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un mur à berlin
Dimanche (25/11/07)
violence ordinaire

Quand ma tête a heurté le bitume, au milieu des trente six chandelles que je voyais, j’ai eu le temps de me faire la réflexion que, somme toute, ce casque de vélo était une bonne idée.

Le coup de poing m’avait prise au dépourvu, cueillie en plein vol dans mon réflexe avorté de fuite. Mon cerveau n’avait su que voir les images, ce type furibard face à moi, et n’avait pas eu le temps de les analyser, n’avait pas su faire le lien entre l’amplitude du mouvement de la main gauche du type et ce qui allait s’en suivre, le choc latéral, l’œil douloureux, la perte d’équilibre, la chute sur le trottoir.

J’ai parfois lu que l’adrénaline donnait une vision claire et précise des choses, tous les sens en éveil, vous savez, l’instinct de survie, qui passe par la fuite, lorsque l’on est dans la situation du plus faible.

 Mais voilà, rien de tout ça dans ce souvenir un peu brouillé par la nuit, le physique de ce type  me revient vaguement mais sans plus, je me souviens des paroles échangées sans pouvoir jurer de leur chronologie exacte.

Le lendemain au poste de police, en récitant la plaque d’immatriculation, notée sur un papier et apprise par cœur, je me suis rendue compte que l’essentiel m’avait échappé, que la marque de la voiture n’était pas accessible à ma conscience, ni même sa couleur. J’ai du admettre que non, je serai incapable d’identifier formellement le type si l’on me présentait 500 ou 1000 photos en noir et blanc. Que, oui, sans hésiter, je le reconnaîtrais si je le voyais en chair et os, et même s’il se rasait la barbe, mais rien de plus. J’ai répondu que la voiture était sombre, sans doute, parce que ce c’est la première chose qui me venait à l’esprit, mais peut être ne l’était elle pas. Il faisait nuit alors, 23h30 passées, et dans ce souvenir une seule couleur m’a frappée, la blancheur de leurs djellabas. Ensuite le sentiment de surprise totale lors du choc –juste avant que vienne la douleur-, et ce casque entre ma tête et l’angle du trottoir, qui a limité les dégâts.

J’ai récité le déroulement de l’incident, incapable de formuler ce qu’au fond il était vraiment pour moi. Les faits, dans la lumière crue d’un poste de police sont probablement d’une effarante banalité, mon inconscience éclate cruellement, et aussi ce qui est dur à admettre, si ce soir là je n’avais été moi-même si tendue, les choses seraient elles allées jusque là ? et cette autre pensée, que je mets à distance, car elle relève du et si, du fantasme, de l’invérifiable, car elle est n’est peut être là que pour jouer à se faire peur et si cela avait eu lieu ailleurs que devant ces snacks encore ouverts, et si quatre personnes n’avaient surgi à ma rescousse ?

L’histoire, à la lumière du jour, est simple, je l’ai dit.

Prenez une externe qui prépare son internat. Elle rentre de conférence à vélo, grêve des transports oblige, et aussi, parce qu’elle ne déteste pas ça, ce léger effort physique pour évacuer l’énervement généré par la conf. Ce soir là elle est à fleur de peau, un peu. La conf était de celles qui vous laissent devant ce naufrage : voilà ce qu’il reste à accomplir, et puis, aussi, ce voisin si ressemblant mais hors d’atteinte, ou presque.

Il pleut, il fait nuit, minuit approche mais la circulation sur cette avenue parisienne demeure suffisamment dangereuse (car justement clairsemée, et faite de voitures roulant vite), pour qu’à vélo on hésite à quitter sa piste cyclable pour y faire un écart. Et pourtant, on va y être obligée, pour la 5 ou 6e fois, par une voiture garée là.

Pourquoi cette fois là et pas une autre, ai-je « tendu mon majeur en l’air » (comme l’a si cliniquement décrit l’agent de police prenant ma déposition) ? toujours est il que ce fut une grossière erreur d’appréciation, je venais de faire ce geste à une voiture emplie de quatre types, qui, à bien y regarder, avaient tout de l’attirail du petit islamiste de banlieue.

Lorsqu’ils m’ont rattrapée en voiture et bloqué sur la piste, je me suis dit que fuir ne servait à rien, que mon geste avait été stupide, alors autant m’en expliquer. A leur « on ne fait pas des gestes comme ça madame, et le respect madame, vous connaissez ? », j’ai répondu, que oui, je connaissais surtout le respect du code de la route, cette chose qui évite aux cyclistes de se décaler de nuit, dans une circulation dangereuse. Peut être alors, quelque part dans ma tête, retentissait un avertissement, mais l’envie de ne pas laisser quatre pauvres types agressifs avoir raison était plus forte. A leur question « mais enfin, vous savez ce que ça veut dire, ce geste ?? », j’ai répondu placidement que « oui, je visualise plutôt bien ». j’ai retenu ce qui me brûlait les lèvres « ah, c’est ça qui vous excite ? que j’aie fait allusion à votre homosexualité refoulée ? », sentant bien que cette phrase serait de trop. La conversation a continué pendant peut être une minute. Je m’accrochais à mon argument, « c’était dangereux », répondais « je dois prendre ça comme une menace ? » à leur « si c’était des jeunes il vous auraient déjà tapée madame », et enchaînais sur « c’est étrange, moi qui n’ai jamais eu de problème avec les jeunes, voilà que j’en ai un avec quatre types en voiture qui s’en prennent à moi en vélo ». j’ai même dû rire à un moment puisque je me souviens d’un « et ça vous fait rire ?? » qui m’avait arraché « ben je vais quand même pas en pleurer ». finalement, n’obtenant pas de moi ce qu’il voulait, le bonhomme gesticulant en face de moi est remonté à sa place (passager avant droit), le passager arrière droit a refermé sa porte, pendant qu’ils me lançaient « c’est ça, allez, partez, ça vaut mieux, parce que sinon… ».

J'avais fini par repartir en vélo, mais un ultime geste d'exaspération m'avait échappé. La voiture a accéléré, une portière a surgi devant moi, me barrant la route, j'ai lâché mon vélo, bondit sur le trottoir, et vous connaissez la suite, le coup de poing.

Je dois une (très) fière chandelle à un motard et trois jeunes qui ont surgit pour m'aider.

On a peu de chances, semble t il de les retrouver. J'ai été au bout des formalités de plainte, je ne peux guère faire plus, si ce n'est attendre.

Est ce mon inconscience qui parle encore ? dans le fond, je ne regrette pas.
Malgré la frayeur à posteriori, les crises de larmes. Malgré l'oeil encore un peu noir, les gens qui me dévisagaient dans la rue.
Je n'arrive pas à me considérer comme en tort d'avoir râlé sur une voiture effectivement mal garée.
Et plus encore, je n'arrive pas à me persuader que je n'aurais pas dû leur tenir tête. Car ce soir là, j'avais l'impression que tout le problème était là, j'étais une jeune femme et je répondais à ces quatres imbéciles. Aurait il fallut que je me taise et que je cautionne leur envie de soumission ?
Ecrit par Villys, a 00:04 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Samedi (22/07/06)
BO - Fragile. Sting.
S. est une beauté qui s'ignore. S voudrait maigrir, mais en réalité S est de ces filles qui portent leurs rondeurs à merveille. S est petite et gironde, elle donne l'impression de pouvoir consoler la terre entière. S sourit beaucoup, elle semble incapable de la moindre méchanceté. S est gentiment naïve, S se préoccupe des autres, en elle on perçoit déjà un médecin qui saura être humain.
S est discrètement croyante. Elle n'éprouve pas le besoin de le crier sur tous les toits, de le revendiquer perpétuellement. Elle le vit au quotidien et c'est tout. Elle aime bien parler du pays d'où ses parents viennent.
S est une amie précieuse.

Depuis quelques jours, S sourit moins. Au rares soirées où elle va pour se changer les idées, S a l'air fatiguée et triste, derrière ses rires plus espacés. Si on lui pose des questions, elle parle des jours qui sont longs, qui s'étirent à l'infini devant les télés d'information en arabe. Elle parle de son père, de sa soeur, bloqués là bas. Vraiment bloqués. Loin de la capitale, près des bombes.
Quand S parle, on se sent amèrement gâtés, par notre sécurité, par nos vies confortables qui nous épargnent les inquiétudes qui l'étreignent en ce moment. Qui nous épargent les heures d'angoisse, l'inquiétude qu'un civil tué dont on parle aux infos soit un proche.
S en parle sans colère mais avec émotion. Elle regrette la haine que cela crée. Elle repousse nos réponses un peu bâteau "ouais, c'est sûr que dans ce genre de situation même si on est tolérant, on doit finir par détester l'adversaire".
Non, S ne déteste personne. Pas même quand ses proches sont en danger. Pas même quand elle voit les paysages qu'elle aime ravagés.
S a juste mal pour tous ceux là bas, pour les gamins qui se croient obligés de se battre, pour les bombes qui visent toujours mal, pour ceux qui souffrent. S veut simplement que tout s'arrête, mais elle ne perd pas le contrôle elle est plus révoltée par les souffrances qu'en colère contre les responsables (quels qu'ils soient).

S est mon amie, et je l'admire profondément.

Je regarde et lis les infos. Je pense à elle, beaucoup.
Si il y en avait plus des comme elle, un peu partout, le monde ne pourrait qu'aller mieux.
Ecrit par Villys, a 17:28 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Samedi (08/04/06)
Rewind.

Mon frère, mon grand frère est revenu à la maison. Finie l'école d'ingé dorée, fini l'internat, retour aujourd'hui, ce matin et déjà deux repas à nous tacler dans les tibias mutuellements. Et déjà murés dans nos silences respectifs, mes larmes que je cache désormais, sa coquille de dédain, que je ne peux imaginer être réelle.

c'est dur, cette impression d'être de retour en arrière, cette incompréhension mutuelle, comme si des années lumières nous séparaient, comme si nous n'avions rien en commun. C'est dur d'être à ce point coupée de lui, coupée de notre enfance, des legos et du reste, de cette multitude d'après midis d'enfants que nous avions passés ensemble, seulement un peu flous mais si loin, si loins.

Je ne comprends pas ce qui nous arrive, ce qui m'arrive. Ce qui fait que je hais cette situation, mais qu'en sa présence, je suis sur la défensive, que j'en viens à cracher des phrases qui ne feront que creuser le fossé, fossé telleement vaste que nos parents ne cherchent même plus à le combler.

Et pourtant une part de moi l'admire. Je me souviens que plus jeune, j'allais parfois dans sa chambre, je regardais ses copies (deux années nous séparent), en me disant que jamais je ne serais capable de faire de telles choses (ses démonstrations de mathématiques de première m'impressionnaient particulièrement), je me souviens que j'avais lu une de ses rédactions sur le thème du fantastique; et que j'en avais appris par coeur une phrase, une phrase que (j'en étais persuadée) je n'aurais jamais su trouver seule ou égaler, je l'avais apprise, et m'étais promise de l'utiliser à mon tour. Deux ans plus tard, quatrième, écrivez un récit fantastique, et je terminais par la phrase en question. Et pourtant à l'époque où j'avais lu sa rédaction, tout implosait déjà.

C'est un tel gâchis que ça me tue. C'est dur de me demander ce qui en moi est haissable à ce point. Ce qui en moi est à ce point cassé que je n'arrive pas à dépasser cela, à dépasser l'afrontement.

Le simple fait de ne pas vouloir d'un problème ne l'ayant jamais résolu, demain ne sera pas un autre jour. Je fais du surplace et j'en sombre, à croire que je ne suis pas douée, tout simplement.

Ecrit par Villys, a 22:51 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Samedi (03/12/05)
Brisez selon les pointillés.

J'ai peur pour mon cousin, parceque bon, les déliresparanoïaques (au sens clinique du terme, pas imagé), ça craint un peu. Je suis pas psy, mais j'ai la vague impression que ce n'est pas bon signe.

J'ai appris la mort de quelqu'un que je connaissais. Quelqu'un de bien. Crise cardiaque boum. comme quoi, les clopes c'était pas forcément une bonne idée. C'était un de mes chefs de chantier-bénévole. J'avais beaucoup, beaucoup rit avec lui, il m'avait apprit beaucoup de choses, et il m'avait fait confiance.

A côté de ça, mes problèmes d'enfant mal lêchée qui va fêter ses 20 ans et en est encore à crever de solitude me font doucement rigoler. L'autre jour je me suis mordu les lèvres pour chasser de ma tête l'image d'une étreinte. Rien qu'une minute il m'aurait prise dans ses bras, et j'aurais pu vérifier si ce simple contact allait provoquer ma désintégration en molécules (si vous saisissez d'où est tirée cette phrase qui illustre ce sentiment bien réel, je vous aime), ou si je resterai entière. Au lieu de ça je lui ai souri, et on a continué à parler, en bouffant nos pique-niques en tête à tête dans le hall de la fuck. Il y a des pensées qui ne franchiront jamais le seuil de mes inhibitions, car si il y a bien une chose dont je n'ai pas besoin, c'est, d'une fois de plus, m'attacher au mauvais. Les gens me touchent à leur insu, ils m'émeuvent sans le savoir, et je ramasse mes dents en silence.
Comme L, ma L qui disparaît de ma vie, elle avait une excuse, mais comment l'aurai je su ? J'ai tsunamisé mon cours d'anat que je planchais ce soir là et je suis allée me coucher avec quelques musiques dans la nuit. Parfois il n'y a rien de mieux à faire.

Mais sinon ma vie va bien. On a juste oublié quelque chose chez moi, au commencement était le verbe, et si je suis handicapée de quelque chose, c'est bien de ça.

Et puis, aussi. C'est nul, la mort.

Ecrit par Villys, a 23:16 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Mardi (16/08/05)
Hold Fast
Hier soir, je m'écroulais, comme ça, d'un coup.
Il y avait la fatigue accumulée, la nuit blanche et seulement deux heures de sommeil derrière, même que j'avais manqué louper ma station de rer.
Ecrit par Villys, a 13:26 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Jeudi (14/07/05)
Save Our Souls
--> (Save Their Souls)
Je suis là, assise devant l'ordinateur, dans la chambre de mon frère, où il ne dort plus beaucoup. Mes habits sentent encore l'atmosphère enclopée du bar-où-la-bière-est-pas-chère dans lequel j'ai passé la soirée avec quelques-un(e)s je cherche les mots pour dire tout ça, le sentiment de vide en leur faisant la bise pour les quitter, avec comme un poing dans l'estomac l'impression de ne pas jouer dans la même divisions qu'eux (qu'elles), c'est pas de la solitude, ça s'en rapproche mais ce n'est pas cela.
Pour dire le job d'AS, la misère humaine au bout, les vies qui s'effondrent.
Alzeihmer ça me fait peur, voilà c'est dit. Chaque soir je me jure de ne jamais finir ainsi, de me suicider avant si jamais.
Je ne voudrai jamais être ainsi, je n'ai aucune conviction religieuse structurée, j'ai un profond et inconditionnel respect pour la vie des autres, mais je veux être maître de la mienne.
C'est trop triste, c'est trop pathétique de les voir sombrer en quelque chose qui n'est plus que l'écho de ce qu'ils ont été.

Il y a Mme C. qui porte le nom d'un réalisateur, et qui, murmure-t on a un vague lien de parenté avec lui. Mme C fut cultivée, Mme C lisait beaucoup. Une grande étagère, installée là lorsqu'elle est arrivée, il y a déjà beaucoup d'années, lorsqu'elle lisait encore, croule sous les livres. D'art, quelques romans policiers, du théâtre, des classiques... Soljenitsyne, Balzac, de belles reliures et des livres de poche torturés - de ceux qui portent leur âme sur les plis de la couverture. Sur ses murs des aquarelles, une de sa main. "C. 1970" griffonné dans un coin. Une éternité avant, un après midi ensoleillé à jamais emprisonné.
Mme C était tout cela. Désormais Mme C se suce les lèvres entre ses gencives nues, on a renoncé à lui faire porter un dentier, pour elle il ne signifie plus rien, il l'encombre, elle ne comprend pas, elle l'enlève. Mme C est souvent dans son lit, mais souvent énervée. Elle tape sur les barrières, en appelant ses fantômes. Aujourd'hui, elle a fini par en décrocher une. On a retrouvé sa table de chevet, souvenir d'avant, brisée, le marbre et le verre éclatés sur le sol, tandis que Mme C errait dans le couloir, nue comme un ver (on a retrouvé ses affaires à l'autre bout de l'étage). Pour ne pas qu'elle se blesse sur des éclats en marchant vers son lit, je l'ai prise dans mes bras. 39 petits kilos, Mme C maigrit. Parfois Mme C échappe à notre vigilance, et à force de taper sur les murs, parvient à ouvrir la porte des escaliers, et à descendre au rez de chaussée. Quelqu'un la remonte alors par l'ascenseur, qui, à notre étage, s'appelle grâce à une clé, concept qu'aucun des patients n'est en mesure de saisir.

Il y a Mme G. Quand on l'aide à se lever d'une chaise ou d'un lit, en la tenant sous les bras, elle se jette dans les vôtres, et se serre contre vous, appuie sa tête sur votre torse, avec un instinct tout enfantin. Mme G appelle sans cesse son "Papa et sa Maman", elle a un regard d'enfant perdu, et le soir, lorsque les lumières s'éteignent, elle a peur.

Mme Ci, ne quitte son lit que pour un fauteuil moulé dans lequel elle ne bouge pas, elle vous fixe de ses grands yeux et la seule phrase qu'elle articule encore nous parle en boucle d'un évènement de sa vie d'écolière.

Mme Gi, elle, se voit sombrer. Elle crie beaucoup, surtout qu'elle est un peu sourde, alors elle crie pour qu'on s'occupe d'elle. "A l'aide. Aidez moi". Passez une demie heure avec elle, une heure, au final, elle appellera toujours, ne se souviendra plus du temps passé ensemble. Et elle recommencera. A hurler "tant pis je vais mourir, je vais crever, mais comme ça c'est dommage". Et c'est sans doute celle avec qui j'ai le plus de mal, sur les 21 résidents de notre étage, plus encore Mme M, qui dans son délire paranoïaque, m'a déjà laissé des traces après m'avoir saisie à la gorge.
Parce que ses appels désespérés n'éveillent que de l'impuissance, parce que l'après midi on est que une ou deux pour 21, parce que elle a raison, c'est dommage et c'est trop triste, leur vie entre les murs de cet étage, entre lever-ptitdej-toilette-déjeuner-goûter-changer-dîner-dormir, sans vraiment d'activité, un kiné par ci par là, mais pas grand chose d'autre parce que leur ailleurs est trop loin pour nous, et pour les quelques uns encore cohérents, il faudrait des équipes plus nombreuses, et formées, pour faire quelque chose.

Je nettoie des fesses, et je leur parle, j'essaie de rassurer, ou de guerre lasse, j'ignore l'un pour m'occuper des autres, et c'est tout, tout ce qu'on peut faire.

Ca me tue ces vies qui s'étiolent et s'évaporent, ça me tue cet entre-deux, où la marée reflue. Pas morts, certainement pas morts, mais ils s'effacent du monde des vivants.

Le soir, le personnel de jour, dont moi, quitte progressivement l'établissement, après 11h de travail (10 h, + 1 de "pause"), abandonnant jusqu'au lendemain les lieux aux veilleurs de nuit. De l'extérieur, certaines fenêtres restent allumées jusque tard dans la nuit. Et derrière, ce sont les âmes qui vacillent.
Ecrit par Villys, a 01:55 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Samedi (09/07/05)
Pax Fugit.
Je l'ai appris d'un poste de télé un peu déréglé, nasillard. Je m'efforçais de doucher Mme M, et, allez savoir comment, j'étais bien plus trempée qu'elle. En fond sonore, ça parlait de Londres, beaucoup. En même temps, à cause des J O, on en avait tellement parlé que je ne faisais plus vraiment attention. Jusqu'à ce que le nombre de victimes provisoires ne vienne percuter mon oreille, et que je réalise enfin qu'on parlait de faits bien réels.

Je vous passe les banalités que j'ai alors ressenti, que tout un chacun a sans doute ressenti, ce mélange d'incrédulité, d'horreur et d'incompréhension. Comment un être humain peut il réussir à faire abstraction de tout ce qu'il va détruire, parvenir à oublier que dans tous les trains du monde, dans toutes les rues du monde, circulent des histoires individuelles, des récits à ciels ouverts, liés de façon intense mais invisible à d'autres, proches ou lointains ? Que ceux qui sont visés ne sont pas des cibles, mais des grand pères ou mères, des néo retraités savourant les premiers beaux jours, des grincheux trop tôt sortis du lit pour un boulot qu'ils n'aiment pas vraiment mais qui se consolent en rêvant aux vacances toutes proches, des... J'arrête là les clichés. Pour quelque chose de bien plus juste, lisez Eurêka Street, et vous trouverez un passage qui fait toucher du doigt cette horreur des vies qui s'interrompent.
Mais vous savez, ce sont toutes ces choses auxquelles on ne peut s'empêcher de penser quand on a un minimum d'empathie, d'imagination et qui rend tout cela incompréhensible. Je ne sais plus de quel auteur je tiens cette citation le mal, c'est le manque d'empathie, mais il y a des soirs où je me dis qu'il a vraiment raison.

Non, ce à quoi j'ai repensé, en dehors de ça, c'est à ce très beau traité de Kant que j'avais étudié en terminale projet de paix perpétuelle. J'avais d'ailleurs commenté un extrait d'un autre livre reprenant ces idées au bac. Et quelques mois plus tard, après Madrid, peut être, j'avais réalisé ce qui ternissait le rêve.

Ce qu'il y a de bien avec Kant, avec ce traité, c'est qu'il en arrivait à démontrer quasi mathématiquement que la paix entre Nations finirai par s'établir. Il la présentait comme un fait inéluctable, prédisant l'apparition de la Société des Nations. Et qu'il démontrait cela sans pour autant espérer que les hommes soient tous des mères thérésa ou des abbés pierre en puissance. Non. L'homme, même s'il était le pire des démons, finirai par comprendre que pour son propre intérêt la paix était préférable à la guerre, s'il voulait prospérer et survivre.
Voilà je dis peut être des bêtises, mais c'est de dont je me souviens, mon admiration pour cette formidable mécanique à optimisme.
Alors bien sûr, il y avait des objections, mais je vais pas les exposer, je ne suis pas là pour faire ta rédac à toi, terminaleux qui est tombé sur cette page en tapant les références du texte que tu as à commenter. Il y avait des objections, mais le texte n'en restait pas moins très fort, parce qu'il semblait que l'histoire lui donnait raison.
J'y croyais, vraiment. C'est mon côté indécrottable optimiste qui trouvait là une résonance idéale. Puis quand on a pas vu de vraie guerre, (les échos de conflits qui m'atteignaient avant, ne concernaient que des poudrières locales, Balkans, régions d'Afrique, qui, j'en étais persuadée, finiraient par se stabiliser), quand on voit depuis toujours l'Europe se construire, c'est presque une évidence. Projet de paix perpétuelle, moi ça m'allait, merci, c'est où qu'on signe ?
Mais j'ai l'impression qu'avec ces évènements une objection majeure émerge. Les hommes seraient amenés à faire la paix par intérêt mutuel, pour assurer la survie et le développement de leurs sociétés, leur propre survie. C'est rationnel
Le problème c'est qu'il en a oublié cette capacité de l'homme à l'irrationnel, à s'abandonner à une idéologie, qui, surtout si elle est religieuse, peut faire disparaître ce monde sous des concepts, et dynamiter cette trop belle mécanique. En effet, si je crois que la vie après la mort est mille fois mieux que celle ci, pourquoi me fatiguer à des compromis ? Le moyen d'y accéder n'est pas la négociation, n'est pas la paix, mon intérêt n'est plus la paix, et la belle mécanique du traité s'effondre.

Les temps changent, mais certains riront peut être en me lisant, peut être que chaque génération dit cela à un moment, si c'est le cas, voilà, le monde change ou j'ai grandit, je deviens une vieille conne,
Je ne crois plus à la paix perpétuelle.
Pax fugit.

(et je vais dormir).

Ecrit par Villys, a 02:20 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Dimanche (09/01/05)
Eclats
Noyée au milieu de cette couette trop grande pour moi, je fixais la nuit en attendant le sommeil. Mes yeux avaient eut le temps de s'habituer à l'obscurité, et je distinguais les fentes des volets, la forme indistincte des étagères sur le mur, au dessus du bureau, la lumière éclatée de la diode de ma chaine hifi - lorsque j'enlève mes lentilles, les lueurs deviennent des étoiles, c'est bien. Le reste, je ne le voyais pas mais je le savais, la blancheur des murs dépouillés, encore vierges de tout souvenir, et le bordel qui commençait à s'immiscer dans la pièce.

J'avais lu mon livre jusqu'à la dernière page, pressentant que quoiqu'il arrive le sommeil ne viendrai pas, et préférant me laisser porter par les mots plutôt que de repenser à tout ça.
Maintenant que l'affrontement était inévitable, je ne savais même plus ce que je cherchais à faire. A oublier, à comprendre ou à accepter.

J'étais au pied de son lit, les trois autres étudiants à côté de moi, le à côté d'elle lui posait des questions. A un moment il a eut un geste discret pour qu'on observe des marques sur sa peau qu'il nous avait décrites juste avant. Elle ne l'a pas remarqué, trop occupée à chercher les bons mots pour décrire sa douleur au . J'avais les mains jointes devant moi, et j'observais les autres à la dérobée. Ils semblaient impassibles, et je n'arrivais pas à comprendre ce que j'aurais dû faire où ressentir.
Il faut se blinder, c'est ce qu'on dit, c'est ce que beaucoup de gens vous disent. Alors je me disais qu'il fallait pas être boulversée comme je l'étais que c'était pas vraiment normal. Je m'appliquais donc à rester impassible. Je me demandais si les autres aussi avaient ce même combat intérieur, cette même lame de fond qui montait.
Mais ils étaient calmes, comme s'ils avaient déjà compris quelquechose qui manifestement m'échappait encore.
Comme si eux, avaient su comment gérer une femme décrivant de la souffrance à l'état pur, qui demandait de l'aide et racontait un inconfort à en faire pleurer les murs de sa chambre.
Pendant que le l'examinait, même le plus délicatement possible, elle geignait ses larmes.

Sa détresse implacable me prenait à la gorge et me brûlait les yeux. Je ne comprenais pas.

J'ai baissé les yeux et j'avais les jointures blanches, à force de serrer mes mains l'une contre l'autre.

On est sortis de la chambre en silence. Ma blouse trop grande a bousculé son portefeuille. En balbutiant des excuses, qui avaient du mal à franchir le noeud de ma gorge, j'ai rassemblé ses papiers, puis j'ai rejoint les autres. En refermant la porte, je l'ai entendue tousser, et au travers de la vitre, je la voyais qui portait péniblement le haricot et un mouchoir à sa bouche. Derrière moi, j'entendais le dire à l'interne qu'il fallait immédiatement la mettre sous morphine, malgré les risques. Parce qu'il n'y avait plus que cela à faire. Je la fixais toujours, et la main sur la poignée, j'hésitais à réentrer pour l'aider, mais elle a reposé la tête sur son oreiler et, résignée, elle a fermée les yeux. Je me suis alors lentement détournée.

Une externe que je connaissais depuis mon stage de septembre et qui passait par là m'a demandé si ça allait ouais ouais ça va et toi, son air étonné m'a informé que ma voix n'était pas assez assurée pour faire illusion. J'ai basculé la tête en arrière pour chasser l'humidité de mes yeux, j'ai mimé un baillement, et j'ai toussé. kof, excuse. oui oui ça va et toi. Ca y était je faisais illusion. On a parlé de partiels et de stages, comme si tout était normal, et j'avais l'impression d'être dédoublée, de parler avec l'externe tout en ayant une conscience aïgue de tout ce qui se passait à côté, de l'infirmière qui se penchait au côté de la dame, comme si j'étais restée dans la chambre, comme si je n'arrivais pas à la quitter.

Le a finit sa discussion avec l'interne, et il s'est retourné vers nous. Il a écarté les bras comme pour s'excuser de notre impuissance.Il nous a redit ce qu'il avait dit avant, qu'elle allait mourrir, bientôt. Qu' Il n'y a malheureusement rien à faire d'autre que de s'assurer qu'elle soit le plus confortable possible, qu'elle parte le plus confortable possible. Et là ce n'est même pas le cas, alors on va la mettre sous (...).
Il a dit cela, et je sentais bien que ça l'embêtait un peu de n'avoir rien d'autre à nous dire, rien d'autre à nous offrir que de l'impuissance.

J'avais envie de lui demander si avec le temps, avec l'expérience ça s'arrangeait, si avec le temps la pensée d'un être soit mortel et souffre au bout de nos doigts sans que l'on puisse rien faire devenait plus supportable.
J'avais envie de l'entendre dire que c'était normal de ne pas encore être blindée, que c'était normal que ça explose à l'intérieur, des éclats coincés dans la gorge et dans les yeux.

Le midi, j'avais préféré manger dans mon studio tout proche plutôt que d'affronter le restaurant du personnel, je mâchais mécaniquement, et en écoutant les nouvelles, et l'asie, j'ai eut envie de gerber et de pleurer.
Je m'en suis voulue de réagir ainsi, arrête ton char, c'est leur souffrance et pas la tienne, je me suis prise la tête entre les mains et, du bout des doigts, j'ai serré jusqu'à en avoir mal.

Un jour je serai plus étudiante, je serai médecin, et un peu moins impuissante (peut être).
Je serai, si je l'ose, là où ça va mal, car c'est comme revenir dans la chambre de la dame à la fin de la matinée, pour l'aider à s'essuyer la bouche, pour l'assister un instant, pour diluer juste un peu son sentiment de solitude, c'est tout simplement le seul moyen de se rendre les choses tolérables.
Ecrit par Villys, a 00:50 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Samedi (27/11/04)

Je suis partie sans me retourner, et en entendant derrière ma nuque un peu trop raide, sa voiture démarrer, je me suis enfin mise à pleurer. J'avais au moins réussit à sauver ça, un minimum de dignité. Il était plus là pour me voir.

Ecrit par Villys, a 09:56 dans la rubrique "Cercle de peine".
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Mercredi (31/03/04)
Fracas

Et Kantat (la faute d'orthographe est volontaire, cela m'évitera les charognards amenés par google),  était interviewé par une journaliste lituanienne, peu de temps avant. Il avait le sourire idiot de l'amoureux transit, d'ailleurs il n'avait que ce mot à la bouche the girl I love, alors même qu'on l'interrogeait sur sa musique et un album en suspens.

J'avais envie de lui coller des baffes, je n'aime pas les idiots transits, J'avais envie de le secouer, parce qu'il ne connaissait pas encore la suite, parce que je n'imaginais que trop bien qu'il devait retourner chaque instant dans sa tête, que ce genre d'images lui seraient imposées à jamais, parce que jamais les médias et le public ne s'en lasseront.
Et voir ces images toutes simples, même ces quelques instants de pellicule où il apparaît sur le tournage du film, ça prenait des airs de tragédie grecque, ces destins qui s'écoulent sous nos yeux impuissants, vers une fin implacable, où les vies se brisent. On aimerait pouvoir leur hurler un avertissement, mais les doigts ne peuvent que se crisper sur le bouton off de la télécommande, pour ne plus voir ce bonheur en décomposition que tant aiment à ressasser.

Et puis il y avait Kantat dans le box des accusés, feignant de de rien voir de n'entendre aucun bruit, seul, inconnu, le dos courbé les mains croisés, triste, définitivement triste, feignant de ne pas voir les journalistes agglutinés derrière sa vitre, feignant de ne pas être ébloui par les éclairs des flash.. J'avais envie de pleurer devant tant de gâchis, et je n'arrivais même pas à lui en vouloir, même pas à égratigner l'image que j'avais de lui.
Une amie en parlait, avec un peu de colère, Ce que je trouve scandaleux c'est qu'il n'ait pas... Je l'ai regardée sans rien dire, j'avais envie de lui faire comprendre qu'il ne fallait pas me demander d'être objective, ni même rationnelle, que j'avais beau essayer, je n'y arrivais pas. J'avais envie de lui dire qu'après tout je ne me sentais pas en droit de juger, qu'on ne savait pas et qu'on ne saurait jamais ce qu'il s'était passé. Et pourtant, ce raisonnement même était injuste, cela n'aurait pas été lui, j'aurai probablement réagit comme elle.
C'était injuste, mais plus fort que moi, je préfèr(ais) croire à la passion plutôt qu'à l'abjection, la solution de facilité, sans doute, dérisoire protection, pour éviter de tout voir imploser.

J'aurais voulu le voir en concert, j'aurai voulu garder pure l'image que je m'en faisais, le type bien, engagé dans des causes auxquelles je croyais, pas un maître à penser, mais quelqu'un dont certaines paroles sublimaient certaines de mes pensées. J'aurai aimé ne pas avoir le coeur plombé d'amertume en écoutant mes cds comme on ressasse un regret.

Les modèles ne devraient pas avoir le droit de se fracasser ainsi, de tout remettre en question, de descendre de leur piédestal pour nous rappeler que tout un chacun est faillible, même ceux dont les belles paroles semblent tenir le mal à l'écart, et qu'un jour ou l'autre n'importe qui peut basculer dans l'abjection, parce que cette réalité crue est bien trop terrifiante.
Ou du moins, pas lui, pas de cette manière.

Ecrit par Villys, a 23:59 dans la rubrique "Cercle de peine".
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