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un mur à berlin
Samedi (25/11/06)
Rêves
[déplacé, parce que pourquoi pas]
Ecrit par Villys, a 20:40 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Vendredi (22/09/06)
Je m'occupe.
Je remplis mes journées pour dompter le vide et les boules au ventre, pour ne céder à l'irrationnel ni en optimisme ni en pessimisme, car aveuglants l'un comme l'autre. Seule l'occupation me permet de ne pas me perdre en conjectures.

Un prof de psycho en deuxième année, lors de ces ED destinés à nous faire réfléchir sur les relations médec*n mal*de, nous parlait de la somme des angoisses qu'on pouvait avoir, nous, étant jeunes, et quo'n pouvait projetter sans le vouloir sur un patient. Je me souviens de son énumération, avec au milieu "vais je trouver une femme et savoir l'aimer pour faire ma vie". Je me souviens qu'il avait l'air très jeune et très perdu lui aussi en disant ça (mais peut être je projette direz vous).
Je me souviens surtout que ça m'avait un peu agacée, qu'une fois de plus on ramène les choses à ça, même si je sentais bien la part de mauvaise foi dans mon énervement.

Il y a, il est vrai, un sentiment de gouffre face à l'avenir. Face à ce métier que je suis sûre de vouloir faire, mais pas sûre d'être capable de bien faire, face à toutes ces choses qui restent à construire.

En même temps, à force de douter, d'y penser, de plannifier, j'ai cette impression étrange d'être perpetuellement en partance, de tendre vers l'avenir, d'attendre ces futurs plus ou moins proches (des projets qui me tiennent à coeur une fois mon int*rnat passé). Ce sont des moteurs, je fonctionne ainsi depuis toujours, mais ils biaisent ma vie en y insuflant le sentiment de ne pas y appartenir vraiment.
Je me projette trop et tout devient provisoire.

Quant à ce(ux) qui pourrai(en)t m'ancrer, j'ai du mal à le(s) saisir, ou à ne pas me dérober.

Ecrit par Villys, a 13:38 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Samedi (03/06/06)
Les Mauvaises Raisons
 J'ai pris mon temps sous la douche, ici (comprenez : chez mes parents) la facture est indolore, et le bac ne déborde pas au delà de 2 cm d'eau stagnante. Chez moi, ça m'oblige à dépenser des fortunes en destop, et, parfois, à couper la douche en plein jet, pour attendre un peu. Quand c'est l'hiver, ou que l'été tarde à venir, je réalise alors que vraiment le radiateur est trop bas, je m'accroupis, pour protéger ma peau hérisée, je regarde mes ongles bleuir, et j'attends. Donc ici, j'en profite, des douches longues et brûlantes, pour lisser les pensées. J'ai en moi cet espèce de torrent de phrases ampoulées je joue avec, narratrice grandiloquente et mégalo de ma propre vie. (enfin, vous aviez remarqué)

En me savonnant mécaniquement, j'essayais de comprendre ce que je ressentais exactement, ce que j'attendais et dont j'avais peur.

La relativité des jugements humains est vertigineuse finalement. Si certaines de mes amies étaient dans ma fac, je doute que nous serions amies. Si je connaissais certains hors de ma fac, je serais sans doute amie avec eux. Je respecte, la volonté d'engagement d'A, son respect de l'autorité ; certaines de ses phrases m'étonnent, et je n'appronfondis pas. Que pense t il vraiment ? et est ce vraiment important ? St est probablement beaucoup plus con et est véridiquement moins respectueux, mais dans ses bras je m'en foutais. On ne peut pas mettre des gens dans des cases pour un geste ou une parole, tout simplifier pour mieux claquer des portes, tirer des traits et ne rien faire. Finalement ne suis je pas encore, en train de chercher une (mauvaise) excuse pour reculer ? Mais allons, assez reculé.

Par sa complémentarité avec moi, j'ai longtemps cru que F était l'idéal, pour le côté "sosie", moitié d'orange. Mais finalement... On est profondément amis, et je ne sais pas si autre chose serait faisable, justement du fait de trop de ressemblance (et du fait que je ne sois pas un homme, aussi, certes). On est pas obligé de tout aimer chez l'autre, on peut se contenter de l'aimer (ou pas). 

De toute manière j'aime les gens pour de mauvaises raisons. 
Au contact des patients, je réalise que les emmerdeurs me touchent.
Comprenez moi bien, j'apprécie vraiment les sympathiques et joviaux, ceux qui discutent avec moi, déclinent leurs antécédents sans rechigner et sans en oublier, et parfois ont la force de plaisanter. On rit, on échange quelques phrases non médicales sans trop se disperser. C'est plus simple et plus agréable pour tout le monde. Si on me donne le choix, je choisis de les interroger eux plutôt que d'autres.
Mais même s'ils m'emmerdent un peu par le surplus de boulot, j'ai une tendresse infinie pour les révoltés passifs, leur douleur qui se mue en fureurs, leurs regards noirs, leurs oublis et les bâtons qu'ils glissent plus ou moins consciemment dans mes roues (et celles de leurs externes etc). 
Ils se tricotent un cocon de colère et de déni, de révolte pour tenir tout le reste à l'écart. Ils "oublient" leur opération à coeur ouvert ("noooooon jamais été opéré", affirment ils avec aplomb), qu'ils sont traités depuis 10 ans pour du diabète, ils diluent leurs symptômes dans une multitudes de plaintes, me parlent pendant trois heures de leurs petits enfants ou d'un cor au pied alors que c'est leur foie qui fout le camp, de tchernobyl qui leur a donné le cancer du poumon (et non pas les trois paquets par jour notez bien), il nient jusqu'à l'extrème limite celle où la réalité les renvoie à la perfusion et aux draps ternes de l'ap.
Ils agacent, et pourtant ils m'émeuvent.

La dame hyponchondriaque, ceux qui râlent sur la bouffe, la télé, les lits ou leur voisins de chambre, ceux chez qui rien ne va jamais, mais rien, ou le vieux qui dit qu'il n'a rien, quand tout en lui grimace.

Ecrit par Villys, a 23:00 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Dimanche (28/05/06)
Juste comme ça

Je joue en ce moment à mon jeu favori, la procrastination pré-partiels, dont ce post est un parfait exemple. L'apprentissage par coeur m'a toujours agacée, l'absence de méthode et le bête rabachage de listes de molécules et de leurs effets n'étant pas ce qui est le plus stimulant.

Je n'utilise même pas ce temps libre à bon escient (si je sors de chez moi trop souvent, je vais culpabiliser), alors ça ressemble un peu à une blague, je zone dans les 9m² de ma chambre chez papa-maman, gribouille quelques lignes de temps en temps, et ne fait même pas ce qui aurait besoin d'être fait (des recherches plus appronfondies pour préparer mes futures vacances, par exemple).

Le plus stupide c'est que dans une semaine, je m'en voudrai à mort, je vois d'ici le tableau, une épreuve même pas plantée, mais moi insatisfaite, me morigénant vaguement sur le ton du "si tu t'en étais donné la peine, t'aurais fait nettement mieux"... Dans un mois, je regarderai le tableau résumant nos notes de l'année et nous classant (on ne change pas les bonnes habitudes), partagée entre petite vexation sur les notes moyennes, et sentiment d'usurper les bonnes.

En dehors de ça, je pars bientôt en vacances avec F, en espérant que le temps change, la maison de famille en montagne pouvant être très ennuyeuse les jours de pluie. Je sens ma mère un peu fébrile, dans les non-dits tacites qui règnent sur nos vies privées, son imagination flamboie, j'en suis sûre. Ca me fait doucement rigoler et j'attends le moment propice pour lui faire comprendre que non, non, vraiment, non, que la seule solution pour cela serait de passer par une chirurgie massive et, j'en ai bien peur, approximative, alors non, vraiment, non.
En même temps elle doit se douter que quelque chose cloche dans le tableau, je prépare pour août quelque chose d'autre, avec un autre.

D'habitude en ces périodes révisionnelles de mai, la conversation la plus universelle chez les plus de 18 ans est que 'les partiels ça faich', et que ceux de juin encore plus, parce que là, quand on révise, il fait beau dehors (contrairement en février où il fait moche et nuit), et que ça, vraiment, ça donne envie de sortir, pas de travailler.
Par ma fenêtre, ça fait deux semaines qu'il fait tout gris, et bizarrement, je n'ai pas envie de travailler.
Ceci prouvant scientifiquement la mauvaise foi de l'homo estudiantis. (qui ne le savait pas ?)

Ecrit par Villys, a 09:52 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Samedi (22/04/06)
'De salle en salle et de ville en ville'

J'aime les salles de cinéma, toutes les salles de cinéma. Des grandes, vastes, d'une chaîne certes un peu aseptisée, mais qui me permet d'y aller à volonté, aux petites de quartier, qui vivotent en passant des films arméniens sous titrés en slovaque et dont les ouvreurs sont des étudiants uniquement payés au pourboire (pour les films qui ne passent pas dans les grandes chaînes).
J'aime le cinéma et je m'en abrutis, parfois un peu trop, sans doute. Quand j'ouvrais des morts, il m'est arrivé d'en enchaîner deux dans la soirée et de louper le dernier métro, pour me vider la tête. Il y a aussi ces après midi solitaires ou je sors d'un film pour entrer dans une autre salle, et en un après midi, j'assouvis ma curiosité, en allant voir (ou revoir) au gré de ma curiosité et de mes coups de coeur.
Puis, dans le noir en hiver ou dans la douceur du soir qui tombe en ce moment, marcher, doubler le châtelet, enjamber la seine, enfiler les rues pour semer mes pensées avant de m'enfermer dans le métro.

Hier en regardant sur mes lèvres (je suis un peu en retard, il date d'avant mon sésame et d'avant ma boulimie cinématographique), j'ai cru toucher du doigt ce qui fait que j'aime tant cela et puis non. Ou si, je ne sais pas.
Quelque chose dans l'air, dans la façon de filmer, tendre avec ces personnages un peu fragiles un peu foireux et très humains quelque chose qui me dit on l'est tous un peu, et ce n'est pas grave tu sais.

Ecrit par Villys, a 23:35 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Samedi (15/04/06)
What a productive day

Procrastination : 1
Moi : 0 

Ecrit par Villys, a 21:58 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Vendredi (14/04/06)
Maraboutée
--> trop de bonheur tue le bonheur

"Ah ouais, ça porte bonheur ?? Ah ouais ?? tu veux que je l'étale sur ta vieille peau ridée pour qu'on voie si tu deviens millionnaire dans la seconde ??"
J'ai retenu ces mots vengeurs et, comme la bonne fille que je suis, ai plutôt vaguement rit en marmonnant un ouais c'est ça, à l'adresse de la petite vieille qui venait de me lancer un c'est le pigeon ! Mais ça porte chance vous savez ! en voyant que je levais la tête, cherchant le coupable des yeux et marmonant quelques insanités. Derrière moi, les deux flics qui, un instant plus tôt patrouillaient en papotant comme des collégiennes (et probablement s'emmerdant comme ces dernières en cours d'allemand), étaient maintenant écroulés de rire, me regardant avec dans l'oeil une lueur entre dégoût, commisération et moquerie.
Je suis à Paris (c'est à dire loin de ma douche et de vêtements propres), j'ai de la fiente dans les cheveux et sur le jean, j'ai pas de mouchoirs sur moi. Les touristes qui font la queue pour entrer dans la st chapelle me dévisagent, les yeux ronds. Le french style et le paris à la amélie poulain viennent manifestement d'en prendre un coup.. Et à cet instant je suis envahie par la plénitude de l'amour que je porte à ma vie.

Amour qui n'a cessé de croître depuis une semaine depuis que :
- la cave de mon studio a été inondée depuis l'appartement d'une voisine elle même en vacances au fin fond de l'asie.
- j'ai fait deux jours d'affilée 1h30 de vélo pour découvrir que non, c'était pas possible de le faire réviser aujourd'hui/revenez demain.
- suis tombée malade pendant LA semaine de vacances qui nous est concédée.
- me suis perdue en rentrant d'une soirée avec la voiture de mes parents, en vidant un quart du réservoir ET en parvenant à rayer une aile, ce qui, pour une soirée qui était sensée être à 20 minutes de voiture relève de l'exploit.
- je vous épargne le nombre de portes que je me suis payée, la porte du RER refusant de s'ouvrir à ma station, les travaux au marteau piqueur à 8h du matin le lendemain de la soirée pré-citée...

Bref avis à celui qui m'a maraboutée, (ou ceux, à ce stade, ça relève de la coopérative, du syndicat du maudissage), quoique j'aie fait, je ne le ferai plus. Promis.

Ecrit par Villys, a 18:41 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Samedi (25/03/06)
"etadéjàdisséqué ?" Maintenant, oui.

En sortant le soir, les images peinent  à quitter mon esprit, je prends le métro pour aller me balader plus loin, dans paris, aller au ciné, avant de rentrer, seule, chez moi. J'ai alors l'impression que l'odeur de mort, ce shoot de charogne et d'eucalyptus (la second venant d'un produit qu'on se colle sous le nez pour moins sentir la première), m'imprègne jusqu'aux os.
Les images sont là, pas loin derrière la rétine, des rémanences de mort et de cadavre, je croise un regard, et je revois des orbites vides, la peau trop tendue, je vois les corps sans vie. Je vois des épaules des bras ou des mains ouverts, j'ai cette impression de stupide de décalage surréaliste, j'ai acquis une connaissance violente et intime qui dépasse la foule anonyme et chic que je croise, j'avais les mains à l'intérieur d'un corps mort, enfreingnant la logique et quelques interdits ancestraux, qui expliquent l'attitude entre horreur et fascination qu'ont ceux qui nous posent la question servant de titre à ce post. 
En sortant j'aimerais vomir un flot de paroles libératrices, mais, soyons sérieux, qui souhaite les entendre ?
Les autres étudiants savent déjà et chacun désarmorce à sa façon, et les autres, tous les extérieurs, ne m'ont rien demandé.
Alors je garde et je verrouille, le sentiment idiot d'exclusivité en étant la conséquence.

Si l'on se concentre suffisamment, on peut rester focalisé sur la partie ouverte, s'intéresser à une articulation ou un muscle, voir l'insertion du tendon.
Mais mon regard finit toujours par dévier, et je vois la marque du soutien gorge qui persiste sur la peau, des tâches de rousseur devenues grises que l'on devine encore, les cheveux colorés mais blancs aux racines, un dentier encore en place. Des vestiges poignants de l'humain qu'ils étaient, une telle a un tatouage sur l'épaule, elle a donc vécu et aimé.
A., c'est le nom que nous avons attribué au mien (du moins notre, nous sommes à plusieurs), ressemble à une momie, il est plus déshumanisé que les autres et ça rend le travail un peu plus facile. Mais quand mon regard balaie la salle ou le regarde avec plus d'attention, l'humain revient toujours.

Hier soir, penchée sur une main, j'avais du mal, plus de mal que je n'en n'avais eu jusqu'à présent, en quatre séances, à me persuader d'entailler la peau, [... je viens d'enlever un passage, déformation estudantine, j'ai déjà du mal à séparer le glauque tolérable de l'insupportable, donc je vous l'épargne...].
La main a quelque chose de trop irréductiblement humain pour que je parvienne à oublier ce que j'étais en train de faire.
Assise sur mon tabouret, penchée, j'ai pris une profonde inspiration (erreur fatale en ces lieux, soit dit au passage) et j'ai finit par appliquer le scalpel en me répêtant que j'étais une grande fille, pour chasser le dégoût. Une fois ouvert ça allait un peu mieux, et puis de nouveau, un frisson entre horreur et fascination, on tirait sur les tendons, et au bout de nos doigts, les siens bougeaient dans nos mains.

Nous étions penchés et appliqués, n'en menant pas large. J'ai relevé la tête, pour mieux regarder autour de moi, oublier un peu et l'étrangeté de la scène m'a frappée, l'alignement des tables, les quelques cadavres aux mains indisséquables restant couverts de draps bleu et les autres la peau ouverte et pendante, des silhouettes bleues et juvéniles penchées au dessus.
Le voyage au ski avait laissé des vestiges sur les visages, et la bonne mine bronzée, les tenues impeccables de certaines que l'on pouvait deviner sous les casaques, nos quelques éclats de rire et discussions qui retentissaient parfois basculaient la salle dans le suréalisme.

F était appliqué, c'était à lui de tenir le scalpel et d'y aller, je sentais ses genoux contre les miens, l'odeur de chlore qui émanait de ses cheveux, il était là, pas loin et vivant, et cet instant avait quelque chose d'inexplicablement terrifiant et intime.

La nuit, je ne rêve pas de visions de film d'horreur, ma méthode de vidage de crâne doit être efficace, mais mes rêves sont violents et embrouillés. Un simulacre de meurtre un éclat de violence, je me réveille, et c'est là, pas loin.

Ecrit par Villys, a 14:10 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Vendredi (23/12/05)
Limites

En tombant (merci Castor) sur cet article de Kabotine, j'ai réalisé le fossé qui, déjà, me séparait de l'autre côté. L'autre côté de la blouse, l'autre côté du stéto, celui d'où on n'entend pas le coeur qui bat mais où l'on sent ce qui va mal. Celui où on a mal.

L'article de Kabotine me dit les parents désemparés devant la souffrance du petit bout, la difficulté à respirer, la fatigue induite par tous ces symptômes.
Moi j'écris juste quelques bronchiolites. Bon, alors forcément, je ressens le besoin de me justifier. Vis à vis de moi même en premier lieu.

J'ai des carnets chez moi. Un par an, grosso modo. Plus ceux de voyage. Mon écriture les rempli, tantôt hâtive, serrée, presque baclée, parfois lasse, fatiguée, avachie, comme je devais l'être en écrivant au creux d'une insomnie. Parfois j'écris tous les jours, puis plus du tout pendant un moment, puis ça revient. J'ai ici aussi. Les articles publiés, et les jugés impubliables, qui dorment dans mes brouillons.
Depuis que je suis en P2, depuis que je prends pied à l'hôpital, j'en parle, beaucoup. J'ai besoin de l'écrire. Pour me souvenir, plus tard, de ce qui me choquait, de ce qui me marquait à 19-20 ans, en tant que "bébédocteur". Pour me souvenir de ce que je me jure en ce moment de ne jamais devenir.
Pour plus tard, pouvoir les relire et me dire suis je devenue celle que j'aspirais à être dans ma pratique de ce métier ? Ai je raison d'avoir changé d'avis sur tel ou tel point ?

Et entre autres questions difficiles, il y a ce véritable marronier, toujours le même refrain. Le rapport au malade, la distance, sans pour autant négliger, sans pour autant se fermer, rester à l'écoute.

Et voilà que j'écris juste quelques bronchiolites.

Bon.

Mon intime conviction me souffle "non coupable !", parce que le regard médical, ma maigre expérience m'affirme que la bronchiolite, si elle est épuisante pour le nourrisson (et pour ses parents) n'est pas "grave", lorsque ses risques secondaires (perte de poids, difficultés respiratoires) sont prises en charge. Et à l'hôpital, c'est le cas. Donc un mauvais moment à passer, donc "juste quelques bronchiolites".
Certes pour les parents, c'est LA bronchiolite de leur enfant à eux, qui le fatigue, ils le voient bien, et qui le fait grésiller. Mais si je commence à pleurer sur leurs bronches, j'ai pas fini de pleurer.
Donc, jusque là, j'ai ma conscience pour moi.

Mais là se soulève la vraie question c'est "où sont les limites ?", arriverai je, le moment venu, à faire la part des choses entre ce qui est "gênant mais acceptable", et ce qui ne l'est plus ? Comment, en tant que médecin, en tant qu'extérieur, décider "ceci je l'accepte, mais plus cela", comment ne pas négliger une plainte, une réclamation ?, comment ne pas me fermer totalement ?

Le prochain stage me fait pas mal peur. Je vois venir les contradicteurs avec leurs "oui mais la péd, tu appréhendais à la base". Certes. Mais il y a des malades, des pathologies qui me toucheront toujours plus que d'autres, mon histoire personnelle me rend vulnérable à certaines histoires en particulier, et je sais que le service où j'irai en janvier risque d'en regorger. J'en parlais à une amie, en grinçant un peu.

Elle m'a trouvée cynique.
Je me protégeais par avance. En entendant son "tu deviens cynique" teinté de reproche, je me suis sentie lasse d'entendre des gens étrangers à ce milieu me donner leur avis sur la façon de gérer ça, un peu comme ma mère qui est parfois un peu choquée par ma façon de parler du stage. Soit parce que je ricane une horreur, soit parce que la pathologie que j'évoque avec légèreté pour un petit lui paraît (souvent à tort, parce que quand c'était moche je n'étais pas légère) insurmontable.  
J'ai envie de leur dire, à elle, à cette amie, à ceux qui disent "ne te blinde pas", que merde, laissez moi tranquille, parce que ne pas se blinder ce serai invivable, et que tous ces bons conseils ne porteront pas ces malheurs à ma place. Et l'absence de distance dirige souvent vers de mauvaises décisions.

Et en même temps, il n'y a sans doute qu'eux, qu'eux et mes carnets, peut être,  qui sauront m'avertir, si je vais trop loin, si je me coupe trop de l'écoute, si...
Saurai je ne pas sacrifier mon écoute à mon confort moral ? Négliger un symptôme, fermer les yeux devant une souffrance évidente, pour ne pas avoir à y penser, comme certains le font ? Saurai je ne pas oublier la dimension humaine ?

[c'est mon côté prétentieux, je ne veux pas seulement sauver le monde, je veux le faire avec la classe]

Ecrit par Villys, a 14:10 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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Samedi (08/10/05)
Back Home

Voilà, je suis revenue depuis un peu plus d'une semaine maintenant, et j'ai à peu près finit de me réadapter. Ça doit faire vaguement sourire, et laisser vaguement sceptique, vu de l'extérieur ces histoires de réadaptation... Se réadapter à un monde que l'on retrouve inchangé ? a un quotidien qui est sien depuis toujours ? Et pourtant, oui, oui, car si les cadres n'ont pas changé, mon regard a évolué, et tout semble différent.

Le corps s'habitue, à la chaleur, aux bruits, à évoluer dans des foules ou à louvoyer dans la circulation des rues Indiennes. Et de retour en France...
La première nuit, le silence m'a frappé. Mais vraiment. Depuis six semaines je m'endormais sous le ronronnement (plus ou moins discret) des moteurs de ventilos, avec la rumeur de la rue au loin, les bruits des voisins de l'immeuble ou des hôtels, les ratés d'un moteur,€ les pétards ou les éclats de musique d'un festival, au loin... Un bruit continuel, fluctuant, parfois incertain, avant d'enfler de nouveau, mais toujours, toujours présent. Et là, dans ma petite banlieue, j'ai éteint la lumière et... et rien... un silence vraiment absolu, pas même le ronronnement de l'ascenseur que je connais par coeur. Rien.
La couette elle même, pourtant fine, me semblait énorme Mais, vous avez remis ma couette d'hiver ? Non... non, mais après six semaines à dormir dans un courant d'air, sans draps pour fuir la chaleur...

Et puis les rues sont calmes, lorsque je regarde les voitures évoluer, j'ai la vague impression d'avoir les oreilles bouchées. Lorsque je vois des hommes discuter dos à moi sur un quai de gare ou sur le bord d'une route, depuis un bus ou un train, il faut réapprendre à chasser la vague répugnance qui montait en moi à chaque fois, là bas, que je voyais des hommes se soulager littéralement partout. Non, ici ils discutent.

Puis c'est froid et c'est gris, ici, dans les trains les femmes ne parlent pas entre elles, et les Saris, si beaux sont remplacés par les jeans et les pulls. Les troncs d'arbre ont fait une cure minceur, la terre n'est plus rouge, et les singes ne sont qu'au zoo.

Voilà, retour en France, les sensations perturbées mais qui, déjà, se réhabituent, même si je n'oublierai pas, si je n'oublierai jamais, la beauté des paysages, et la pauvreté, un gamin endormi sur un coin de trottoir, des lépreux qui me tendaient leurs moignons, la misère omniprésente...

J'ai été frustrée, là bas, au bidon-ville de ne pouvoir en faire assez, l'impuissance, le manque de savoir et de moyens. Ça m'a frustrée et un peu déçue, mais au final cette expérience m'aura été plus que profitable. Je mûris et j'évolue. Ça m'a permis de prendre du recul, de remettre en question nos actions et mes croyances, de les confronter à l'amertume des filles parties avec moi. Je ne sais pas où elles en sont, mais je sais déjà que, dans un an ou dans dix ans, je repartirai. Mais différemment, et mieux. Si je repars l'année prochaine, j'irai ailleurs, au sein d'une structure pré établie, avec de vrais pros qui auraient besoin de petites mains. Peut être me fais je des illusions et l'été prochain sera stérile car je ne pourrai aller nulle part. Mais je repartirai, c'est une certitude.

J'ai repris les cours, replongé dans mon univers désormais familier. Troisième année, déjà. Et un confort relatif, une connaissance des locaux, des profs et du rythme de travail à avoir, assez appréciables. La nouvelle promo des deuxièmes années a été intégrée. Des amis sont passés et d'autres sont définitivement sur le carreau... Mes cours sont plus intéressants que ceux de la rentrée d'il y a un an. C'est dur, mais c'est bien. Je regarde les néo-externes, un peu assommés par leur rentrée. Pas pressée personnellement, mon irresponsabilité relative me va très bien pour cette année encore.

Un de mes cousins se brûle les ailes en ce moment. Il a quelques mois de moins que moi, et ça ne va pas, ça ne va plus. Il est parti, loin, il délire, beaucoup, il se drogue, sans doute, il est malade, psy, sûrement. Sa mère est partie le chercher, un oncle l'accompagne. Le chemin de croix pour lui, pour nous, commence. Il allait mal, mais comment en est on arrivés là ? Comment, pourquoi un tel naufrage ? Je regarde nos photos d'enfants, ou la photo d'il y a à peine un an, l'anniversaire de ma grand mère. Tous réunis, tous souriants, tous les cousins ensemble, les petits derniers collégiens, et les plus grands en plein envol. Lui cafouillait déjà, mais là, avant les vacances, tout semblait réglé... Et puis... je regarde les photos, les yeux et les sourires, mais c'est complètement stérile, les réponses ne sont pas là. Lorsque je le reverrais, ce sera, peut être, dans un hôpital, ou chez lui, mais tout sera différent, sa fracture sera là à ciel ouvert, et notre aveuglement...
Je suis perdue, je crois qu'on est tous perdus. C'est une histoire sordide, de celles qui n'arrivent qu'aux autres, et puis là on est dedans. Je ne peux rien faire, là, maintenant. Je n'ai qu'à attendre qu'on le retrouve et qu'on le ramène en France, le moins mal possible. Qu'à espérer qu'on puisse l'aider, mon cousin aux yeux gris fumée, aux airs hésitants, mon cousin... 

(tout ça est bordélique et embrouillé, mais je le suis)

Ecrit par Villys, a 11:23 dans la rubrique "Cercle pour rien".
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