrent dans le couloir. Elle allait d’un pas décidé vers la sortie, il recherchait péniblement la salle des professeurs.

" Excusez-moi… "

" Quoi ? " demanda-t-elle excédée.

" Oh, rien, je vous pris de m’excuser. " répondit calmement Yrsan.

Elle s’arrêta et chercha quelque chose à fixer sur le sol pour détourner son regard de celui du jeune étranger.

" Non, c’est moi. Vous cherchez quelque chose ? " Il hocha la tête et lui demanda de lui indiquer la salle des profs. " Vous la trouverez au bout du couloir, la porte sur la droite. "

" Merci " sourit-il.

Elle se retourna sur ses talons et repartit sans dire un mot. Yrsan la suivit des yeux alors qu’elle se dirigeait vivement vers la porte. Etrange jeune femme, pensa-t-il. Très étrange. Il tenta de la chasser de son esprit pour se concentrer sur sa recherche jusqu’alors peu fructueuse. Mais son image fragile restait ancrée. Il aurait juré avoir vu une larme au coin de son œil. Etrange mais charmante.

Mallory resongea à sa journée dans sa voiture. Alors que d’autres avaient besoin d’écouter les infos ou de la musique, elle préférait passer en revue ce qu’elle avait fait. Et le point le plus important qui revenait irrémédiablement était son altercation avec Loïs, qu’elle aurait préféré éviter. Elle se remémora aussi sa rencontre intéressante avec Yrsan, le très mystérieux Yrsan. Il était arrivé dans la salle des profs peu après que Loïs l’ait quittée en trombes. Il s’était installé à une table, dans un coin en retrait, et il avait ouvert un livre, et y resta plongé jusqu’à ce que Mallory s’en aille. Les premières journées d’école étaient toujours riches en émotion, mais elle n’imaginait pas que cette journée là serait si remplie. Elle se gara sur le parking de la Maison Blanche, une place qui était sans aucun doute réservé au personnel, mais vide à quinze heures trente. Elle la fit sienne. Elle vérifia que son badge d’entrée était bien dans son sac et sortit de la voiture en ajustant les mèches de ses cheveux. Elle voulait paraître parfaite aux yeux de son père. Et des gens qui travaillaient avec lui.

Elle jeta un dernier regard dans la vitre de sa voiture pour s’assurer qu’elle était présentable et elle se dirigea à vive allure vers la grande bâtisse blanche qui avait servie de résidence aux plus grands Présidents. C’était un honneur que de pouvoir entrer à la Maison Blanche en tendant un simple bout de carton. Ce qu’elle fit en entrant. Le garde posté à l’entrée ne fit aucune difficulté, il connaissait Mallory qui venait fréquemment en visite. Elle connaissait par cœur les différents couloirs et se sentait un peu comme chez elle. C’était très impressionnant de se retrouver dans le bureau mitoyen à celui de l’homme le plus puissant des Etats-Unis, mais d’un autre côté, elle le connaissait bien avant qu’il ne devienne Président. Josiah Bartlet était un très vieil ami de la famille. Elle avait grandi aux côtés de ses filles, ou presque. Elles passaient souvent des vacances ensemble, et leurs pères étaient amis depuis des années. Mais le protocole l’exigeant, Mallory n’était tenue à aucun traitement de faveur. Elle ne s’adressait pas à l’homme chez qui elle passait ses vacances d’été mais bel et bien au Président. Avant de pouvoir rentrer dans le bureau de son père, elle devait passer par le bureau de sa secrétaire, Margaret. Celle-ci était au téléphone lorsqu’elle aperçut Mallory à qui elle fit un grand sourire de bienvenue.

" Bonjour Margaret ! Il est là ? " demanda-t-elle après qu’elle ait raccroché.

" Il vous attend ! " dit-elle en pointant la porte. Mallory la remercia et alla vers la porte. Elle l’ouvrit en tendant une oreille pour s’assurer qu’il n’était pas en réunion ou quoi que ce soit.

" Papa ? "

" Entre mon Chaton ! "

Elle se faufila à l’intérieur de la pièce et le trouva, comme elle l’imaginait, à son bureau. Il se leva immédiatement et vint la serrer dans ses bras.

" Comment ça s’est passé à l’école ? " s’enquit-il d’un ton concerné.

" Bien ! Il ne s’est rien passé d’inhabituel, c’était une rentrée comme une autre, mais c’était bien. Sur quoi tu travailles ? "

" Rien qui n’augure qu’on ne se disputera pas si je t’en parle ! "

" J’ai reçu le message ! " Elle attendit quelques instants. " Ca fait longtemps qu’on n’a pas dîner ensemble, ça te dirait de venir à la maison demain soir ? Je te ferai ce que tu aimes ! "

Leo remit ses lunettes et se retourna pour regarder furtivement son agenda.

" Ca tombe plutôt mal demain, mais jeudi, ce serait parfait ! "

Ils échangèrent un sourire qui confirmait le rendez vous. Margaret entra en frappant légèrement sur la porte.

" Je suis désolée Leo. " Elle se tenait droite devant Mallory qui regardait son père.

" Qu’est-ce qu’il y a ? "

" Le Président vous réclame dans la salle des Fresques. "

" Notre rendez-vous s’arrête là, je crois ! " soupira Mallory. Elle s’approcha de lui et lui fit une bise sur la joue. " On se voit jeudi ? "

" Sans faute ! " s’écria Leo.

Il sortit par l’une des trois portes de son bureau et après avoir glisser un regard complice à Margaret, elle sortit par la même porte qu’il avait emprunté. Elle hésitait quelque peu à faire ce qu’elle avait dans la tête, mais après tout, elle était sur place, et cela n’avait rien d’extraordinaire de s’arrêter dire bonjour à un ami. Elle se rendit ainsi en suivant les couloirs dans les bureaux de la Communication. Elle ne vit personne hormis les secrétaires. Les bureaux du directeur de la communication et de son adjoint était tous les deux fermés. Une femme en tailleur l’interpella.

" Bonjour Mallory ! "

" Salut Ginger ! " répondit-elle. " Il est là ? "

Ginger, montra la porte de droite d’un signe de tête et Mallory s’en rapprocha pour donner trois coups très brefs. Une voix pleine d’assurance lui indiqua d’entrer. Ce bureau était celui de Sam Seaborn, le directeur adjoint de la communication. Elle ne fut pas plus étonnée que pour son père de le voir, les lunettes sur le nez, taper avec ardeur le prochain discours du Président. Pour rien au monde elle n’aurait voulu le couper dans son élan. Il avait un air concentré qui la fit sourire. C’était un malade du travail. Il n’aurait pu se défaire d’une tâche qu’après l’avoir totalement exécutée.

" Salut Sam ! "

" Mallory ! " s’étonna-t-il. " Quelle bonne surprise ! Qu’est-ce qui t’amène ? "

" Je suis juste venue voir mon père, alors j’en ai profité pour te dire bonjour. "

" C’est très gentil ça ! Tu veux t’asseoir ? " proposa-t-il.

" Non, merci. Je ne vais pas te déranger, tu dois être débordé, comme toujours. Tout va bien pour toi ? "

" Très bien, débordé de travail, mais tu sais, ça n’a rien de surprenant, je travaille pour le Président !"

" Oui, j’en ai un vague souvenir, mon père me le rappelle assez souvent. "

Elle le vit soudain changer d’expression.

" Au fait, j’ai eu un coup de fil de Cassandra ! " s’exclama-t-il.

" Vraiment ? Que voulait-elle ? " Si sa voix masquait sa surprise, on pouvait la lire sur son visage.

" Elle avait un projet pour lequel je devais lui donner mon avis, et elle m’a également demandé si je serais prêt à lui prêter une somme d’argent assez…importante. Tu es au courant ? "

" Pas du tout. " Elle fit une pause. " Enfin, c’est moi qui lui ai suggérer de quitter sa place ce midi, je ne pensais pas qu’elle allait créer son entreprise aujourd’hui. Elle n’écoute jamais rien, je suis pour le moins perplexe qu’elle ait enfin écouté le conseil que je lui donne depuis des mois pour ne pas dire un an. "

" Tu devrais aller la voir, et voir ça avec elle, je ne voudrais pas te donner des infos erronées. "

" D’accord ! " dit-elle en souriant. " Je te laisse avec ton ordinateur ! "

Sam lui fit un petit signe de la main et elle quitta son bureau en refermant la porte derrière elle. Elle ne put s’empêcher de penser à sa réaction lorsqu’il lui avait annoncée que Cassandra lui avait demandé de l’argent. A dire vrai, elle n’en revenait. Même si Cassie et Sam étaient amis, elle aurait très bien pu lui prêter elle même. Peut-être pas la totalité. Mais elle aurait également pu faire appel à une banque. Sam n’avait pas l’air plus bouleversé que ça de devoir lui avancer la somme en question. Même si elle ignorait le montant de la somme en question ! Elle ressortit de la Maison Blanche en pensant à sa meilleure amie et en entendant son portable retentirent, elle sut qu’il s’agissait d’elle.

" Je sors du bureau de Sam ! " lui annonça-t-elle.

" Comment va-t-il ? " la questionna Cassie.

" Tu dois le savoir aussi bien que moi étant donné que tu l’as eu au téléphone ! ". Des reproches dans la voix ?

" Ah, ça ? ! ? ! Moi je parlais plus de la tête qu’il a fait lorsqu’il t’a vu ? Il n’a pas bafouillé, il ne t’a pas regardé fixement, la bouche ouverte, un filet de bave au coin des lèvres… "

" Tu es ignoble, et tu ne sais pas de quoi tu parles ! "

" A d’autres ma chérie ! " la taquina Cassandra. " Bon, je suppose que tu veux savoir de quoi on a parlé ? "

" Il me l’a dit plus ou moins. "

" D’accord, alors écoute moi, retrouve moi à la maison à 18h00 et je te montrerai quelque chose, à tout à l’heure. "

Elle raccrocha avant que Mallory n’ait eu le temps de lui poser une question qui lui brûlait les lèvres. Elle avait une longue plage de temps libre devant elle, elle décida d’aller à la bibliothèque chercher quelques ouvrages. Elle ne s’attendait pas à tomber sur la personne qu’elle aperçut à peine entrée dans l’allée principale de la bibliothèque, mais elle décida qu’elle ne trouverait jamais d’autres occasions que celle-là pour l’approcher. Elle était à quelques pas de la chaise où elle était assise. Elle chuchota pour ne pas gêner les gens autour d’elles.

" Loïs ? " La jeune femme en question leva les yeux vers Mallory. " Je t’ai vue en arrivant, je me suis permis de venir un instant. Ecoute, tout à l’heure, je n’avais pas de mauvaises intentions en te demandant comment s’était passé ta journée. Je trouve ça normal qu’on se le demande entre collègues, il n’y avait rien dans ma question qui aurait du te mettre mal à l’aise, ou quoi que ce soit. Je vois très bien les réactions des autres face à toi, mais je les trouve parfois justifiées, tu es très agressive avec tout le monde, aujourd’hui était un bon exemple… "

" C’est moi. " l’interrompit Loïs. " C’est à moi de te demander de m’excuser. J’ai tendance à me mettre à l’abri derrière une carapace, et je ne le fais pas toujours à bon escient. Je ne pensais vraiment pas que tu t’intéressais à ma journée. "

Mallory se demanda soudain à quel moment de la journée, elle avait paru le plus surprise. Le midi, lorsqu’elle avait rencontré Yrsan. A quinze heures, lorsque Loïs avait transformé la salle des prof en véritable ouragan. Dans le bureau de Sam lorsqu’il lui apprit l’appel de Cassie. Ou à l’instant, lorsqu’elle découvrit que Loïs avait une voix douce et calme.

" La plupart des gens qui travaillent à l’école m’ont jugé dès mon arrivée, bien avant que tu n’arrives toi même. J’étais jeune et sans expérience. Et je ne me suis jamais sentie à l’aise au milieu de cette foule d’adultes. J’ai toujours eu peur d’eux, et ils ont toujours craint que je sois aussi dure avec eux qu’avec mes élèves. Mais je ne suis pas comme ça avec eux. J’aime mon travail. J’aime les enfants. Ce sont les gens stupides et bornés autour qui m’effraient… "

" Mais…Tu pourrais… " Elle cherchait ses mots pour ne pas la blesser. " On ne mord pas, je veux dire, nous sommes des êtres humains, et il ne nous est jamais venu à l’idée de nous en prendre à toi, ou… "

" Mallory, c’est très gentil d’être venue, mais je crois que tu ne peux pas comprendre, alors ne t’en occupe pas. "

Elle n’avait pas de ton menaçant, ni une once de méchanceté dans la voix. Mallory cernait difficilement sa personnalité, mais elle pouvait pourtant assurer que Loïs avait un fond très humain. Elle la laissa et se mit à errer dans les couloirs à la recherche d’un livre. N’importe lequel, elle n’avait pas d’idée précise. Elle les observa, attendant qu’ils se manifestent, ou qu’ils deviennent vivants. Elle resta devant une rangée pendant un quart d’heure sans pouvoir détacher ses pensées de sa conversation avec Loïs. Elle retourna sur ses pas et aborda de nouveau sa collègue.

" Je suis désolée de te déranger mais samedi soir, je vais aller prendre un verre avec une amie, tu es la bienvenue si tu n’as rien de prévu ! "

A présent, il était difficile de dire laquelle des deux étaient la plus surprise.

" Je vais y penser. " dit-elle en hochant la tête.

" Oh et puis, pendant que j’y suis, si tu ne l’as pas lu, je te conseille de prendre " Shadows " de Theodore Fulkins. Il faut que j’y aille, à demain ! "

Elle s’éclipsa et laissa Loïs réaliser la scène. Elle même était incapable de dire ce qui venait de se passer. Cassandra allait être furieuse, et elle n’était pas sûre d’avoir eu une bonne idée, mais elle l’avait fait. Son instinct l’avait poussée à le faire. Son père disait d’elle qu’elle avait une âme de Saint Bernard. Ses gros chiens sauvant des vies en pleine montagne. Peut-être. Elle était toutefois persuadée qu’inviter Loïs Duncan à boire un verre avec Cassandra Adams ne serait pas de tout repos. Mais ce serait pourtant bénéfique pour toutes les trois. Un pressentiment? Elle ne saurait le dire.

Elle traversa D.C. pour retrouver Cassandra chez elle, comme elles l’avaient convenu. Celle-ci habitait une maison tout juste rénovée, et très éloignée du centre ville. Le voisinage était calme et le quartier plutôt bien fréquenté. Elle se gara devant la maison sans mal et sortit immédiatement de son véhicule, excitée par tout le mystère qu’on tenait à conserver. Elle aperçut Cassie sortir à toute hâte de chez elle et elle courut vers Mallory.

" Remonte, on s’en va ! "

Mallory fut perplexe et tenta de lui soutirer des informations.

" Ne sois pas bête, on ne va pas aller bien loin ! C’est à cinq kilomètres à peine. "

Mallory ne put discuter et elle reprit le volant sous les indications évasives de Cassandra. Elles se rapprochèrent du centre ville que Mal avait quitté quelques minutes plus tôt et Cassandra l’incita à prendre une rue adjacente. Elles roulèrent ainsi pendant un quart d’heure, quand Cassie lui hurla de s’arrêter. Elle lui lança un regard pur lui demander de la suivre et elles sortirent en même temps de la voiture. Cassie fit le tour et attrapa Mallory par le bras. Elle la tira jusqu’à ce que Mal aurait qualifié de hangar désaffecté.

" Tadam ! " s’écria Cassandra en montrant la bâtisse abandonnée.

" Ca me laisse sans voix, mais je doute que ce soit pour la raison à laquelle tu penses. " Elle tenta de desceller un indice de ce qu’elle comptait faire de ce bâtiment.

" Tu es...perplexe ? "

" Pour le moins ! " admit-elle en restant de marbre.

" Cet endroit, que nous ne pouvons encore nommé, deviendra d’ici quelques mois, le Diamond Dogs, l’endroit le plus branché et le plus fréquenté de D.C. ! "

" Non, tu n’as pas fait ça ? " demanda Mallory sur un ton de reproche.

Cassandra haussa les épaules.

" Tu m’as dit de me lancer, c’est ce que j’ai fait, et ton petit ami a accepté de me prêter de l’argent, à condition qu’il ait son mot sur certains investissements, et je n’y vois pas d’inconvénients, et en plus, j’aurai vite fait de le rembourser. "

" Quand tu dis mon petit ami, je suppose que tu fais allusion à Sam ? " Elle prit une inspiration. " Le sujet n’est pas là, mais il n’est pas mon petit ami, et en plus, je trouve que c’est une idée absurde ! "

" Mal la Rabat Joie est de retour parmi nous, applaudissez la bien fort ! Où est passé celle qui ce midi encore m’incitait à tout plaquer pour devenir mon propre patron ? "

" Je ne t’ai jamais conseillé d’ouvrir une boite de nuit dans un endroit aussi paumé, délabré, et...et...plein de cafards ! " Elle était à présent en colère. " C’est de l’inconscience. Jamais tu ne trouveras assez d’argent pour financer les travaux, et les remboursements ! Si tu avais racheté une ancienne boite, je ne dis pas, mais c’est une vieille usine qui n’a plus de raison d’être ! La rénovation de ce truc va te coûter plus cher que...que...que je ne sais pas quoi, mais c’est de l’inconscience et quand je pense que Sam a cautionné ta folie, ça me rend dingue. " Elle dévisagea Cassie. " Et ne prends pas ce petit sourire comme si tu te moquais de moi, car je suis de très mauvaise humeur, et je trouve que tu n’en fais qu’à ta tête ! Mais qu’est-ce qui t’as pris d’acheter ce truc ? "

" Ce qui te dérange, c’est que j’ai acheté ce bâtiment plutôt qu’un autre, qui aurait été mieux situé, et moins délabré ? "

" Ce qui me dérange c’est que tu déformes absolument tout ce qu’on te dit et que tu brodes ce qui t’arranges quand ça t’arranges. "

" Laisse moi te dire que si l’endroit est reculé c’est pour ne pas gêner les zones d’habitation de la ville, et si ce taudis semble être un taudis vu de l’extérieur, tu dois savoir que l’intérieur est nickel et que par conséquent, les travaux ne seront pas si importants. Tu crois vraiment que j’aurai acheter un truc minable ? Qui plus est avec Sam sur le dos ? "

" Je te crois capable de tout à présent ! " Mallory avait croisé ses bras sous sa poitrine et trépignait.

" Jamais contente ! " sourit Cassandra. " Pense à la superbe boite de nuit que cela va devenir. Pense que tu as devant toi la femme qui te laissera entrer, boire et danser à volonté. "

" Tu es complètement folle. Toi, et Sam. Vous êtes malades ! "

" C’est pour ça que tu nous aimes, non ? "

En poussant la porte d’entrée, elle appuya sur l’interrupteur et le hall s’illumina aussitôt. Elle laissa tomber son sac par terre. Elle déboutonna son manteau qui glissa le long de ses épaules et resta sur le carrelage. Elle se dirigea vers son salon et ôta ses chaussures. Elle s’allongea sur le canapé et ferma les yeux. Toutes sortes d’images affluèrent et elle les laissa la submerger. Elle était épuisée. Les enfants, les collègues, les amis, les parents. Elle se rendit compte qu’elle avait oublié d’appeler sa mère pour la tenir au courant de sa rentrée. Elle jeta un œil à sa montre mais décida qu’il était trop tard pour déranger Jenny. Elle l’appellerait le lendemain à la première heure. Mais elle fut prise de fatigue. Elle avait besoin d’un bon bain chaud et d’une longue nuit de sommeil. Elle tourna la tête vers son téléphone et appuya sur un bouton pour écouter les messages de son répondeur.

" Mallory, c’est maman, si tu ne rentres pas trop tard, appelles moi, et quand tu auras un peu de temps, tu pourrais passer à la maison, on déjeunera ensemble ! "

" Ta mère a appelé trois fois au bureau pour savoir où tu étais passé, alors n’oublie pas de l’appeler quand tu rentreras et s’il est pas trop tard, appelle à la Maison Blanche pour me dire que tu es rentrée. Je t’embrasse ma chérie. "

" Mal, c’est Sam. Ecoute...je suis désolé pour aujourd’hui, j’ai appris que tu étais contre le projet de Cassie. Mais tu devrais attendre de voir ce que ça va donner, elle a des idées excellentes, elle est motivée, et le projet tient la route. Enfin, je n’appelais pas pour te parler de ça, je voulais surtout te remercier d’être passée, ça m’a fait plaisir de te voir. A bientôt. "

Mallory se releva et se laissa un sourire passer sur son visage. Elle marcha lentement vers sa chambre et referma la porte derrière elle.




Ecrit par spleen, a 18:24 dans la rubrique "lecture".
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